LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le Ziegfeld Theater le 30 avril 2005, première newyorkaise de "Star Wars III"

Dernières séances et faux suspense

5 min

A New York, fermeture annoncée du mythique Ziegfeld Theater. Pour le (moins mythique) Saint-Lazare Pasquier, à Paris, c'est déjà fait. Mais la capitale aura bientôt un nouveau cinéma, le Voltaire. Un jour, peut-être, si les distributeurs veulent bien lui donner des films à projeter...

Le Ziegfeld Theater le 30 avril 2005, première newyorkaise de "Star Wars III"
Le Ziegfeld Theater le 30 avril 2005, première newyorkaise de "Star Wars III" Crédits : Reuters

“New York est sur le point de perdre l'un de ses temples du cinéma, nous apprend Stéphane Lauer dans Le Monde. Le fameux Ziegfeld Theater, l'une des salles les plus mythiques de la ville, située sur la 54e Rue à Manhattan, sera bientôt transformé en centre de congrès. Galas et séminaires d'entreprise remplaceront les projections, qui s'y sont succédé pendant plus de quarante-sept ans. C'est dans cette magnifique salle de 1 200 places, qui eut son heure de gloire avec les Ziegfeld Follies avant que la crise de 1929 n'oblige le propriétaire à transformer le théâtre en salle de cinéma, que Liza Minnelli assista à la première de Cabaret en février 1972. On y avait aperçu également David Bowie et sa compagne de l'époque, Monique van Vooren, en novembre 1977, pour la sortie de Rencontre du troisième type, de Steven Spielberg, ou bien encore Elizabeth Taylor, qui présentait en décembre 1980 Et le miroir se brisa. Mais, voilà, ces riches heures ne sont plus qu'un lointain souvenir. Alors que le dernier opus de Star Wars est encore projeté pour quelques semaines avant des travaux qui dureront deux ans, la force obscure du marché a eu raison du Ziegfeld Theater. L'exploitant, le groupe Cablevision, ne souhaitait plus assumer des pertes qui avoisinent le million de dollars chaque année. « Les salles de cinéma sont un business difficile », avouait James Dolan, le PDG, au magazine The Hollywood Reporter, en avril 2015, en ne faisant pas mystère de l'imminence de la fermeture de la salle. « New York devrait garder ce type de salle, parce que cela permet d'entretenir vivante la culture cinématographique à Manhattan », insistait en avril 2015, dans le New York Post, Rajendra Roy, un voisin : il est conservateur au MoMa au sein du département « Film ». Le Paris Theater, situé un peu plus haut vers Central Park, fondé par Pathé Cinéma (d'où son nom) et inauguré en 1948 par Marlene Dietrich, reste désormais, avec ses 571 places, le dernier vestige de cette culture.” 

Déstabilisation de l'art et essai ?

A Paris, justement, c’est une autre salle de cinéma qui vient de fermer : le Saint-Lazare Pasquier. “Exploité depuis 2000 par Ciné Métro Art, ce complexe de trois salles et 331 fauteuils du VIIIe arrondissement de Paris a fermé le 26 janvier suite à de grandes difficultés financières, a-t-on lu dans Le Film Français. Le propriétaire du réseau, Galeshka Moravioff, avance que « ce dossier est complexe, mais il en ressort l’aboutissement d’une politique de déstabilisation du CNC (l’exploitant reproche au Centre de lui avoir versé trop tardivement les aides à la numérisation de ses salles) pour éteindre petit à petit les salles art et essai et laisser place aux chaînes… » Le cinéma avait ouvert le 15 mars 1938 sous la forme d’une salle unique, avant de se doter de deux salles supplémentaires en 1968. Classé art et essai il y a encore quelques années, il a attiré 55 445 spectateurs en 2014.” Mais qu’on ne se laisse pas abattre, il y a aussi des salles qui ouvrent… “La maire de Paris, Anne Hidalgo, a levé le – faux – suspense, en présentant, le 3 février, la liste des 22 projets retenus à l'issue du concours Réinventer Paris : c'est David Henochsberg, président du réseau indépendant Etoile Cinémas, qui remporte l'appel d'offres pour gérer le futur cinéma Voltaire, rapporte Clarisse Fabre, à nouveau dans Le Monde. Le site est une ancienne sous-station électrique à l'architecture industrielle, signée Paul-Emile Friesé, au 14, avenue Parmentier, dans le 11e arrondissement de Paris. Un quartier proche de République, populaire et « bobo », dépourvu de salles. Le nom de David Henochsberg, exploitant de salles, entre autres à Paris (Saint-Germain-des-Prés, Balzac, Etoile-Lilas), dans la lignée de son père, Jean Henochsberg, circulait depuis des semaines.” 

Un habitué des impayés

Or, comme le raconte Léna Lutaud dans Le Figaro, c’est “un nom [éventé dans Le Canard enchaîné dès le 27 janvier] qui a aussitôt mis le feu aux poudres. Sur le papier, son projet est formidable. lmaginez un lieu avec cinq salles mixant cinéma d’art et d’essai et cinéma populaire, un étage avec les bureaux de cinéastes – dont Cédric Klapisch et Jacques Audiard – et, enfin, un restaurant en terrasse tenu par Thierry Marx où travailleront des jeunes en contrat d’insertion. Figure de la vie culturelle parisienne, David Henochsberg, ancien commercial, sait séduire les élus. Ici, il lui fallait convaincre le maire du XIe arrondissement de Paris, François Vauglin, et le député du XIe arrondissement, Patrick Bloche, également président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. Et tant pis si les souhaits de la mairie lors du précédent appel d’offres (pour l’Étoile Lilas, dans le XXe arrondissement de Paris) remporté par David Henochsberg n’ont pas été respectés. Le cinéma devait être tenu par un indépendant ? Le capital a été ouvert à un groupe. Ce lieu devait programmer des films d’auteurs ? « David Henochsberg nous a demandé le classement art et essai en 2014 et en 2015 mais ne l’a pas obtenu. Il n’a pas renouvelé sa demande pour 2016 », souligne-t-on au Centre national du cinéma. Dans le cinéma, David Henochsberg, qui n’a pas souhaité répondre au Figaro, est aussi connu pour être un habitué des impayés. Il faut avoir les moyens pour transformer cette sous-station électrique en cinéma. Puis, pour le faire vivre. « Il n’y aura pas un centime d’argent public versé », promet la Mairie de Paris. Or, la gestion du mythique cinéma de la Pagode a valu à David Henochsberg d’être condamné deux fois par le tribunal de grande instance de Paris. Pas plus tard que le 28 octobre 2015, les juges l’ont condamné à payer 240 000 euros d’arriérés de loyers. Le 24 novembre, il a mis sa société en liquidation. […] À la Mairie de Paris, on estime que les jurés n’avaient pas à tenir compte de ces précédents pour trancher : « Le projet a été déterminant. » Encore faut-il pouvoir mettre des films à l’affiche de ce futur cinéma. Depuis le scandale de la Pagode, de nombreux distributeurs sont très méfiants.” Un cinéma sans film, voilà un concept d’avenir…

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......