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Les jambes de Pedro, Rossy et des autres...

La place des femmes : le nécessaire "marronnier" cannois

5 min

Vous avez peut-être remarqué cet article de l’Express sur Pedro Almodovar et ses actrices, et qui s’intitule "l’Homme qui filmait les femmes". Avec tout le respect que l’on doit avoir pour le contenu de cet article, il y a tout de même une impression de déjà vu, rien qu’en lisant le titre.

Les jambes de Pedro, Rossy et des autres...
Les jambes de Pedro, Rossy et des autres... Crédits : Yves Herman - Reuters

D’ailleurs, il y a tout juste 10 ans, le même magazine publiait cet article intitulé « Pedro Almodovar, l’homme qui aimait les femmes », c’était à l’occasion de la présentation du film Volver. Et force est de constater que l’on peut retrouver toute une collection d’articles du même genre suivant les années – je ne vais pas vous en étaler la liste- mais entre les « fétiches », les « muses », le « bal des actrices », les « chicas », on ne compte plus les articles à angle unique sur le cinéma et l’univers du réalisateur espagnol, à chaque fois donc qu’il présente un film à Cannes, ou même à chaque fois d’ailleurs qu’il sort un nouveau film. Et si l’on prend un peu de recul, on s’aperçoit que chaque année, la presse ressort les mêmes titres, amusés ou désabusés, c’est selon, sur la place des femmes à Cannes. Cet article de l’Obs par exemple signée Nicolas Schaller, et intitulé « Le bal des actrices : les favorites, les reines, les débutantes ». Une série de petits portraits comme celui de Golshifteh Farahani, de Sonia Braga ou d’Adriana Ugarte, l’héroïne de Julieta de Pedro Almodovar qui confie venir à Cannes pour la première fois en tant qu’actrice, la fois d’avant elle était venue en tant qu’égérie espagnole de la marque de crème glacée Magnum. « Cette année dit-elle ce sera ma vraie première fois ». Un progrès donc, dans les parcours.

Mais quel progrès pour les réalisatrices ? 

Comme le souligne le journaliste Nicolas Schaller, les actrices tiennent certes le premier rôle, mais il y a toujours aussi peu de réalisatrices en sélection officielle. Trois cette année. Un constat qui est valable tout au long de l’année. Le Parisien, juste avant le festival de Cannes, publiait le résultat d’une étude menée par le réseau européen des professionnelles (professionnelles au féminin) de l’audiovisuel, étude qui révèle que seulement 1 film sur 5 est le produit d’une réalisatrice, en Europe. La journaliste du New-York Times Rachel Donadio,elle se montre un peu moins inquiète que ses confrères français. Certes il n’y a que 3 réalisatrices en sélection officielle, mais des réalisatrices dont les films pour elle, se situent en haut du panier, que ce soit celui de la Britannique Andrea Arnolds avec son film American Honey, de la Française Nicole Garcia avec le Mal de Pierres ou celui de l’Allemande Maren Ade avec Toni Erdmann. Et la journaliste constate que même si la sélection n’arrive toujours pas à honorer une certaine parité, comme c’est le cas dans toute l’industrie du cinéma, il y a cette année, plus de discussions et de débats autour de ce thème, rappelle les mots du président Pierre Lescure qui imagine une femme lui succéder. Même si elle n’est pas aussi présente qu’on pourrait le souhaiter, la femme, selon la journaliste, devient peu à peu visible à Cannes et au cinéma. Oui mais laquelle ? Isabelle Lesniak dans le supplément hebdomadaire des Echos nous parlent de ces « bonnes fées du cinéma français ». Il s’agit du portrait chiffré d’une dizaine de femmes sans qui selon les mots de la journaliste « la plupart des 300 films produits en France n’auraient sans doute pas vu le jour », et ce la va de la directrice du CNC Frédérique Bredin à la productrice Sylvie Pialat en passant par Régine Vial la responsable distribution aux films du losange ou Anne- Dominique Toussaint, la fondatrice des films des Tournelles. On y découvre aussi des noms moins connus du grand public, Anne Flamant, directrice des activités cinéma et audiovisuel de la banque Neuflize OBC, lâche qu’elle accorde un crédit non pas par coup de cœur pour le film mais « à la suite d’une analyse de risque ». Quels risques ? Nous n’en saurons pas beaucoup plus …

Les "Invisibles" et la "Dangereuse"

Mais dans ce domaine, quelques actrices sont décidées à ne plus rester silencieuses. « Après la polémiques sur les Oscars trop blancs, si on balayait devant notre porte ? » écrivent Clarence Edgard-Rosa et Mélody Thomas dans le magazine Causette. Les deux journalistes, partis à la rencontre de ces actrices, qui selon leurs mots « subissent la double peine – femmes et noires- qui les rend presque invisible ». Parmi elles, la comédienne Yasmine Modestine, qui vient de se voir refuser un rôle de commissaire, supérieur hiérarchique d’un policier dont le rôle va être interprété par Gérard Depardieu, dans le prochain film d’Erick Zonka. L’agent de la jeune femme s’est vu répondre qu’une noire ou une métisse dans ce rôle, ça ferait, je cite, « trop cliché de discrimination positive ». « Dans un siècle ce qui restera de nous ce sont ces images qui nous représentent plus souvent comme des dealers et des femmes de ménage que comme nous sommes dans la réalité. » déplore la comédienne. Des mots qui font écho à ceux de Loubna Abidar, une actrice qui ne compte pas pour le coup rester invisible, même loin de Cannes. L’actrice marocaine, violemment agressée et rouée de coups de son pays, pour le rôle de prostituée qu’elle a interprétée dans le film Much Loved, présenté l’année dernière à Cannes. Elle revient donc avec un livre, la Dangereuse, co-écrit avec la Grande Reporter du Monde Marion Van Rentergheim. Interviewée par Michel Schneider du Point, la comédienne qui a quitté son pays confie : « J’ai été plongée dans un enfer à cause du manque d’éducation. La formation aux idées et aux arts aurait permis de faire la différence entre la fiction et la réalité entre l’actrice et le personnage ; Mais l’art ça fait peur à la politique ». Loubna Abidar qui compte réaliser deux projets de films, en France et en Belgique. C’est donc encore loin de Cannes que les voix féminines les plus fortes se font entendre on dirait. En écho aux mots de la journaliste du Monde, Florence Aubenas qui écrit, dans l’un de ses billet « Red Carpet » : « Cannes est à quelque heures de Paris ou de New-York. Mais le festival vient de décoller, dans sa propre bulle, où plus rien ne compte que lui-même ».

(Revue de presse présentée par Emilie Chaudet)

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