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Dormir dans la chambre de Van Gogh à Arles, c'est possible ! Mais à Chicago...

L'art à l'hôtel

6 min

Les hôtels particuliers des ministères et administrations, comme les hôtels de luxe aiment à s'agrémenter d’œuvres d'art. Mais le must, c'est de dormir DANS une oeuvre...

Dormir dans la chambre de Van Gogh à Arles, c'est possible ! Mais à Chicago...
Dormir dans la chambre de Van Gogh à Arles, c'est possible ! Mais à Chicago... Crédits : SIPANY - Sipa

On a retrouvé un Bacon à Londres. “C’est la 585e œuvre de l’artiste, précise une brève de Beaux-Arts Magazine. Elle dormait depuis plus de vingt ans dans une collection privée de Londres… La dernière toile de Francis Bacon a été retrouvée par l’historien de l’art Martin Harrison alors qu’il travaillait à l’édition du catalogue raisonné de l’artiste. Peinte en 1991, un an avant la mort de Bacon, Study of a Bull représente un taureau en noir et blanc effacé dans un nuage de poussière. L’œuvre sera exposée pour la première fois au Grimaldi Forum de Monaco en juillet. Elle sera ensuite présentée au musée Guggenheim de Bilbao à partir du 30 septembre.” Il arrive donc qu’on retrouve des œuvres, mais bien plus souvent, on les égare, notamment en France. “Depuis la fin du XVIIIe siècle, l’Etat a [ainsi] déposé (c’est-à-dire confié pour une longue durée, et non prêté pour une exposition temporaire) quelque 430 000 meubles ou œuvres d’art de ses collections dans d’innombrables musées, ambassades, mairies… A-t-il laissé s’évaporer une partie du patrimoine culturel national ?, s’interroge Yohav Oremiatzki dans Télérama. Pour 22 800 objets recherchés, seuls 251 ont été retrouvés !, selon la base de données en ligne Sherlock (oui, Sherlock !), alimentée par la Commission de récolement des œuvres d’art de l’Etat. Les mécanismes permettant de pister les œuvres « égarées » ne sont effectifs que depuis le début des années 2000, à la faveur de missions de récolement servant à vérifier la présence et l’état des œuvres. Au Centre national des arts plastiques (le Cnap), le constat semble à peine croyable : sur 55 000 œuvres déposées par cet établissement public du ministère de la Culture, un cinquième s’est volatilisé ! Les raisons sont multiples : vols, mais aussi mauvaise documentation des dépôts avant 1860, absence d’informations sur la paternité d’une œuvre, objets fondus sous l’Occupation… Manque de moyens, aussi ? Au Cnap, une dizaine d’« enquêteurs » sont mobilisés pour terminer le récolement des 55 000 œuvres, commencé en… 1997. Ce travail ne sera pas terminé avant des années ! Quelques « Sherlock » supplémentaires seraient les bienvenus.”

Coquetterie

Les ministères et administrations ne sont d’ailleurs pas les seuls à utiliser des œuvres pour agrémenter leurs hôtels particulier. A l’occasion de l’annonce de l’ouverture à la fin de l’année à Paris du « Drawing Hôtel », dédié au dessin contemporain et relié à un centre d’art privé, le « Drawing Lab Paris », Sarah Belmont s’est intéressée pour Le Journal des Arts, à la façon dont les hôtels de luxe se servent “de l’art comme tremplin vers une clientèle sans cesse renouvelée. […] De manière générale,, constate-t-elle, la présence d’œuvres d’art dans les hôtels trahit une forme de coquetterie. Qu’il s’agisse de croûtes ou de chefs-d’œuvre, ces pièces ont a priori une fonction décorative. Si la direction du Royal Monceau se targue d’en avoir accroché « du lobby au spa, en passant par les chambres », c’est bien pour signifier son intention d’être « présentable ». […] D’autres établissements mettent des noms plus cotés en avant. Fier de son Cindy Sherman, l’Hôtel du Collectionneur l’a accroché en évidence dans son hall d’entrée. Une sélection, parce qu’elle est subjective, transmet un message. Loin de souscrire à « l’art pour l’art », les hôtels s’appuient sur leur « déco » pour tenter de se forger une réputation d’esthète. L’accrochage d’un établissement est censé en illustrer la philosophie. En mêlant classique et contemporain, le George V entend affirmer son ouverture d’esprit. Le groupe se distingue par son soutien, au travers de son site de ventes aux enchères au street art. De son côté, l’Hôtel du Collectionneur joue la carte « Art déco ». La présence dans l’établissement d’une dizaine de pièces mobilières signées de Jacques Émile Ruhlmann, des frères Martel ou d’Edgar Brandt contribue à forger une identité esthétique haut de gamme. Selon sa valeur, l’art apparaît donc comme un gage de qualité, un indice de luxe.

Un "art concierge" au Royal Monceau

Pour s’assurer que leurs collections sont à la mesure de leurs ambitions, certains hôtels se tournent vers des experts. Le Park Hyatt de Chicago a confié à Staci Boris, ex-conservatrice au Chicago’s Museum of Contemporary Art, le soin d’établir un parcours artistique de goût entre ses murs. Mais seuls un tableau de Sigmar Polke et des photos urbaines ont été mis en avant. À Lausanne, en Suisse, le Beau-Rivage accueille ponctuellement, dans le couloir qui mène au bar du rez-de-chaussée, les expositions temporaires de son voisin, le Musée de l’Élysée. Là encore, c’est la photographie qui est à l’honneur. S’agissant du Royal Monceau, il a créé le poste d’« art concierge », destiné à une personne capable d’offrir à sa clientèle des programmes artistiques personnalisés. Julie Eugène, qui a travaillé à la galerie Patricia Dorfman, tient actuellement ce rôle de conseillère et médiatrice. Si l’art ne vient pas au client, le client ira à l’art, sur les conseils de spécialistes plus ou moins (re)connus. […] Dans le monde du luxe contemporain, l’expérience précède l’essence. Sur le modèle de l’art total, les palaces aspirent à fondre plusieurs domaines d’activité en un. Conformément à cette logique dite « expérientielle », aucun client ne devrait avoir envie ou besoin de s’aventurer à l’extérieur. De là, l’ouverture d’espaces exclusivement dévolus à l’art au sein de quelques hôtels. […] Le groupe Four Seasons pousse le genre encore plus loin. Des audioguides sont distribués à la réception de son hôtel de San Francisco. Les cinq-étoiles risquent bientôt de se prendre pour des musées.”

Un Van Gogh pour 10 $

Et les musées pour des hôtels ! Car si dormir entouré d’œuvres d’art, c’est chic, le must, c’est de dormir dans une œuvre d’art. “Vous en aviez rêvé, l’Art Institute of Chicago l’a fait, lit-on dans Beaux-Arts Magazine. Le célèbre musée a recréé dans ses moindres détails La Chambre de Van Gogh à Arles et la loue pour 10 $ la nuit via le site Airbnb (deux personnes au maximum). Un projet lancé à l’occasion de l’exposition « Van Gogh’s Bedroom », et qui réunissait jusqu’au 10 mai les trois versions du tableau peintes entre 1888 et 1889. « Nous espérons que cela inspirera les visiteurs pour qu’ils réfléchissent différemment à la peinture », précise Amanda Hicks, porte-parole de l’Institut.” On n’est pas obligé de se couper l’oreille après…

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