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Francis Ford Coppola, promoteur de la lecture sur papier

"Retourner à l'analogique, c'est si rafraîchissant !"

5 min

Comme en musique avec le vinyle, la littérature sur papier est du dernier chic ! Voir les start-up Short Edition, qui installe des distributeurs automatiques de nouvelles, ou Inkshares, qui fait jouer aux internautes le rôle d'éditeur. Le passage du papier au virtuel est plus problématique...

Francis Ford Coppola, promoteur de la lecture sur papier
Francis Ford Coppola, promoteur de la lecture sur papier Crédits : BFA/Shutterstock - Sipa

“Alors que d'autres figures du cinéma [étaient] à Cannes, Francis Ford Coppola [faisait] la promotion de la littérature à San Francisco, au Cafe Zoetrope, son restaurant de North Beach, le quartier italien, a constaté Corine Lesnes dans M le Magazine du Monde. […] Ce 10 mai, les convives dînent joyeusement. Parmi eux, Willie Brown, ancien maire de la ville, attablé sous une grande affiche des Vacances de Monsieur Hulot. […] L'assemblée fête la sortie du dernier numéro de _Zoetrope: All-Stor_y, un magazine trimestriel de nouvelles. Le réalisateur aime les short stories, un genre, dit-il, qui lui rappelle le cinéma. Comme les films, les histoires courtes se consomment d'une traite. Le personnage central, ce soir, n'est pas l'auteur du Parrain mais une machine. Cette borne cylindrique terminée par une dalle de bois laquée de verre est un distributeur automatique de nouvelles, connecté à Internet. L'appareil est arrivé de France quelques jours plus tôt. Coppola a insisté pour la placer au centre du café, devant le bar. Avec ses lumières, elle exerce un attrait mystérieux. Les convives hésitent avant d'appuyer sur le bouton à options. Veulent-ils lire pendant une minute ? Trois ? Cinq ? Une fois qu'ils ont décidé, le distributeur leur livre un texte sur un petit rouleau de papier. Format facturette allongée. « Quelle bonne idée ! Retourner à l'analogique, c'est si rafraîchissant », commente Sam Johnson, un jeune designer « tombé » sur The one who was bored (« celui qui s'ennuyait »), de Sarah Beaulieu. Casson Kauffman, plasticienne, apprécie que la machine délivre les textes de manière aléatoire : « C'est cool. Il y a un petit élément de destin. » Elle vient de lire In front of our eyes (« sous nos yeux »), une nouvelle d'une minute de Nicolas Juliam. Les textes, traduits pour l'occasion en anglais, ont initialement été publiés en français sur la plateforme de Short Edition. Cette start-up qui compte maintenant une quinzaine de salariés a été lancée à Grenoble en 2011 avec l'idée de mettre en relations auteurs et lecteurs : les écrivains amateurs y postent leur histoire en ligne (condition expresse : qu'elle se lise en moins de vingt minutes). Les lecteurs s'abonnent (gratuitement) et votent (« j'aime cette œuvre »). Quelque 11 000 auteurs ont déjà publié des nouvelles sur la plateforme, laquelle revendique un fonds de 40 000 textes et plus de 166 000 lecteurs. Chaque histoire est lue avant publication par un comité éditorial d'une centaine de personnes issues de la communauté des abonnés. […] En octobre 2015, la première borne était installée à l'hôtel de ville de Grenoble. Depuis, une vingtaine d'autres sont apparues en France, notamment dans les gares de Rennes, Brest, Bordeaux et Quimper ainsi qu'au centre commercial Italie 2, à Paris. […] La vending machine (distributeur automatique) a-t-elle un avenir au paradis de la technologie ? Pourquoi les gens de San Francisco adopteraient-ils le papier alors qu'ils peuvent lire le texte directement sur leur smartphone ? Coppola, 77 ans, pionnier des effets spéciaux, ami de George Lucas et de Pixar, croit à l'avenir du papier. « C'est une expérience, dit-il. Et ce n'est pas commercial. »”

Le meilleur de deux mondes

Preuve encore qu’Internet n’est pas l’ennemi du papier, cette maison d’édition, Inkshares, qui sollicite les Internautes pour publier. “ L'histoire de la littérature est faite de grandes rencontres entre auteurs et éditeurs, rappelle Nicolas Madelaine dans Les Echos. Un des faits de gloire de l'éditeur Maurice Nadeau est par exemple d'avoir publié Houellebecq quand personne n'en voulait. Avec Inkshares, un mélange d'éditeur et de plate-forme Web d'auto-édition, c'est un autre équilibre qui se met en place. Fondée il y a deux ans, la start-up américaine a décidé d'utiliser la sagesse collective des internautes pour publier des livres. « Avec un éditeur traditionnel, ce sont une ou deux personnes qui prennent la décision de publier, explique Adam Gomolin, co-fondateur. Avec Inkshares, ce sont des centaines et cela fait des livres qui ont plus de chances de rencontrer leur public ». Concrètement, lorsqu'un auteur a une idée de livre, il la dépose sur le site Inkshares en l'accompagnant d'un chapitre ou deux s'il le souhaite. L'écrivain engage alors un dialogue avec de potentiels lecteurs. Ceux-ci peuvent commenter ses premiers pas et surtout décider de pré-commander son ouvrage. « Les gens veulent participer à l'histoire de la publication d'un livre », constate Adam Gomolin. Une fois que l'auteur totalise 750 pré-commandes, Inkshares décide de passer à l'action. « Nous offrons le meilleur de deux mondes, résume Adam Gomolin. Nous mettons à la disposition des livres l'édition, le marketing et la force de vente d'un éditeur classique mais nous offrons aussi la liberté de solliciter le public en direct et d'interagir avec lui ». L'argent des pré-commandes paye l'édition et la fabrication du livre. Une fois son livre publié, l'auteur touchera 50 % des ventes pour l'édition papier et 70 % de l'édition numérique, des ratios imbattables, selon Adam Gomolin. L'avantage par rapport à l'auto-publication proposée par Amazon est que Inkshares n'est, lui, pas ostracisé par les libraires traditionnels.”

Le grenier d'Anne Frank, comme si vous y étiez...

Le passage du papier au virtuel est en revanche plus risqué. “Peut-on tout faire avec la mémoire d’Anne Frank ?, s’interroge ainsi une brève du magazine Lire. Il y a deux mois déjà, l’ouverture à Amsterdam d’un escape game, un jeu d’évasion, reproduisant l’appartement de l’adolescente juive avait suscité un large émoi. C’est désormais la fondation Anne Frank qui a annoncé un nouveau projet pour le moins controversé : la sortie prochaine d’un film en réalité virtuelle permettant d’être « transporté en présence d’Anne Frank », dans le grenier secret où la jeune fille se cachait – et ce afin de toucher un public que la lecture du Journal rebuterait… A quand une plongée en immersion à Bergen-Belsen ?”

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