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Anne Gravoin aux 31èmes Victoires de la Musique, le 12 février 2015

Révélations

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Alors que L'Obs révèle les dessous ambigus de l'Alma Chamber Orchestra d'Anne Gravoin, de jeunes trentenaires sont nommés à la tête des orchestres de Birmingham et de Lille. Mais en général, pour les jeunes musiciens, la route vers le succès est longue, et semée d'embûches…

Anne Gravoin aux 31èmes Victoires de la Musique, le 12 février 2015
Anne Gravoin aux 31èmes Victoires de la Musique, le 12 février 2015 Crédits : Stéphane Allaman - Sipa

Nous avions évoqué ici il y a deux mois l’intérêt artistique tout relatif que représente “cet orchestre français au nom anglais récemment apparu dans le paysage musical comme un ovni : l’Alma Chamber Orchestra”, agrégat de mercenaires musicaux, ce qu’on appelait autrefois des « requins », et dont “la fondatrice et premier violon est Anne Gravoin, qui n’est autre que l’épouse du premier ministre, Manuel Valls”. Dans une longue enquête de L’Obs, parue hier pour cause de grève des imprimeries aujourd’hui, David Le Bailly et Caroline Michel révèlent les étonnants dessous de la création et du financement de cet ensemble, avec un “mystérieux homme d’affaires naviguant entre la France et le Koweït”, “un vieux routier de la Françafrique” défendant les intérêts de Denis Sassou-Nguesso, le président du Congo, ou encore un “richissime marchand d’armes sud-africain”, “un réseau nébuleux dont on ignore ce qui motive vraiment son intérêt pour un orchestre de musique classique” et qui “aura certes permis à Anne Gravoin de jouer avec les meilleurs solistes du monde [les frères Capuçon, les pianistes Martha Argerich et Nelson Freire, le jeune chef Lionel Bringuier], mais à quel prix ?” “Ambiguïtés entre diplomatie et musique, entre statut officiel et activités privées”, “au carrefour de la politique, des affaires et de la diplomatie parallèle”, c’est à lire dans L’Obs.

"Mirga-mania" en Californie

Et puisqu’on parle d’un orchestre dirigé par une femme, Diapason nous fait part d’un “coup de foudre à Birmingham : l’orchestre britannique vient de faire d’une jeune femme d’à peine trente ans, la Lituanienne Mirga Grazinyté-Tyla, sa directrice musicale dès septembre 2016. Alors que peu de formations symphoniques de premier plan portent des femmes à leur tête (Marin Alsop aujourd’hui à Baltimore, Simone Young hier à Hambourg…), le CBSO parie sur une musicienne qui l’a dirigé pour la première fois en juillet dernier, tout en étant déjà très repérée ) le Los Angeles Philharmonic vient de la désigner comme chef associé, et l’on parle déjà de « Mirga-mania » en Californie. La fortune sourira-t-elle de nouveau à l’audacieuse phalange de Birmingham qui avait révélé en 1980 un artiste de vingt-cinq ans, un certain Simon Rattle ?” Jeune révélation encore, “dès la saison 2016-2017, nous apprend La Croix, c’est un jeune chef de 30 ans qui succèdera à la tête de l’Orchestre national de Lille à Jean-Claude Casadesus. Après quarante années, ce dernier lui transmettra sa baguette tout en assurant qu’il reviendra régulièrement diriger « sa » phalange nordiste. Violoncelliste de formation, élève des conservatoires de Tours, Orléans puis Lille avant d’intégrer le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, Alexandre Bloch a été nommé chef invité principal de l’Orchestre de Düsseldorf en 2015. Auparavant, il avait notamment été chef assistant au prestigieux London Symphony Orchestra.”

"En dépit du jeunisme ambiant, le développement des carrières classiques se joue sur le temps long"

Tous les parcours ne sont pas aussi faciles. Thierry Hillériteau s’est intéressé dans Le Figaro, à l’occasion des Victoires de la musique classique, au “long cheminement qui attend le jeune musicien dès sa sortie du conservatoire pour passer de l'ombre à la pleine lumière. La première épreuve est de se faire connaître du milieu professionnel. « Les concours restent la voie royale, fait observer Hervé Defranoux, directeur de Sony Classical & Jazz France. Ce sont le premier vivier de recrutement. » Si les directeurs de label n'ont pas le don d'ubiquité, Internet rend la tâche plus facile. D'autant que la plupart des prestations, lors des phases finales de ces concours, sont filmées et retransmises en direct ou en streaming. Les compétitions internationales s'étant développées de manière exponentielle, toutes n'ont pas valeur de sésame pour les maisons de disques. Mais les incontournables – Tchaïkovski de Moscou, le Chopin de Varsovie, le Reine Élisabeth de Bruxelles, le Sibelius d'Helsinki ou encore Operalia (pour ne citer que ces cinq-là) – continuent d'attirer les regards. « Ce n'est pas tant le prix en lui-même qui compte, explique le pianiste David Kadouch, heureux élu des Victoires 2010, que la diffusion qu'il va y avoir autour de votre prestation. Cette dernière va aider, ou pas, à grappiller quelques années dans la carrière. » […] Les concours ne suffisent pas toujours. Le choix d'un mentor peut, alors, être déterminant. « Ils sont des indicateurs tout aussi précieux », poursuit Hervé Defranoux. […] David Kadouch se souvient avoir toujours songé aux professeurs qu'il aurait après sa sortie du conservatoire. « La période de perfectionnement qui suit le diplôme est la plus importante dans une jeune carrière. » Une fois mis sur orbite, il convient de savoir s'entourer. C'est souvent à ce moment qu'on se met en quête d'un agent, si celui-ci ne vient pas frapper à la porte sur les conseils d'un professeur. « L'agent ne fait pas tout, prévient Kadouch. Mais d'un point de vue pratique, il est souvent indispensable. C'est celui qui protège, fait barrage lorsque cela est nécessaire et qui sait vous vendre. » C'est aussi sur lui que vont s'appuyer les maisons de disques pour asseoir leurs plans de promotion, en fonction du planning des concerts. Même si elles intègrent de plus en plus aujourd'hui des structures de management artistique importantes et n'hésitent plus à démarcher les programmateurs au nom de leurs artistes (lorsqu'elles ne produisent pas elles-mêmes leurs concerts). La signature dans une maison de disques, justement ? Elle se fait rarement sur le coin d'une table, au lendemain d'un concours. D'autant que si le buzz a été suffisamment efficace, une proposition ne vient pas seule. Il faut alors étudier chaque dossier, patiemment. Bien peser le pour et le contre. […] De trois à six mois, c'est la durée moyenne des négociations. « Mais il n'y a pas de règles », dit Defranoux. Car en dépit du jeunisme ambiant, le développement des carrières classiques se joue sur le temps long. En classique, « on signe d'ailleurs généralement pour trois disques. Et le premier album a rarement valeur de couperet… Ce n'est pas comme dans la pop. »” Vu les chiffres de vente des disques classiques, c’est heureux…

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