LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
L'affiche du 70e Festival d'Avignon

Ruades

6 min

L'affiche du 70e Festival d'Avignon est,selon son directeur Olivier Py, éminemment politique, comme l'est la nomination, longtemps attendue, de Wajdi Mouawad à la tête du Théâtre de la Colline. Et pendant ce temps, d'aucuns se scandalisent que "Bigre" ne soit pas nommé aux Molières 2016...

L'affiche du 70e Festival d'Avignon
L'affiche du 70e Festival d'Avignon Crédits : Dessin © Adel Abdessemed, ADAGP 2016 / Conception graphique © STUDIO ALLEZ

C’est le plasticien franco-algérien Adel Abdessemed qui a réalisé l’affiche du prochain Festival d’Avignon, “qui montre un cheval attaché en train de ruer pour se libérer, sur un fond orange vif évoquant, au choix, « le dalaï-lama ou la vitamine C », selon [Olivier Py]”,le directeur du festival, qui commente dans L’Express l’affiche de la 70e édition. “L’histoire raconte qu’en 1889 Nietzsche est témoin d’une scène qui le bouleverse. Dans une ruelle de Turin, l’auteur du Gai Savoir aperçoit un cocher fouetter violemment son cheval. Transporté par une émotion étrange et violente, le philosophe s’interpose, enlace l’animal, pleure et tombe dans les pommes. A son réveil, il est fou. C’est un moment tragique de la pensée occidentale. Pour [Olivier Py], la ruade de ce cheval incarne l’esprit de révolte avant l’arrivée du chaos. Comment avancer quand l’on ne croit plus à l’Europe ? Comment vivre ensemble quand la politique ne propose aucun devenir collectif ? Comment rester solidaires quand la nation se fragmente ? Ce sont les grandes questions que se posent les artistes venus des quatre coins du monde à cette 70e édition du Festival d’Avignon. Le cheval de Turin sera notre étendard politique”, revendique Olivier Py, qui assure, toujours lyrique, dans Le Monde : « Quand la révolution est impossible, il reste le théâtre ». “Et donc, note Fabienne Darge, pour cette troisième édition sous sa direction, Py creuse le sillon tracé dès le début. Ce Festival sera politique, plus que jamais, avec des axes forts : une présence jamais atteinte jusque-là d’artistes femmes, qui représentent un tiers de la programmation, nombre de spectacles tournant autour de la question de l’impuissance politique et de la montée des populismes et des nationalismes, et un focus sur les créateurs du Moyen-Orient.”

La France répare une blessure

Pas besoin cependant d’aller jusqu’à Avignon pour en rencontrer un, de créateur du Moyen-Orient, même s’il ne fallait pas être pressé. “Il aura fallu attendre près de quatre mois pour connaître le successeur de Stéphane Braunschweig au théâtre national de la Colline, constate une brève de Libération. Le poste a finalement échu au Canadien Wajdi Mouawad. Né à Beyrouth en 1968, il a vécu au Liban jusqu’à 8 ans, avant que la guerre ne pousse sa famille au départ. Un temps en France, c’est à Montréal qu’il s’installe.” “Âgé de 47 ans, Wajdi Mouawad, rappelle Le Figaro, est l’auteur d’une œuvre lyrique profondément marquée par la question de la mémoire et de la filiation. […] Pour le Théâtre de la Colline, basé dans l’est de Paris, il fait, selon le ministère de la Culture, « le pari de réunir créateurs, auteurs et penseurs qui voudront révéler, notamment aux adolescents, la nature politique de l’écriture et la place fondamentale qu’elle peut avoir dans la vie publique ».” “Cette nomination intervient après plusieurs semaines de suspense, rappelle à son tour Brigitte Salino dans Le Monde. Sur les candidats à la Colline, qui étaient très nombreux au départ, trois sont finalement restés en lice : Arthur Nauzyciel, directeur du Centre dramatique national d'Orléans, Pascal Rambert, directeur du Théâtre de Gennevilliers, qui tous deux quitteront leur poste fin 2016, et donc Wajdi Mouawad, artiste associé au Grand T, à Nantes. Au ministère de la culture, on fait savoir que le choix de ce dernier est « l'aboutissement des conversations entre François Hollande et Audrey Azoulay ». Il faut sans doute prendre aussi en compte l'influence de Matignon, à travers Nathalie Sultan, la conseillère culture de Manuel Valls, qui a été [tiens tiens…] présidente de la compagnie de Wajdi Mouawad jusqu'à sa prise de fonction auprès du premier ministre. Quoi qu'il en soit, juge la critique du Monde, la France répare une blessure dans la vie d'un artiste de renommée internationale, en lui accordant un théâtre trente-trois ans après avoir refusé à sa famille les papiers qui lui auraient permis de rester à Paris, où celle-ci s'était exilée, en 1978, à cause de la guerre du Liban. Wajdi Mouawad avait 10 ans [c’était 8 dans Libération…] quand il a quitté son pays natal, avec son père, un marchand aisé, sa mère, son frère et sa sœur aînés. Il en avait 15 quand il est parti avec les siens au Canada, beaucoup plus accueillant que la France.” Bigre…

"Trop forte, Isabelle Huppert..."

Tiens, en parlant de bigre… “Bigre ! Mais où est Bigre ?, se scandalise Armelle Héliot dans Le Figaro, à propos des nominations aux Molières annoncées fin mars. Tout amateur de théâtre normalement constitué, si on lui demande quel est le meilleur spectacle de la saison, vous répondra Bigre !, assure-t-elle. Un très bon spectacle, drôle, diaboliquement écrit et agencé, […] qui aurait pu prétendre à une bonne dizaine de nominations. Mais on a eu beau chercher dans le petit livret remis aux votants du premier tour, on n’a pas trouvé trace de ce spectacle. Sur la couverture de la publication il y a écrit « sauf erreurs ou omissions ». Donc on se dit, pas grave, on va les citer tout de même ! Mais non, les repentirs sont interdits. Ils n’ont pas lieu d’être, nous répond le bureau d’organisation des molières : Bigre n’entre pas dans le cadre ! […] C’est le 23 mai qu’aura lieu la cérémonie retransmise par France 2 depuis les Folies Bergère. On sera au lendemain de la fin du Festival de Cannes. Est-ce bien raisonnable ? Les stars auront mal aux pieds et les téléspectateurs auront eu leur content de vedettes… et de palmarès… Mais bon ! Allons-y. Sans aucune surprise, Michel Fau, qui vient de recevoir le très joli prix du Brigadier, avec Jacques Sereys, Brigadier d’Honneur, voit Fleur de cactus, qu’il a mis en scène, nommé sept fois, [dont] meilleure comédienne pour Catherine Frot. Un doublé après le César ne serait pas étonnant, mais elle a de belles concurrentes : Dominique Blanc, Catherine Hiegel, Francine Bergé qui incarnait Mme Bettencourt dans la pièce de Michel Vinaver, cité comme meilleur auteur. Et aussi, devinez ! Isabelle Huppert : trop forte, Huppert, salue Armelle Héliot. En quatre représentations de Phèdre(s) avant la clôture du vote, elle rejoint le peloton de celles qui ont joué des semaines durant. Et on nous dit que Bigre n’est pas dans le cadre”, s’indigne encore la critique dramatique, telle un cheval turinois, ruant dans les brancards. Mais qui rendra-t-elle fou ?

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......