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Affiche de l'exposition "Comix Creatrix"

Chicks Comics

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Avis aux responsables du Festival d'Angoulême : à Londres, l'exposition "Comix Creatrix" expose les œuvres de cent auteures du monde entier. Mêmes dans les comics de super-héros, il est loin le temps où les dessinatrices devaient se dissimuler pour ne pas effaroucher leurs lecteurs...

Affiche de l'exposition "Comix Creatrix"
Affiche de l'exposition "Comix Creatrix" Crédits : Laura Callaghan

Festival d’Angoulême, suite. “La ministre de la culture a confié à Jacques Renard, énarque de 67 ans, le rôle de médiateur entre les professionnels impliqués dans le Festival de la bande dessinée d'Angoulême, nous apprend une brève du Monde des Livres. Auteurs et éditeurs menaçaient, en effet, de boycotter l'édition 2017 après la polémique soulevée [notamment] par l'absence de femmes parmi les auteurs en lice pour le grand prix, tandis que le maire LR Xavier Bonnefont projetait, en cas de statu quo, de diminuer les subventions accordées à la manifestation phare du 9e art.”

On a retrouvé les auteures de bande dessinée !

La première tâche du médiateur pourrait être d’envoyer les organisateurs du festival à Londres, à la House of Illustration, où l’exposition « Comix Creatrix » rend hommage, jusqu’au 15 mai, aux dessinatrices du monde entier. Eh oui, les femmes auteurs de bande dessinée, “on les a retrouvées !, se réjouit la correspondante à Londres de Libération, Sonia Delesalle-Stolper. Elles sont là, excentriques, folledingues ou graves. Sur les murs feutrés du musée, elles jettent leurs douleurs, leurs questions, leurs rires et leurs fantasmes. Elles racontent des histoires, des instants, des moments. Elles sont là, ces femmes, ces fameuses femmes, invisibles pour certains, et pourtant si vivantes armées de leurs crayons et de leurs idées. Elles sont cent, mais elles pourraient être mille. Un instant, on s’interroge : les organisateurs de «Comix Creatrix» l’ont-ils fait exprès ? Mais non, l’exposition a été conçue, imaginée, bien avant les polémiques qui ont secoué le festival d’Angoulême avec sa liste de trente nommés pour le Grand Prix, qui étaient au départ tous des hommes. Mais, hasard pertinent, elle prend du coup un sens particulièrement aigu. Comix Creatrix s’est ouvert cinq jours à peine après la fin du festival. Comme un parfait contre-pied ou un joli pied de nez.

"Cela aurait été une déception terrible pour les enfants de réaliser que l’auteur de personnages si virils et puissants était une fille." June Tarpé Mills

La House of Illustration, délicieux musée fondé à Londres en 2014 par Quentin Blake, a choisi d’exposer cent auteures de bandes dessinées qui, au fil des années, des époques, « ont créé certaines des œuvres les plus abouties et provocantes de ce médium ». A l’entrée, les conservateurs du lieu, Olivia Ahmad et Paul Gravett, ont inséré un petit panneau cinglant, visiblement rédigé juste avant l’ouverture : « Au fil des développements de la bande dessinée, les "Creatrix" (ou femmes créatrices) ont été actives, même si leur contribution vitale a souvent été négligée. Cette année, le directeur du prestigieux festival français de bande dessinée d’Angoulême a déclaré : "Malheureusement, il y a peu de femmes dans l’histoire de l’art de la bande dessinée. C’est une réalité." "Comix Creatrix" démonte le mythe selon lequel les femmes ont eu un impact limité dans le monde de la bande dessinée en présentant le travail de cent femmes innovatrices, britanniques et internationales. » Elles viennent de vingt-trois pays (Royaume-Uni, France, Chine, Etats-Unis, Népal…) et vivaient au XVIIIe siècle, dans les années 60 et 70, ou s’épanouissent aujourd’hui. Elles racontent leurs histoires et, en filigrane, celle de l’évolution de l’illustration, de la satire à la caricature, du dessin de presse à la bande dessinée puis au roman graphique. L’exposition, la plus large du genre jamais organisée au Royaume-Uni, se concentre essentiellement sur des auteures actuelles. […] Bien avant les déclarations du directeur du festival d’Angoulême, les femmes auteures de bandes dessinées n’ont pas toujours été reconnues. En témoigne ainsi l’Américaine June Tarpé Mills (1915-1988). Elle créa, en 1941, une superhéroïne, Miss Fury, qui combattait tous les méchants de la Terre, dont de vilains nazis. Mais elle signait son œuvre en omettant délibérément son prénom parce que « cela aurait été une déception terrible pour les enfants de réaliser que l’auteur de personnages si virils et puissants était une fille ».”

Les super-héroïnes sortent de leur rôle de faire-valoir

Depuis, les choses ont bien changé, et aujourd’hui, les auteures de comics n’hésitent pas à s’afficher, comme “Amanda Conner et Kelly Sue DeConnick, rencontrées [par Pascaline Potdevin, de Grazia] en octobre dernier au salon Comic Con, à Paris. La première dessine, depuis 2014, les aventures de Harley Quinn, l'amoureuse foldingue du Joker, créée par la maison d'édition DC Comics (l'autre géant, avec Marvel, de la BD américaine tendance super-héros). Un personnage si populaire qu'en 2016 Harley sera incarnée au cinéma par Margot Robbie dans le très attendu Suicide Squad, sorte de version « dark » des Avengers. Et qui a bien changé depuis qu'Amanda Conner et son mari, le scénariste Jimmy Palmiotti, ont décidé de lui insuffler une vraie personnalité : « La première chose que l'on a faite, c'est la tirer de sa relation abusive avec le Joker, explique Palmiotti. Nous voulions qu'elle existe par elle-même, et non comme un personnage secondaire. Désormais, elle vit à Brooklyn, travaille, fait ses courses, nourrit ses chats… Les gens s'identifient à elle, c'est pour ça qu'elle est devenue si populaire. » Battantes, utilisant leurs pouvoirs pour terrasser aussi bien leurs adversaires que ceux qui s'avisent de les appeler « bébé », les super-héroïnes sortent de leur rôle de faire-valoir. Certes, elles ont toujours existé, mais si Wonder Woman, née en 1941, était ouvertement féministe, Power Girl, apparue en 1976, restait une cousine de Superman à la poitrine imposante. Un signe particulier que Conner et Palmiotti, qui imaginent également ses aventures, se sont réapproprié. « Nous nous sommes demandé si nous devions lui dessiner des seins plus petits, admet Amanda. Mais tout le monde n'aurait parlé que de ça ! Alors on a plutôt travaillé sur sa personnalité, celle d'une femme qui assume son corps, n'a pas à le cacher. »” […] Preuve indubitable que ça commence à prendre : “à Halloween, cette année, on a vu des garçons se déguiser en Harley Quinn, inventant ainsi la version masculine de leur héroïne préférée.” Nous sommes tous des super-héroïnes…

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