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Canal + : vers une politique de la chaise vide au festival de Cannes?

Epidémie de blues cannois

5 min

Canal + a annoncé une couverture moins importante du festival de Cannes cette année. Le groupe France Télévisions reste flou quant à sa politique de financement du cinéma. Pourtant à ce jour, une grande partie des films français restent financés par la télévision.

Canal + : vers une politique de la chaise vide au festival de Cannes?
Canal + : vers une politique de la chaise vide au festival de Cannes? Crédits : Régis Duvignau - Sipa

(Revue de presse présentée par Emilie Chaudet)

Chaque année, j’observe une attitude particulière chez mes confrères qui s’apprêtent à partir à Cannes. C’est soit, une joie très contenue, mais beaucoup trop contenue en fait pour être honnête, et que j'attribue souvent peut-être pour me rassurer à une forme de snobisme, soit pour les plus habitués d’entre eux, une déception et une lassitude grandissante au fil des années, celle de voir un festival qui perd de sa superbe. Parmi ces habitués, il y a l’acteur Gérard Depardieu, qui confie, dans une interview accordée aux lecteurs du Parisien, qu’il ne peut plus aller au festival de Cannes depuis le départ l’année dernière de son ex-président Gilles Jacob. « Depuis qu’il y a Thierry Frémaux et Pierre Lescure à la tête du festival, dit-il, ce sont les télés qui règnent. C’est vrai que Cannes, je ne veux pas faire le vieux con – mais cela n’a plus rien à voir avec le cinéma ». Et même si on est pas obligé d’être tout à fait d’accord avec Gérard Depardieu, la grande inquiétude cannoise de cette année, si l’on en croit la presse, tourne autour de ce pouvoir financier grandissant de la télévision.

Canal : une nouvelle politique en matière de cinéma.

Tout d’abord celui du groupe Canal , dont le nom a été pendant 20 ans étroitement associé à celui du festival de Cannes. Et bien cette année, la chaine va réduire notablement sa couverture médiatique de l’événément, comme on l’apprend dans un article de Romain Blondeau dans les Inrocks, intitulé "Cinéma Français : le grand flip". Pas de "Grande édition" quotidienne en direct, moins d'espaces dédiés à la chaîne sur la Croisette en général. "Un désengagement d’autant plus surprenant de la part du patron de Canal , Vincent Bolloré, note le journaliste des Inrocks, que la chaine venait de prolonger son partenariat avec le festival pour les 5 années à venir au terme d’une longue bataille avec France Télévisions ». Ce changement radical de politique relève évidemment d’une question de coût (Cannes, c’est "un devis moyen de 6 millions d’euros pour la chaine", peut-on lire encore dans cet article des Inrocks), mais pas seulement. Romain Blondeau y pointe «une stratégie globale, -ici celle de Vincent Bolloré,- en matière de cinéma ». Stratégie qu’Aurélien Ferenczi dans Télérama attribue aussi au groupe France Télévisions. En effet, le journaliste rappelle qu’en février dernier, une tribune publiée dans la presse signée de plusieurs cinéastes, pressait la présidente Delphine Ernotte d’énoncer sa ligne politique en matière de cinéma, ligne jugée étrangement absente de ses discours. Une inquiétude de la profession que l’article de Télérama intitulé « le cinéma privé de télé ? » questionne, et analyse en chiffres, rapport du CNC à l’appui : On y apprend qu’en 2015 plus d’un tiers des investissements dans le cinéma français provenait de la télévision. Et près de deux tiers des 300 films produits en 2015 ont reçu de l’argent des chaînes. Alors le journaliste pose la question : où est le problème en fait? Gérard Depardieu toujours lui a un début de réponse, lui qui accepté de jouer gratuitement dans le sublime the End de Guillaume Nicloux, sortie directement à la télévision en vidéo à la demande. Il explique, toujours aux lecteurs du Parisien, qu’il faut constamment s’adapter aux exigences des télévisions et des distributeurs. Il raconte aussi qu’il a dû lui même téléphoner au patron de Canal pour que Fanny Ardant puisse obtenir l’argent de son prochain film le Divan de Staline . Donc le problème, plus que le financement en lui –même, c’est cette volonté de financement de la part des grands groupes de télévisions, de plus en plus fragiles. Et même si la ministre de la culture Audrey Azoulay a déclarer veiller à ce que Canal continue à financer le cinéma, le journaliste de Télérama rappelle que Vincent Bolloré s’y tient pour le moment mais a aussi, récemment, menacé de fermer Canal Plus, qui n'arrive pas à se relever face notamment à la concurrence de la chaîne Netflix- c’était à la dernière assemblée de Vivendi en avril dernier. Aurélien Ferenczi finit par imaginer ce qu’il appelle un "scénario catastrophe". « ce serait qu’un jour, on touche à ces obligation dont la logique économique a diminué et qui ne tient que par la volonté politique».

Député et co-scénariste

En matière de scénario catastrophe, il y a un homme politique qui en connaît un rayon, un petit rayon en tous cas. On quitte un moment Cannes et Canal, on part à Hanoï sur France 2. Lucas Duvernet-Coppola nous apprend dans So Film que Nicolas Sarkozy s’est essayé à l’écriture de scénarios, à la co-écriture du moins. C’était au début des années 2000, l’œuvre en question intitulée Leclerc (un rêve d'Indochine) raconte l'histoire d’un couple venu à Hanoï dans l’espoir d’adopter un enfant et de leur rencontre avec une vieille femme vietnamienne qui leur narre son idylle passée avec un officier français pendant la guerre d'Indochine. Jacques Kirsner le producteur de ce téléfilm, interrogé pour les besoins de l'article explique «quand je disais que Sarkozy était co-scénariste, les portes se fermaient. A l’époque son nom était tricard » Comme quoi même les hommes politiques doivent affronter la volonté politiques des chaines de télévision. Le téléfilm a finalement été diffusé le 14 juillet 2003, à un moment où le futur président de la république est déjà loin du cinéma, puisqu’en charge du ministère de l’Intérieur. Bilan de la courte expérience selon Lucas Duvernet-Coppola : Le résultat n’est pas "bouleversant"  et les procédés "maladroits".

Scénariste et acteur

Dommage. Peut-être qu’au lieu de poursuivre sa trajectoire politique, une voie de scénariste aurait pu s’ouvrir à lui. Surtout que le festival de Cannes en cache des scénaristes. Ceux par exemple qui écrivent les discours des acteurs, et cinéastes primés. Lisa Vignoli leur donne un nom et une voix, dans M le magazine du monde. On y apprend que l’actrice Bérénice Bejo avait préparé son discours d’ouverture avec Kyan Khojandi de la série « Bref » que Lambert Wilson le maître de cérémonie de la 68è cérémonie a travaillé avec Thomas Bidegain le co-scénariste de Jacques Audiard. Il y a aussi les mots de Frédérique Moreau, la plume D’Isabelle Huppert ou de Kristin Scott Thomas : « C’est un exercice d’écriture très codifié , il ne faut heurter personne, dire que Cannes est une bulle fantastique, et que le cinéma est exceptionnel ».Ne heurter personne et entretenir coûte que coûte la magie d’un festival quelques peu bousculé par des exigences économiques, et une grogne grandissante du secteur, toute profession confondues… Si cette promesse là est tenue, ça mériterait presque cette année, plus que d’habitude, un prix d’interprétation général.

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