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Sébastien Thiéry à la 27e Cérémonie des Molières, en 2015

Les Molières, pas encore décernés, déjà polémiques

6 min

La 28e Nuit des Molières est diffusée ce soir sur France 2. Une cérémonie rénovée selon son président Jean-Marc Dumontet, menacée par les intermittents du spectacle, dénoncée par le collectif "Décoloniser les arts", et sclérosée par son parisianisme. Beau programme !

Sébastien Thiéry à la 27e Cérémonie des Molières, en 2015
Sébastien Thiéry à la 27e Cérémonie des Molières, en 2015 Crédits : Romuald Meigneux - Sipa

Cela vous a sans doute échappé, tant l’information fait peu la une des pages culture, mais la 28e Nuit des Molières sera retransmise (en différé) depuis les Folies Bergère ce soir à 22 h 25 sur France 2. Jean-Marc Dumontet, président de l'Académie des Molières, a présenté à Jérôme Béglé du Point les grandes lignes d'un rendez-vous qui, en dépit des polémiques et des contestations, “s'est imposé, estime l’hebdomadaire, comme une ode au théâtre, à sa diversité et à sa créativité”. Jean-Marc Dumontet explique ainsi avoir « élargi, après l'avoir sécurisé (?), le collège électoral. En 2015, nous avions 300 votants issus du théâtre privé et autant venus du public, dit-il. Cette année, nous totalisons 2 200 votants. Nous avons mis presque deux ans à nettoyer les fichiers (?) et à sourcer l'intégralité de ce corps électoral. » Il va y avoir de nouvelles catégories, comme « un Molière du meilleur spectacle pour enfant, une discipline qui avait disparu et que nous réintroduisons. Nous créons un prix de l'humour destiné à récompenser les one-man-show. Nous avons mis en place des critères stricts : il faut avoir vendu au moins 12 000 places, et pas forcément dans des théâtres affiliés au privé ou au public. Cela nous permet par exemple de faire concourir Laurent Gerra, qui se produisait à l'Olympia. » Pourquoi un Molière d’honneur à Fabrice Luchini ? Parce que « Fabrice est très emblématique du théâtre français, revendique Dumontet. Et il joue à guichet fermé en refusant la facilité. Il méritait donc cette récompense. Quand on couronne Michel Bouquet ou Robert Hirsch, on nous reproche de ne mettre en avant que des vieux. Cette année, nous avons préféré un jeune populaire qui attire le public. Où est le mal ? » Rappelons que le jeune en question a tout de même pas loin de 65 ans, mais au moins ne traîne-t-il pas la patte, contrairement au théâtre en 2016, selon le président de l’Académie des Molières. « Le contexte économique et sécuritaire n'aide pas à remplir les salles, explique-t-il. Pas plus que la baisse de la fréquentation touristique à Paris. Il faut donc de très bons spectacles pour attirer le public. Collectionner les têtes d'affiche et les noms ronflants est une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour remplir une salle. C'est à nous, producteurs et directeurs de salles, d'être plus exigeants. Certes, le moment n'est pas facile, mais rien n'est facile et cela oblige les uns et les autres à donner le meilleur d'eux-mêmes... »

Des Molières si blancs...

Il est au moins un spectacle du théâtre privé qui triomphe cette saison, et se retrouve favori ce soir, selon Thierry Dague dans Le Parisien, c’est “la comédie Fleur de cactus, nommée sept fois, notamment dans les deux catégories meilleure actrice et meilleur acteur pour Catherine Frot et [l’invité de la Dispute cette semaine] Michel Fau. […] Puisqu’on parle de cactus, il y en a deux qui risquent de planter leurs épines dans cette cérémonie. Les intermittents du spectacle ont appelé à un rassemblement ce soir devant les Folies-Bergère, où se déroulera la cérémonie (ils n'étaient finalement qu'une quinzaine, selon l'AFP). Et vendredi, le metteur en scène David Bobée et l’acteur Yann Gaël ont dénoncé, dans une tribune intitulée « les Molières de la honte », le manque de diversité ethnique des artistes nommés, tous blancs. La polémique s’invitera-t-elle sur scène ? ” Cette tribune, publiée sur le site de Télérama par le collectif « Décoloniser les arts », dont vous parlait ici Emilie Chaudet la semaine dernière, dénonce ainsi des Molières “monochromes : reflet du milieu théâtral, artistique et culturel français, reflet d’une société qui tourne le dos à une partie d’elle même et s’étonne que certains puissent s’éloigner. […] On aurait espéré un symbole, poursuivent-ils. Oui, venant de la Culture, cela aurait été bienvenu, un symbole. Et plus encore un engagement pour la justice. Contre le racisme, contre les replis culturels, nationalistes et identitaires, contre la peur généralisée, contre la haine de l'autre, on aurait pu célébrer une culture riche de sa diversité. Une culture commune. Quand 30% de la population française n'est pas blanche et n'a aucun moyen de se reconnaître dans la moindre idée de culture commune, oui, de communauté à l'échelle d'un pays. Quand un pays a désespérément besoin d’un récit commun. La pratique de la Culture se doit d’être pour chacun et chacune l’endroit et le moment d’une célébration partagée, d’un lien social renoué, entre les individus quelles que soient leurs classes, leurs origines, leurs religions ou leurs couleurs de peaux. Il arrive de temps en temps qu’elle le soit dans le public comme dans le privé mais visiblement pas pour l’Académie des Molières. Ils sont pourtant bel et bien là et talentueux les acteurs, les actrices, les auteur.e.s, les metteurs, les metteuses en scène de toutes les origines, de toutes les cultures et de toutes les appartenances ethniques. Là mais trop souvent et volontairement ignorés. Les Molières méprisent la diversité de la population française, de la communauté artistique française et cultivent leur entre-soi. Encore une fois. Alors, conclut la tribune, qu'ils aillent au diable ces Molières. Irresponsables.”

.. et si parisiens

Et puis, relève cette fois Antonio Mafra dans Le Progrès de Lyon, “plus de 90 % des spectacles nommés pour les Molières ont été créés à Paris. Les personnalités (comédiens et comédiennes) retenues dans le palmarès au titre du théâtre produit en région, comme François Marthouret et Francine Bergé qui défendent les couleurs lyonnaises, sont des figures du petit et du grand écran. Le parisianisme de la sélection s’explique d’abord par la difficulté qu’ont les spectacles à tourner. Ensuite, par le fait que les professionnels, qui votent, viennent de moins en moins voir les productions en province. Il s’explique aussi par le besoin qu’aurait le théâtre d’avoir l’onction de la télévision. Comment justifier, autrement que par l’excellent carnet d’adresses de François Marthouret sa nomination alors que Les Affaires sont les affaires, la pièce créée à Lyon, n’a pas tourné ? Cette année, plus que jamais, conclut le journaliste lyonnais, les Molières sont une cérémonie parisienne, people et branchée télé. ” C’est peut-être pour cela que pas grand monde ne la regarde…

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