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Un visiteur du Met Breuer, l'ex-Whitney Museum, en mars 2016

L'art contemporain, un danger public

5 min

Le Musée Maillol va réouvrir avec une exposition Ben. Mauvaise idée, tant l'art contemporain est dangereux pour la santé, celle des visiteurs ou des artistes, mais aussi pour les musées, voir les déboires financiers du Met et du MoMA à New York. Luc Ferry aurait-il raison ?

Un visiteur du Met Breuer, l'ex-Whitney Museum, en mars 2016
Un visiteur du Met Breuer, l'ex-Whitney Museum, en mars 2016 Crédits : Bebeto Matthews/AP - Sipa

“Le Musée Maillol, on l’avait raconté ici, avait fermé ses portes en février 2015 après que la société qui y organisait les expositions eut été placée en liquidation judiciaire. La signature d’un partenariat avec Culturespaces lui redonne vie, nous apprend une brève de l’Obs. Le 14 septembre, une exposition de l’artiste Ben inaugurera les lieux.”

800 000 euros pour défloquer La Fée Electricité de Raoul Dufy

Mais est-ce vraiment une bonne idée d’y exposer un artiste contemporain ? L’art contemporain est dangereux pour la santé, on vous avait déjà mis en garde il y a deux semaines avec les émanations de formaldéhyde issues des carcasses d’animaux plongés dans le formol de Damien Hirst. Roxana Azimi a relevé pour M le Magazine du Monde d’autres cas semblables, tout aussi périlleux pour les visiteurs, voire les artistes. “En 2014, écrit-elle, une étude suédoise avait appelé à interdire les pigments à base de cadmium. Selon cette enquête, les peintres participeraient à la pollution du sol en nettoyant leurs pinceaux imbibés de ces peintures. L'Union européenne a envisagé, en 2015, de bannir ce type de peintures. Les artistes s'en sont émus, notamment la peintre Julia Brooker, refusant de se voir privée de rouge et jaune pétard. Face à leur mobilisation, l'Europe a reculé. En octobre 2010, poursuit Roxana Azimi, l'artiste chinois Ai Weiwei invitait le public de la Tate Modern à marcher sur un tapis de 100 millions de graines de tournesol en porcelaine. Succès immédiat... et poussières garanties. L'expo a dû être fermée au public quelques jours après son ouverture. Cela n'a pas empêché le musée d'acheter une partie de l'œuvre, ni un collectionneur de payer 560 000 dollars pour un sac de 100 kg de graines, en 2011, chez Sotheby's. [Plus près de chez nous], 800 000 euros : tel fut le coût du long chantier de désamiantage de La Fée Electricité, de Raoul Dufy, mené entre 2001 et 2006 par le Musée d'art moderne de la Ville de Paris. Réalisé en 1937, cet immense panorama de 60 mètres de large avait été floqué pour éviter tout risque de combustion.” L’article mentionne enfin une de ces artistes martyrs de leur art : “« Je ne peux plus respirer ni en France, ni en Suisse, ni en Italie ou en Espagne ou ailleurs. Respirer ou ne pas respirer est devenu la question », écrit Niki de Saint Phalle en 1993, à son arrivée en Californie où elle se fait soigner pour insuffisance respiratoire. Depuis les années 1960, l'artiste française souffrait de problèmes pulmonaires liés aux vapeurs inhalées pendant la fabrication de ses œuvres en résine de polyester. Elle en mourra en 2002, à 71 ans.”

La course à l’art contemporain,  sésame pour attirer les foules et… l’argent des mécènes

Les musées aussi devraient se méfier de l’art contemporain, potentiellement fatal à leurs finances. “Avec 6,3 millions de visiteurs en 2015, difficile d’imaginer le Metropolitan Museum de New York, célèbre pour sa collection d’art ancien, dans le rouge. Il accuse pourtant un déficit de 10 millions de dollars, qui pourrait être multiplié par quatre d’ici à la fin 2017. En cause, explique Gaëtan Mathieu dans Télérama : la baisse des revenus générés par les entrées (chacun donne ce qu’il veut, or le rajeunissement du public et l’augmentation des touristes entraînent une diminution des donations volontaires) et surtout la course à l’art contemporain, censé être le sésame pour attirer les foules et… l’argent des mécènes. Mais si le Met a récemment développé une aile consacrée aux XIXe et XXe siècles, et vient juste d’ouvrir une antenne dédiée à l’art moderne et contemporain dans l’ancien bâtiment du Whitney Museum, il reste désespérément à la traîne derrière le MoMA ou le Guggenheim. Le coût de ces opérations, et leur accueil mitigé, mettent en péril ses finances. Le vieux musée ne gagne pas à jouer la modernité : il va devoir licencier et réduire la voilure de ses expositions temporaires.”

Le MoMA rit jaune

Alors « Met qui pleure, MoMA qui rit » ?, comme l’a titré une autre brève de L’Obs. Eh bien même pas. Ou alors qui rit jaune. Car après le Metropolitan Museum, “c’est au tour du Museum of Modern Art (le MoMA, donc) d’être confronté à des difficultés financières. Dans The New York Times, Robin Pogrebin, cité par Nathalie Eggs dans Le Journal des Arts, révèle que le musée d’art contemporain new-yorkais va lancer un plan de départs volontaires pour les employés de 55 ans et plus, envisageant de prendre leur retraite dans l’année et affichant au moins neuf années d’activité. Le MoMA a déclaré que cette mesure, prise dans « une phase de transition », était consécutive au plan d’agrandissement et de rénovation du musée. Il y a une semaine, l’institution annonçait avoir reçu une donation de 100 millions de dollars du producteur hollywoodien et collectionneur David Geffen destinée au financement de son extension. Sur trois étages, les nouveaux espaces de la 53e rue porteront le nom du donateur (de même que les galeries du quatrième étage de l’édifice principal). Un autre article du quotidien new-yorkais, explique que le MoMA expérimente par ailleurs un nouvel accrochage : après avoir réorganisé le quatrième étage des collections permanentes (consacré aux années 1940 - 1980), le musée reconfigurera les galeries d’art contemporain du deuxième étage dès le mois de juin. Elles seront divisées en trois espaces, chacun d’entre eux étant consacré à un artiste.” L’article ne dit pas quelles précautions seront prises pour la santé des visiteurs, celle des musées étant déjà largement compromise…

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