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Thierry Frémaux et Pierre Lescure présentent la 69e édition du FIF de Cannes

Cannes 2016, rupture et apaisement ?

6 min

Malgré l'inévitable effet de déjà-vu, la presse salue le retour du Festival de Cannes à une certaine audace artistique. L'édition 2016, entre pression des intermittents, menaces terroristes et inévitables polémiques, restaurera-t-elle le prestige écorné du "plus grand festival de cinéma du monde" ?

Thierry Frémaux et Pierre Lescure présentent la 69e édition du FIF de Cannes
Thierry Frémaux et Pierre Lescure présentent la 69e édition du FIF de Cannes Crédits : Francois Mori/AP - Sipa

“Entre wi-fi défaillant et présence en masse des intermittents du spectacle, la conférence de presse de la Sélection officielle du Festival de Cannes 2016 ne pouvait rompre plus nettement avec l’atmosphère de la précédente, estimez-vous, Julien Gester, dans Libération. Pierre Lescure, fraîchement nommé président, s’était alors efforcé de jouer sur du velours et de montrer les muscles, manifestant son aise dans son nouveau costume, tandis qu’il se livrait à l’énumération goulue d’un chapelet de nouveaux partenariats archi-juteux avec des multinationales du luxe et de la banque. Rien de tel jeudi matin, où un certain profil bas semblait de rigueur.” “Dans leur numéro désormais bien rodé de duettistes, Thierry Frémaux et Pierre Lescure, respectivement délégué général et président du Festival de Cannes, s'étaient visiblement passé le mot, estime de même Isabelle Régnier dans Le Monde : il s'agissait d'apaiser, de pacifier, de rassurer. Car, plus qu'aucune autre, cette 69e édition s'annonce comme une route piégée. Première embûche, les intermittents, qui ont ouvert le bal en exprimant, sur scène, leur hostilité à la loi El Khomri, leur angoisse quant à l'avenir de leur régime de protection sociale, leur solidarité avec tous les précaires, « avec ou sans papiers », brandissant, en conclusion, la menace d'un blocage des festivals à venir. Deuxième danger, et pas des moindres, le risque terroriste qui pèse sur le Festival. Selon Thierry Frémaux, le dispositif préventif ferait l'objet de nombreuses réunions politico-administrativo-policières pour concilier au mieux sécurité et esprit de liberté. Troisième piège, la Sélection officielle elle-même, dont il convenait de restaurer le prestige après les affronts subis de toutes parts l'année dernière : des cinéastes « relégués » à Un certain regard avaient rejoint la Quinzaine des réalisateurs ; des journalistes, relayés par la twittosphère, avaient largement commenté la place nouvelle que semblaient prendre les sponsors dans l'organisation du Festival ; des critiques avaient estimé que la programmation semblait basculer davantage du côté de l'industrie que de l'art. […] Ne boudons pas notre plaisir, se réjouit Le Monde : le cru 2016 […] fait assez envie. Comme par l'effet d'un rétropédalage contrôlé, les grands auteurs étoilés font un retour en force dans la compétition.”

Une sélection française apparemment plus hardie qu'en 2015

“Et si le millésime 2016 était une bonne année ?”, se demandent déjà Bruno Icher et Louis Guichard sur telerama.fr, qui saluent “une sélection solide à tous points de vue. Comme si le délégué général, Thierry Frémaux, avait voulu, davantage encore que les années précédentes, démontrer que Cannes reste le festival qui exerce la plus forte attirance sur les cinéastes prestigieux.” Serge Kaganski explique sur le site des Inrockuptibles “pourquoi il faut se réjouir de la sélection”, quand Libération salue “de l’audace malgré l’effet de déjà-vu”. “Le profil des heureux élus suggère, sur le papier, des choix résolument plus aventureux que ceux qui avaient présidé à la très frileuse (et, selon [vous, Julien Gester], assez désolante) compétition 2015, […] une édition marquée par un repli sur les valeurs du tiroir-caisse. […] Si elle ne compte que des cinéastes confirmés, la sélection française semble composée à cette aune plus hardie – et en cela sans doute un rien moins bankable.” Il faut dire, comme le notait Aurélien Ferenczi sur son blog de Télérama, Cinécure, la veille de l’annonce de la sélection, que “c’est sur les films français que le suspense dure jusqu'au bout, que rien ne fuite. Ou presque : depuis deux semaines, les rumeurs se [multipliaient], la profession (pour une fois presse comprise) ne [parlait] que de ça. Tel producteur aurait conclu un accord secret avec telle section, son film [était] pris, c'est sûr. On se [renseignait] : le comité ne [l'avait] pas encore vu. Donc, ce n'était pas sérieux, ce bruit. Et puis on [réfléchissait] : l'accord [avait] pu avoir lieu avant visionnage… Ou le producteur [avait] pu croire de bonne foi qu'accord il y avait quand il ne s'agissait que de vague promesse de l'un ou de l'autre. Tout [était] possible. D'ailleurs, on [avait] tous des infos secrètes qu'il ne [fallait] répéter sous aucun prétexte – et qui [s'avèreraient] fausses à 90 %.”

Vu ou pas vu, le "Nocturama" de Bertrand Bonello ?

Quoi qu’il en soit, constate Libération, “Bruno Dumont et Thierry Frémaux ont, semble-t-il, réglé les différends qui avaient vu le premier menacer dans [ses] colonnes le second de lui en coller une, et celui-ci s’en émouvoir bien légitimement. […] Les bisbilles du cinéaste et du sélectionneur en chef de Cannes étaient parties, semble-t-il, d’une part d’une assertion de Frémaux, contestée par Dumont, selon laquelle il aurait vu P’tit Quinquin et choisi sur pièce de ne pas le retenir, d’autre part par l’absence de motivation du rejet d’un précédent film.” La même fâcherie va-t-elle avoir lieu cette année entre Thierry Frémaux et Bertrand Bonello ? “Interrogé par un journaliste sur les raisons de l’absence sur ses tablettes 2016 [de son] très attendu Nocturama, un film qui évoque notamment des attentats perpétrés en plein Paris, Frémaux a laissé entendre qu’il n’aurait tout simplement pas vu le film – une hypothèse que contredisent les informations de Libération”, corroborées par Bertrand Bonello, qui, comme l’a relevé Etienne Sorin dans Le Figaro, “lui répond sur sa page Facebook : « Pour qu'il n'y ait pas de doute, je confirme que le film a bien été vu par le comité. » Est-ce le sujet sensible de Nocturama, d'abord intitulé Paris est une fête, sur une bande de jeunes terroristes (non djihadistes), qui l'a écarté de la sélection ? Une belle polémique en perspective.” Bonello écarté, “le sélectionneur a laissé ouverte l'hypothèse d'un cinquième champion qui pourrait aussi être, selon Le Monde, Katell Quillévéré, Rebecca Zlotowski ou Arnaud des Pallières.” Côté parité, “la Britannique Andrea Arnold (avec American Honey) porte le nombre de femmes en compétition à trois, compte Le Figaro. Un chiffre sans doute raisonnable puisque Frémaux n'a pas droit à la question rituelle sur la faible représentation des réalisatrices. En revanche, la journaliste de La Repubblica s'étonne de l'absence de films italiens. Les journalistes indien, égyptien, mexicain et chinois enfoncent le clou. Thierry Frémaux leur répond poliment que Cannes n'est pas l'Unesco.” Bref, conclut Libération, cette année encore, “on ne devrait pas s’ennuyer. Si le Festival a bien lieu.”

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