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Le musée est un lieu qui, comme ses oeuvres, pose question...

Le musée est-il ou doit-il être un espace neutre ?

4 min

Le rédacteur en chef du bi mensuel Connaissance des Arts Jean-Christophe Castelain s’interroge sur les moyens qui sont mis en œuvre pour s’assurer de l’objectivité du musée. (Revue de presse présentée par Emilie Chaudet)

Le musée est un lieu qui, comme ses oeuvres, pose question...
Le musée est un lieu qui, comme ses oeuvres, pose question... Crédits : GINIES - Sipa

_« Lorsque le Quai Branly retrace « l’invention du sauvage », que le Mucem, à Marseille, raconte la conquête de l’Algérie, que le Musée de l’Homme étudie l’impact des humains sur leur environnement ou que la Cité des sciences s’apprête à expliquer les maladies mentales, comment s’assurer que leurs discours soient au plus près de la vérité des sciences humaines ? » L’éditorialiste ajoute que « les musées sont des institutions de savoir qui ont la confiance du public. Il faut savoir préserver ce capital. » Conclusion de son texte : « Voilà un beau sujet pour #muséedebout »_. Et en effet cette question de confiance dans le musée, dans sa capacité à transmettre un savoir, c’est une question que pose, entre autres, Guillaume Kientz. Ce conservateur au musée du Louvre s’est impliqué en son nom propre, et non,  au nom de son institution, dans le mouvement de la Nuit Debout, et plus particulièrement dans un Musée Debout. L’objectif affiché de cette initiative, selon les mots de Guillaume Kientz rapportés dans le journal le Monde par la journaliste Emmanuelle Lequeux, c’est de « remettre le musée au cœur du débat public, et le débat public au cœur du musée ». Dans un autre article qui lui est consacrée, article d’Elisabeth Franck-Dumas dans Libération, il déplore que « le musée et l’histoire de l’art soient oubliés des enjeux politiques et des enjeux de société. Nous voulons réaffirmer la place du musée comme lieu de fabrique du citoyen. » Et outre ce discours d’ouverture et de redéfinition de l’espace musée, le jeune conservateur et les personnes qui l’accompagnent au sein du mouvement Nuit Debout, font état de propositions en ce sens : par exemple, pour citer celle que rapporte la journaliste de Libération, l’enseignement de l’histoire de l’art à l’école, l’accès gratuit aux musées et la formation artistique des personnels de surveillance…

Le musée, un lieu émotionnel

Pas très loin de cela, le journal suisse le Temps nous apprend qu’à Berlin des réfugiés, syriens ou érythréens pour la plupart sont formés pour devenir guide en langue arabe au Musée de l’histoire allemande. Des visites guidées faites par des réfugiés POUR des réfugiés. Le journaliste Simon Petite nous raconte l’histoire d’Isber Sabrine un syrien de 30 ans, qui a quitté son pays 6 ans auparavant et a pu terminer les études d’archéologie qu’il avait commencé en Syrie. C’est lui qui assure l’une de ces visites, en mettant l’accent dit-il « sur la reconstruction et la démocratie. Pour les réfugiés, ça a un aspect très émotionnel. Ils se disent :’nous aussi nous pourrons faire ça un jour chez nous. Ils reprennent espoir ». Un cas comme celui-ci aussi pose la question de l’utilité d’un musée objectif. Est-ce que l’intérêt d’un lieu pareil ne serait pas de pouvoir raconter sa propre histoire ? Le Dak’art fait écho à cette interrogation. C’est Philippe Dagen qui titre, dans le Monde un Dak’Art sous le signe de la colère. Et le début de cet article en dit déjà beaucoup sur la simple question du lieu. Le journaliste écrit en effet : _« Une biennale, c’est une architecture : Arsenal à Venise, bâtiment d’Oscar Niemeyer à Sao Paul. Simon Njami, directeur artistique de la 12è biennale de l’art africain contemporain, celle de Dakar, est un habitué de l’exercice et sait donc l’importance du lieu ». C’est ainsi que Simon Njami a choisi un lieu pour le moins surprenant pour une exposition nommée pourtant « Réenchantement » : il s’agit l’ancien palais de justice de Dakar, « inauguré en 1956, précise le Monde, peu avant l’indépendance ». Et la couleur de l’exposition s’en ressent. Les œuvres sont regroupées sous le signe de la colère comme l’explique Philippe Dagen « colère contre les tyrannies politiques, religieuses, financières »_. Des œuvres qui relèvent de la satire, comme les œuvres de la marocaine Fatima Mazmouz, ou de la dénonciation comme celles du soudanais Ala Kheir . En somme une vision particulière de l’histoire d’un continent, vue à travers ses cicatrices.

Même vide le musée n'est pas un espace neutre

Pas de neutralité, et même parfois du conflit. Comme on peut le voir dans les territoires Palestiniens. C’est un article du New-York Times qui raconte l’histoire du tout nouveau musée palestinien, inauguré aujourd’hui. James Glanz et Rami Nazal rapportent que ce musée n’a rien à envier aux autres qui existent dans le monde avec ses grands espaces, un amphithéâtre, une grande terrasse et un jardin. Rien à envier si ce n’est le principale : c'est-à-dire des œuvres à exposer. C’est un musée vide que le président Mahmoud Abbas a inauguré aujourd’hui. Et ce, à la suite d’un désaccord entre les curateurs d’une exposition sur des œuvres de réfugiés palestiniens, et le directeur du musée. Désaccord qui a finalement abouti à l’éviction dudit directeur. Dans cet article, Omar al Qattan l’organisateur de cette inauguration confie, que les palestiniens sont à ce point à la recherche d’une énergie positive, que cela valait le coup d’inaugurer ce bâtiment aujourd’hui, même vide.  Il faut croire, que, même vide, un musée, ne peut pas, ne doit pas se contenter de rester neutre.

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