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"The End", de Guillaume Nicloux, sorti directement en e-cinéma

Quelles alternatives à l'engorgement des salles ?

5 min

Le cinéma français affiche un nouveau pic de production : 234 films réalisés en 2015, un record depuis 1952 ! Peut-on parler de surproduction ? Où mettre ces films, quand les salles sont engorgées ? Pendant ce temps, à Hollywood, c'est sur The Screening Room que le milieu du cinéma se déchire.

"The End", de Guillaume Nicloux, sorti directement en e-cinéma
"The End", de Guillaume Nicloux, sorti directement en e-cinéma Crédits : Les Films du Worso / LGM productions / Gaumont

“La politique du karcher de Bolloré à Canal [Plus] suscite quelques contrariétés du côté de l’Elysée, apprend-on en lisant Le Canard Enchaîné. Outre les fortes têtes que le nouveau patron veut virer, c’est la question du financement des films par la chaîne qui fâche. La diminution drastique de la présence de Canal sur la Croisette, cette année (plus de « Grand Journal », de « Guignols », de soirée Canal, etc.), a été interprétée comme un signe avant-coureur du désengagement de Canal dans le cinéma. Gémissements d’un proche de Hollande : « Nous n’avons pas envie d’avoir une crise avec le monde du cinéma, en pleine année électorale, surtout que c’est le domaine de prédilection d’Audrey Azoulay. »” La ministre de la Culture assure en tout cas, dans une interview au Figaro, que “dès sa prise de fonction, [elle a] rencontré Vincent Bolloré, qui a pris l’engagement devant [elle] de maintenir le niveau de contribution du groupe Canal au financement du cinéma.” Et ce, dans un contexte où “la production cinématographique française est [encore] significativement repartie à la hausse en 2015, comme le rapporte Alain Beuve-Méry dans Le Monde. Elle a même connu un nouveau pic de production, après le recul observé en 2014. Le nombre de films d'initiative française a ainsi atteint 234 films, soit 31 de plus, selon les chiffres rendus publics, mardi 5 avril, par le Centre national du cinéma et de l'image animée. Si l'on ajoute les films où les participations françaises sont minoritaires (66), ce sont même 300 longs-métrages qui ont été réalisés en 2015, contre 258 en 2014. Il s'agit d'un record depuis 1952, première année où le CNC a établi des données sur les films auxquels il accorde son agrément.”

Jusqu'où peut-on inciter le public à voir des films qu'il ne veut pas voir ?

Où les mettre, tous ces films, et donc où les voir ? En e-cinéma, comme The End, de Guillaume Nicloux, dont nous avons parlé ici mardi dernier ? Le e-cinéma, “est-ce l'avenir ? Plutôt une piste, estime Michel Guerrin dans sa chronique « Culture » du Monde. Car la France du cinéma vit un psychodrame de riches. D'un côté, nous sommes le pays au monde où, chaque semaine, le cinéphile peut découvrir le plus grand nombre de films, en tous genres. De l'autre, la bataille des salles est de plus en plus rude. […] Tout le monde ou presque souhaite que ça change, mais c'est plus facile à dire qu'à faire. Car chacun a ses intérêts. Et si le système est régulé par l'Etat, il est privé. Les patrons de salles sont des passionnés du cinéma, mais aussi des commerçants qui ont besoin de films porteurs pour tenir. La plupart des salles font l'objet d'aides de la part du CNC « mais on ne peut leur imposer de prendre tel film », explique Christophe Tardieu, directeur général délégué de cet organisme. Une réforme est annoncée pour début mai, avant le Festival de Cannes. Les pistes ? Empêcher que les gros et les moyens films dépassent un certain nombre de salles, étaler les sorties sur l'année, faire durer plus longtemps un film en salles… […] Mais beaucoup se demandent si le mal n'est pas plus profond. Et osent une question : jusqu'où peut-on inciter le public à voir des films qu'il ne veut pas voir ? Car si les écrans sont saturés, les fauteuils non. Moins de 20 % des sièges sont occupés chaque année. 60 % des films sortis en 2014 n'ont pas dépassé les 50 000 entrées. Les films qui ont fait moins de 5 000 entrées sont passés en douze ans de 105 à 182. De là à en conclure que trop de films sortent chaque année… Parler de surproduction dans la culture est tabou. Au ministère de la culture, on reconnaît pourtant qu'il faut « sortir de cette folie inflationniste ». Le plus direct est Marin Karmitz : « Oui, il y a trop de films. Et trop de médiocres. Personne ne veut y réfléchir. »” “L’e-cinéma serait-il devenu une alternative crédible à l’engorgement des salles et une chronologie des médias trop contraignante ?, s’interroge donc Léna Lutaud dans Le Figaro. Des dizaines de réalisateurs de renom, dont Jacques Audiard et Michel Hazanavicius, militent d’ailleurs auprès d’Audrey Azoulay pour raccourcir le délai de quatre mois entre la sortie d’un film au cinéma et celle sur Internet (et en VàD). Les plus audacieux rêvent de suivre l’exemple américain, où un long-métrage sort en même temps en salle et sur le Net.”

Une nouvelle manne financière ?

Ceci dit, même aux Etats-Unis, le débat fait rage. “Steven Spielberg et Martin Scorsese sont pour, Quentin Tarantino et Christopher Nolan sont contre. Le sujet qui va agiter Hollywood dans un proche avenir, rapporte Bruno Icher dans Télérama, est le projet Screening Room. Un système de diffusion des films en première exclusivité à domicile pour les possesseurs d’une box adaptée. Coût du privilège pour découvrir le prochain Star Wars sur sa télé, le jour même de sa sortie en salles : 50 dollars.” “Valable 48h, la transmission se fait par le biais d’un décodeur vendu 150 $, précise Vincent Le Leurch dans Le Film Français. Prévoyante, The Screening Room a promis de reverser 20 $ aux exploitants. Toujours pour séduire l’exploitation, la start-up propose aussi d’offrir deux billets de cinéma aux acheteurs en ligne afin qu’ils puissent voir le film en salle, et potentiellement avoir accès aux services de confiserie du circuit, notamment. Les premières réactions ne se sont pas faites attendre, l’exploitation rejetant partiellement l’offre, à l’heure où l’investissement pour le confort du spectateur n’a jamais été aussi élevé.” “La question divise, constate de même Télérama. Certains encouragent l’initiative au nom de la lutte contre le téléchargement illégal. D’autres craignent qu’un succès de Screening Room, ajouté à ceux de Netflix ou d’Amazon, ne porte un coup fatal au modèle de la salle de cinéma. Quand on sait que le promoteur de Screening Room est Sean Parker, l’inventeur de Napster, qui a bien failli avoir la peau de l’industrie musicale, les réticences sont peut-être fondées. Toutefois, comme dans les années 1980, quand l’explosion de la vidéo avait profondément changé les règles du jeu du cinéma grand public, il est probable que la perspective d’une nouvelle manne financière ne laisse pas indifférents les grands argentiers du cinéma américain. Et qu’ils réservent à Screening Room un accueil chaleureux.” A suivre…

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