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L'école des loisirs la fin d'une époque ? Agnès Desarthe et Geneviève Brisac

Pourquoi lisez-vous?

5 min

Pourquoi lit-on au juste ? Question certes banale mais qui porte en elle aussi la nécessité de se réapproprier la littérature et l'acte de la lecture. Je lis parce que. #Ioleggoperché. Hashtag symbole d'une campagne italienne pour sensibiliser à la lecture, comme le rapporte il Corriere della sera.

L'école des loisirs la fin d'une époque ? Agnès Desarthe et Geneviève Brisac
L'école des loisirs la fin d'une époque ? Agnès Desarthe et Geneviève Brisac Crédits : BALTE - Sipa

Et cette année, l’objectif affiché de cette campagne, selon les mots de son coordinateur Antonio Calabro, c’était la réappropriation des lieux de lectures, des bibliothèques, aux librairies, pour replacer la lecture "dans le quotidien des enfants, des adolescents, des travailleurs".

Changement de décor et de ton à l'Ecole des loisirs

Qu’en est-il de cette réappropriation en France, surtout concernant les enfants et les adolescents, quand on se penche sur la mutation de l’Ecole des Loisirs ? Laurent Nunez dans le magazine Marianne,  y déplore la fin d'une époque. "L’écrivain Genviève Brisac écrit-t-il qui dirigeait depuis 27 ans la formidable maison d’édition jeunesse, vient de se voir remercier assez peu poliment ». Et Télérama mène l'enquête sur cette Ecole des loisirs nouvelle formule, sans Geneviève Brisac, elle est signée de Michel Abescat. On y apprend que 5 projets précédemment acceptés par l'auteur et éditrice ont été déprogrammés, et Arthur Hubshmid directeur littéraire, "bien que peu porté sur le roman", selon le journaliste Michel Abescat, vient de refuser une vingtaine de projets venant d’auteurs bien connus pourtant de l’Ecole des loisirs. A ce titre l’auteur Alice de Poncheville témoigne dans cet article de la manière dont son projet a été expédié en 11 minutes par ces mots de l’éditeur : « Je n’aime pas le fantastique. Ca m’ennuie. Je cherche des personnages réels, simples, qui accomplissent des choses ». Une appréciation qui rejoint celle de son directeur Louis Delas. C’est l’écrivain Olivier Adam qui les rapportent : « Il m’a expliqué que les romans publiés par Geneviève Brisac ne correspondaient plus au goût des jeunes, qu’ils étaient souvent trop sophistiqués, trop sombres. Puis il m’a proposé de continuer à lui donner des textes. Sans doute n’a-t-il pas lu mes précédents romans pour ados, qui parlent du deuil et de la mort… »

Le succès du réel face à la "crise de la fiction"? 

On aura noté donc ce rejet du fantastique, et cette appétence très à la mode pour le réel. C’est peut-être pour cette raison que certaines maisons d’éditions raffolent de récits de reportages au long cours, qui n’ont plus leur place dans les journaux. Le journaliste de La Croix Jean-Claude Raspiengeas interroge "les nouveaux horizons de la non-fiction". Car si le phénomène est loin d’être nouveau, et que de plus en plus de revues accueillent ces récits de reportage, il y a eu ces dernières années des maisons d’édition qui se sont créees avec l’objectif premier de se spécialiser dans ce genre de publication, à l'image des toute jeunes éditions Marchialy dont le premier ouvrage Tokyo Vice de Jake Adelstein est paru il y a trois mois, et qui se donnent pour mission de ne publier que ce genre de récit, mais sous forme de livre et non de revue. Cette nouvelle entreprise qui s’est montée à l’aide d’un financement participatif, montre qu’il est possible pour de très jeunes éditeurs sans grande expérience du milieu au préalable, de pousser les portes du domaine de l’édition avec un certain succès. Un succès que Laurent Beccaria, le patron des éditions des Arènes et co-fondateur de la revue XXI, explique de la manière suivante : « L’engouement pour les histoires vraies avec de vrais personnages répond à la crise de la fiction. Dans les romans selon lui, raconter une histoire passe désormais derrière le style ».

L'anonymat d'un auteur, une mine pour son éditeur

Ou plutôt pour qu’un roman suscite un intérêt, il faut que l’histoire dépasse peut-être le cadre même de son histoire, et de l’objet livre. Chloé Woitier signe dans le Figaro un article sur ces "ouvrages sous X", souvent signés de personnalités politiques. C’est à dire des livres écrits dans le secret de leur auteur jusqu’au dernier moment avant la parution mais dont les éditeurs vendent déjà aux libraires le succès colossal à venir. Une question de protection de leurs auteurs plus q'une recette marketing se défendent certains éditeurs. D'autant que ce procédé énerve un peu le syndicat de la librairie française. Car se voir obligé d’accepter la vente d’un ouvrage dont on ne connaît pas l’auteur (fût-il une célébrité du monde politique), cela comporte toujours une bonne part de risque. Surtout que parfois, selon ce même syndicat,  "l’ouvrage fait pshiit ». Mais quoi que l’on en dise, le secret d'un succès durable pour l'auteur et pour son éditeur, réside pas mal dans ce secret, ce mystère de l'identité, comme celui de l’auteure italienne Elena Ferrante qui le cultive depuis plus de 20 ans. Elle est, selon le titre de l’article de Jacques de Saint Victor dans le Figaro Littéraire, "l’auteur qui fait fantasmer l’Italie". Le journaliste explique que mis à part ses modestes éditeurs romain de la Maison E/O, personne ne connaît son vrai nom, ni son visage. L’auteure de l'amie prodigieuse ou du Nouveau nom (paru dernièrement) a été récemment au centre d’une tribune de l’écrivain et journaliste Roberto Saviano, dans la Repubblica, qui voulait la proposer au Strega (le prix Goncourt italien) pour, disait-il, faire en sorte que les petites maisons d’édition accèdent aussi au prestige de ces prix littéraires. Ce qui a crée la polémique dans le milieu. Comment peut-on penser à attribuer un prix à une auteure qui de toute façon pour conserver son anonymat ne viendrait pas le chercher… En tous cas pour ses éditeurs, c’est plutôt une bonne chose que de se voir associés à la possibilité d’un prix et au charme d'un secret pareil. Et pour les lecteurs, ce mystère qui résonne au-delà des pages du roman, peut les amener à y revenir. Perche Io Leggo, pourquoi je lis ? Pour percer le mystère de l'auteur...

(Revue de presse présentée par Emilie Chaudet)

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