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Le théâtre de l'Odéon qui verra peut-être arriver un nouveau public en 2017?

Un théâtre pour tous? Allez, encore un effort !

6 min

« Il faut que le public soit plus diversifié » C'est une phrase qui pourrait figurer en bonne place, voire en exergue d’une histoire sociale du théâtre. (Revue de presse présentée par Emilie Chaudet)

Le théâtre de l'Odéon qui verra peut-être arriver un nouveau public en 2017?
Le théâtre de l'Odéon qui verra peut-être arriver un nouveau public en 2017? Crédits : GHNASSIA ANTONY - Sipa

« Il faut que le public soit plus diversifié » , c'est un voeu de Stéphane Braunschweig rapporté dans le Monde de ce week-end. Le directeur du théâtre de l’Odéon qui en a présenté la saison 2017 vendredi dernier, a donc annoncé en ce sens la vente à moitié-prix de 7000 places, à partir du mois de janvier prochain. Cinq pièces de théâtre sont concernées, pour lesquelles deux avant-premières seront prévues avec des places allant de 7 à 20 euros. Stéphane Braunschweig justifie cette décision, dans les pages du Monde, interview signée Brigitte Salino « La logique de la politique de l’augmentation tarifaire demandée par la Cour des comptes va à l’encontre de la mission de service public. Il faut que l’Odéon-Théâtre de l’Europe soit plus ouvert, plus accessible, qu’on y voit des spectacles et qu’on y débatte de ce qui nous concerne tous. » Ce sont là les derniers mots de l’interviewé. Des mots aux airs de déjà vu, déjà entendus. Très proches, au mot près d’ailleurs, de ceux de Luc Bondy, son prédécesseur décédé il y a bientôt 6 mois. Des mots qui reflètent un échec répété, et une recherche permanente pour ancrer le théâtre dans le quotidien du public.

Bientôt un label "diversité" dans les théâtres ?

Et quand le directeur du théâtre de l’Odéon parle de diversité et d’ouverture, il parle aussi de celle du plateau : « Je ne suis pas favorable aux quotas, mais le théâtre de l’Europe doit donner l’élan ». Une réflexion que mène sur le terrain le collectif « décolonisons les arts ». La journaliste Anaïs Heluin trace les contours, dans le magazine Politis, d’un collectif crée en mars dernier et qui a fait parler de lui il y a un mois, en se rassemblant dans le hall du théâtre de Chaillot, à Paris, pour je cite « revendiquer une meilleure représentation des populations non blanches dans le secteur culturel français ». Dans ce collectif, on retrouve entre autres, la poétesse guadeloupéenne Gerty Dambury, le directeur du CDN de Haute-Normandie David Bobée ou la metteuse en scène Eva Doumbia. Et avant cette action à Chaillot, théâtre que la journaliste désigne comme « emblématique de la situation dénoncée par le collectif », Décolonisons les arts s’est fait connaître en février dernier par la rédaction d’une charte adressée à plus de 300 directeurs de lieux culturels et de festivals en France. Charte visible sur la page Facebook du collectif et dans laquelle on peut par exemple y lire « Vous savez mieux que personne la triste corrélation entre les origines de ceux qui sont sur les plateaux et de ceux que l’on espère dans les salles. Où sont les Noirs, les Arabes, les Asiatiques, les Latins, les Français des cultures minorées dans les théâtres de France ? Dans la Culture de France ? ».  Quoi qu’il en soit, la poétesse Gerty Dambury note que les revendications du collectif ont été mieux reçues par le Ministère de la Culture, c’était fin avril, que par la profession, qui reste, selon ses mots, « très conservatrice ». On en n’est pas encore, en tous cas au label « diversité » voulu par le collectif et qui récompenserait les lieux culturels de leurs bonnes pratiques en la matière.

Du "théâtre qui parle d'aujourd'hui"

Mais dans le champs de la diversité, il y a une voix que l’on entend souvent. C’est celle du comédien et metteur en scène Stanislas Nordey dont on peut lire l’entretien mené par Marie-Josée Sirach, dans l’Humanité. Le directeur du théâtre national de Strasbourg qui explique « Nous sommes partis du diagnostic suivant : pour qu’une institution ne sclérose pas, il faut qu’elle soit envahie par les artistes. Le ministère ne nous a pas entendus. Quand je suis arrivé au TNS, le décompte a été vite fait : 98 salariés techniciens et administratifs, et un seul artiste, moi. » Stanislas Nordey qui se prononce pour une direction tournante, et collective : « J’ai fait comme la jolie auto-stoppeuse dont les copains sont cachés dans les fourrés ! Comme je ne pouvais pas partager collectivement la direction, je l’ai fait artistiquement. » Résultat : une vingtaine d’artistes associés et un public au rendez-vous, si l’on en croit le metteur en scène de Je suis Fassbinder , qui se joue en ce moment, au théâtre de la Colline à Paris. Marie-Josée Sirach de l’Humanité qui écrit à ce titre, que cette pièce est un « théâtre qui parle d’aujourd’hui en temps réel ». Un théâtre selon cette fois les mots de Stanislas Nordey, qui  permet aux spectateurs de «rester éveillé ». C’est peut-être aussi là, outre le facteur financier, l’une des clés d’une possible diversification du public. Un théâtre qui parle du je et du nous. Comme la pièce _Wut  _de la dramaturge autrichienne Elefriede Jelinek, à Munich, pièce qui évoque, comme nous l'apprend le Monde, l’attaque terroriste dans les locaux de Charlie Hebdo et dans le magasin Hypercacher à Paris. Ou comme le succès du moment au festival belge Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles, il s’agit de la dernière création du metteur en scène Milo Rau, autour de l’affaire Marc Dutroux. Guy Duplat, du journal la Libre Belgique pousse un soupir de soulagement : « Il régnait beaucoup de fantasmes et de craintes sur ce que pourrait être un spectacle joué par des enfants sur l’affaire Dutroux ». Mais voilà, le critique belge rejoint la position du metteur en scène suisse qui expliquait, je cite l’article « avoir choisi ce sujet car l’horreur de l’affaire et le sursaut de la Marche Blanche représentaient à la fois le « trou noir » d’une Nation, et son affirmation. » Un conte du Nous qui séduit le public avec des histoires aux cicatrices multiples et collectives, qui suscite un tout autre débat que celui purement artistique. Le débat et la discussion autour de l’œuvre qui fleurissent peu à peu dans diverses scènes européennes pour créer un autre lien avec le public, comme le souligne un article du journal el Pais, le théâtre madrilène de la Abadia compte instituer une rencontre mensuelle entre les spectateurs et les comédiens de la pièce du moment, pour une discussion informelle autour du rôle que doit jouer le théâtre :  « un rendez-vous, selon les mots de la journaliste Aurora Inchausti, au cours duquel le public deviendrait le protagoniste actif ». Même si le facteur financier reste éminemment important pour atteindre un autre public, toutes ces voix artistiques et militantes nous montrent qu’ « il ne faut pas abandonner, si l’on reprend une dernière fois, les mots de Stanislas Nordey, l’espace de la parole , que demeure le théâtre."

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