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"Black", d’Adil El Arbi et Bilall Fallah, interdit aux moins de 16 ans

La censure frappe encore (mais se réforme)

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En Pologne, la télévision publique diffuse "Ida" tout en dénigrant son point de vue trop "pro-juif". En France, le film "Black" voit sa sortie annulée à cause de son interdiction aux moins de 16 ans. Mais Audrey Azoulay l'a promis : la classification des films sera bien réformée...

"Black", d’Adil El Arbi et Bilall Fallah, interdit aux moins de 16 ans
"Black", d’Adil El Arbi et Bilall Fallah, interdit aux moins de 16 ans Crédits : Copyright Paname Distribution

Censure, encore et toujours, décidément, on ne s’en sort pas. “L'European Film Academy, nous apprend une dépêche de Belga News reprise par le site de la RTBF, proteste contre l'attaque de la télévision publique polonaise à l'encontre du film Ida, de Pawel Pawlikowski. L'Académie se joint aux protestations de l'Association des Réalisateurs polonais et de plus de 90 journalistes polonais de cinéma. Ida a été diffusé [le 25 février] sur la chaîne publique polonaise TVP2. Un éditorial de 12 minutes a précédé sa diffusion et dénigré le film. La chaîne l'accusait d'avoir gagné l'Oscar du meilleur film étranger en 2015 uniquement grâce à son point de vue pro-juif. Des textes génériques ont également été ajoutés de telle manière qu'ils auraient pu être considérés comme faisant partie du film lui-même, déplore l'Académie dans son communiqué. Le comité directeur de l'EFA explique ne pouvoir « tolérer la manipulation d'une telle discussion par un jugement unilatéral précédant sa projection » et ajoute défendre la pluralité des opinions. Ida raconte l'histoire d'une jeune fille dans la Pologne des années 1960, qui rend visite à sa tante, seule membre de sa famille encore en vie, avant de prononcer ses vœux de religieuse. Elle découvre alors qu'elle est juive et que ses parents ont été tués par un paysan polonais au cours de la Seconde Guerre mondiale. Les détracteurs polonais regrettent que le film ne mentionne pas que la Pologne était occupée par l'Allemagne nazie et que des Polonais ont aidé des Juifs à leurs risques et périls.”

"Si le même film se passait aux Etats-Unis, nous n’aurions jamais eu de problème."

En France, le film “ Black va devoir se contenter d’une sortie en e-cinéma, a-t-on lu sur le site de Première. Le long métrage d’Adil El Arbi et Bilall Fallah, qui raconte l’histoire d’amour impossible entre deux adolescents qui appartiennent à des bandes rivales de Bruxelles, ne sera jamais projeté en salles en France. La décision a été prise par Paname Distribution, qui explique dans un communiqué que « l’interdiction du film (…) aux moins de 16 ans par la Commission de Classification », ainsi que les « réticences des exploitants de cinéma à le programmer dans le contexte actuel » l’ont poussé à annuler la sortie en salles. […] Tourné à Bruxelles et primé lors des festivals de Toronto et Gand, Black a été largement remarqué en Belgique, où il est également interdit aux moins de 16 ans. Un âge requis qui aurait pu plomber ses entrées en France, surtout sans l’aide d’exploitants certainement un peu refroidis par des incidents qui se sont déroulés en Belgique dernièrement. Des jeunes de moins de 16 ans avaient payé un billet pour un autre film que Black, avant de rentrer dans la salle où le film était projeté. Le Monde précise que des « incidents avaient éclaté dans la salle, lorsque la police était venue contrôler les tickets et s’étaient poursuivis à l’extérieur du complexe ».” « La censure a encore frappé, déplore Laurence Gachet, la directrice de Paname Distribution, dans Le Point. Si le même film se passait aux Etats-Unis, nous n’aurions jamais eu de problème. Mais montrer à l’écran les bandes urbaines en Belgique, dans le contexte actuel, ce n’est pas permis. […] Il y a deux poids, deux mesures, poursuit-elle. On n’hésitera pas à mettre des bâtons dans les roues des films à petit budget. En revanche, les blockbusters américains ultraviolents, comme World War Z ou le dernier Tarantino, ne sont interdits qu’aux moins de 12 ans et diffusés dans toutes les salles. La violence urbaine est tout de suite beaucoup plus supportable lorsqu’elle a lieu loin de chez soi… »

"Scènes de sexe non simulées", une expression devenue obsolète avec le développement des techniques numériques

Mais apparemment, les choses bougent, puisque ça y est, “la classification des films sera bien réformée. La nouvelle ministre de la Culture, écrivez-vous, Julien Gester, dans Libération, n’aura pas tardé à s’emparer de ce dossier dont on pouvait craindre qu’il soit laissé en plan après l’éjection de Fleur Pellerin : la nécessité de réformer la classification des films de ciné alors que l’association ultraréac Promouvoir profite des failles des textes pour multiplier les recours (souvent victorieux) devant les tribunaux contre des films tels que La Vie d’Adèle ou Les 8 Salopards. Audrey Azoulay a annoncé une modification de la loi, inspirée par un rapport introduisant la notion de « justification de caractère esthétique des scènes de sexe ou grande violence » en lieu et place, notamment, de la question de la simulation ou non pour statuer sur une éventuelle interdiction aux mineurs.” Eh oui, relève Sylvie Kerviel dans _Le Mond_e, cette expression “« scènes de sexe non simulées », le rapport note qu'elle est devenue obsolète avec le développement des techniques numériques, et demande [donc] son remplacement par « scènes de sexe ». S'agissant des recours en justice qui rendent parfois chaotique la carrière d'un film, le rapport estime qu'« une plus grande sérénité serait sans doute apportée aux professionnels si le petit nombre d'affaires aujourd'hui jugées chaque année était jugé plus rapidement ». Il suggère de laisser le tribunal administratif de Paris juge en premier et dernier ressort des affaires et de supprimer la voie de l'appel, ne laissant que la possibilité de saisir le Conseil d'Etat, juge de cassation. Dans un communiqué publié lundi 29 février, la Société civile de perception et de répartition des auteurs, réalisateurs et producteurs indépendants (l’ARP) s'est félicitée de ces mesures, en émettant le vœu qu'elles puissent « mettre fin à ces procédures abusives aux intentions ouvertement liberticides ». Même écho au Syndicat des producteurs indépendants ( le SPI) dont la déléguée générale, Catherine Bertin, salue des propositions « en accord avec l'époque et avec la manière dont les médias ont évolué ». A l'inverse, Agnès Tricoire, déléguée de l'Observatoire de la liberté de création, se dit « très déçue ». Pour l'avocate, qui réclamait une révision du code pénal, ces propositions ne sont « guère plus qu'un cautère sur une jambe de bois ».” Pas encore gagné, donc…

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