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Les musiciens sont les plus touchés par la censure artistique selon Freemuse

Musicien, un métier plus que jamais à risques

5 min

Dans la continuité de la revue de presse musique de la semaine dernière, on reste dans la thématique révolutionnaire. Mais il sera moins question ici de révolution et de révélation purement musicale que politique aujourd’hui. (Revue de presse présentée par Emilie Chaudet)

Les musiciens sont les plus touchés par la censure artistique selon Freemuse
Les musiciens sont les plus touchés par la censure artistique selon Freemuse Crédits : FACELLY - Sipa

Juste après cette revue de presse musicale de jeudi dernier, Jean-Jacques Goldman jugeait bon de quitter les Enfoirés. Et ce n’est pas tant l’acte, qui interpelle, que sa justification. Sylvain Sicilier du Monde, rapporte les mots que le chanteur et auteur de l’hymne des restos du cœur a publié vendredi dernier, sur le site web des Enfoirés, « ce sont les 30 ans de la chanson mais également l’année de mes 65 ans et après 30 ans d’Enfoirés, je crois qu’il est temps de passer la main. Je n’ai plus la créativité, les idées, la modernité que nécessite une telle mission. » On peut penser ce que l’on veut musicalement des Enfoirés,  mais cette annonce du chanteur, pose la question de l’engagement politique, social des musiciens et de leurs musique.

"Combattre le terrorisme avec l'art"

Un engagement qui demeure au centre de la démarche de ces artistes tunisiens, dont Courrier International se fait l’écho, reprenant un article du journal La Presse. Khaled, Nour Zamen, Souhaib, Raghda, Mounhib et Mehdi. Ce sont les noms du collectif « Art is an arm », que le journal traduit par « l’art est une arme ». La journaliste Narjès Torchani raconte l’acte de bravoure de ces musiciens, (22 ans de moyenne d’âge, lycéens, étudiants, autodidacte ou sortis du conservatoire). Au lendemain en effet des affrontements très violents entre les forces de l’ordre et des djihadistes de Daech, à Ben Guardane, en mars dernier, ces musiciens se sont réunis devant un centre commercial de Tunis, et ont joué en brandissant une pancarte «Nous allons combattre le terrorisme avec l’art »« Nous avons décidé de faire notre part dans la société et d’exercer notre citoyenneté par la musique » disent-ils. Et ce, malgré, parfois l’intervention de la police, qui un jour, racontent-ils, les ont « obligé à signer un engagement de ne plus dans la rue alors que ce n’est pas interdit », selon leurs mots rapportés par la journaliste tunisienne. Journaliste qui précise : « Ici, la rue n’est pas celle de la marginalité, mais celle de la réappropriation. Il y a un contexte commun, celui de la difficulté financière de louer une salle de concert ou d’intégrer une boîte de production et un circuit commercial. » Un contexte économique difficile là-bas qui fait écho à ce que traverse ici, le festival Musique Métisses. Patrick Labesse du Monde raconte que certains musiciens « ont baissé leur cachet », que «d’autres ont joué gratuitement," "Musique métisses, annonce le journaliste, prend cette année des allures de concert caritatif. » Plusieurs artistes se sont en effet mobilisés pour que cette 41 è édition, puisse voir le jour. Et parmi ceux présents, le percussionniste Inor Sotolongo qui se dit « honoré de participer à ce festival de résistances », et il y a aussi notre invité de la semaine à la Dispute, Bachar Mar Khalife, le chanteur libanais dont l’album Ya Balad a été censuré, le mois dernier par les autorités de son pays à cause notamment du titre Kyrie Eleison, mis en cause pour « atteinte à l’entité divine », apprend-on dans cet article. Et le journaliste conclut sur les mots du chanteur, qu’il a écrit sur sa page Facebook : « Je l’ai chantée à Beyrouth comme je la chanterai partout où je voudrai crier un ras le bol des institutions politiques ou religieuses qui veulent régir nos vies comme on vivait au Moyen Âge (…)". « Un message confie le chanteur au journaliste, qu’on ne peut pas faire jaillir avec telle force ailleurs que dans un festival comme Musique Métisse.”

Les musiciens et les chanteurs, premières victimes de la censure dans le monde

Et il faut croire que ce cas de censure n’est hélas pas si rare dans le monde de la musique. Le journal des Arts rapporte les résultats d’une étude sur les attaques contre la liberté artistique. 4è rapport de ce genre, publié par l’organisation Freemuse. Selon l’étude en question « Art Under threat » qui a été menée dans 70 pays, il s’avère que le secteur de la musique est le plus touché par ces atteintes à la liberté. « 310 cas ont été observés en 2015, dont 223 concernent des censures. » En Chine, en Iran et en Russie surtout, top 3 des pays où les musiciens subissent le plus de répressions. La Russie contre qui une voix s’est élevée à l’occasion de l’Eurovision nous rapporte Libération. Djamala, la grande gagnante de l’Eurovision samedi dernier. Djamala, une tatare de Crimée, qui gagne l’Eurovision sous les couleurs du drapeau Ukrainien. Le journaliste Renaud Rebardy souligne ainsi que la gagnante met à mal le discours de Vladimir Poutine selon lequel la Crimée serait une terre historiquement russe. L’histoire d’une terre et la souffrance d’un peuple, qui se retrouve « en filigrane », selon les mots du journaliste, dans la chanson qui a fait gagner Djamala. A tel point, apprend-on que la délégation russe aurait tenté de faire interdire sa participation au concours européen, au motif que sa chanson comportait un message politique. Ce qui est interdit par le concours. «Parfois, constate Renaud Rebardy, les chansons font l’histoire plus que les petits hommes verts armés, ceux qui sont venus installer l’ordre russe en Crimée en mars 2014 ». Les chansons font l’histoire et les chanteurs, même les plus subversifs et anticonformistes, entrent aussi dans les musées, comme le souligne Nicolas Ungemuth du Figaro Magazine. Les figures de Bowie, des Stones, du Velvet : « On peut voir dans cette canonisation inédite du rock un troublant paradoxe, constate le journalistel. D’un côté cet anoblissement soudain semble bien risible au regard du message subversif qu’il véhiculait à ses débuts. De l’autre, ceux qui se battaient avec leurs parents pour expliquer que oui, les Stones ou le Velvet Underground étaient à prendre au sérieux (…) peuvent prendre cette reconnaissance tardive comme une revanche, une consécration méritée. »

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