LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Saintes & martyr

5 min

Taylor Swift, "la Jeanne d'Arc de l'industrie musicale" , fait plier Apple, Helly Luv, pasionaria kurde, met Daech en fuite, et Renaud, figure sacrificielle, s'apprête à nouveau à souffrir pour nous. Saintes et martyr, sur l’autel de la revue de presse ce soir. La sainte, c’est Taylor Swift. La “jeune star de la pop qui a vendu 40 millions d’albums grâce à ses peines de cœur, vient de voir l’un de ses amants ramper jusqu’à ses pieds : la multinationale Apple, valorisée à plus de 700 milliards de dollars , se réjouit Jules Darmanin dans les pages saumon du Figaro. Le 30 juin, l’entreprise californienne lance Apple Music, son offre de streaming musical annoncée en grande pompe au début du mois. « Je suis sûre que vous savez qu’Apple Music offrira trois mois d’essai à toute personne inscrite, écrit la chanteuse dans une lettre ouverte publiée dimanche sur le réseau social Tumblr. Je ne suis pas sûre que vous sachiez qu’Apple Music ne paiera pas les auteurs, producteurs et artistes pendant ces trois mois. » « Choquant, décevant et contraire à cette entreprise historiquement généreuse », explique alors Taylor Swift, dans sa lettre à Apple. « Nous ne vous demandons pas des iPhone gratuits. Ne nous demandez pas de vous fournir notre musique gratuitement », poursuit-elle. La chanteuse annonce également que son dernier album, 1989, ne sera pas disponible sur la plateforme. Les règles d’Apple sont aussi très critiquées du côté des labels indépendants. « Ne vous sentez pas pressés de signer l’offre d’Apple », avertit dans une lettre à ses membres l’A2IM, un représentant des labels indépendants américains. Ces derniers peuvent être rassurés. Le lendemain de la parution de la diatribe de Taylor Swift, Eddy Cue, vice-président d’Apple, a ­annoncé que la firme rétribuera les artistes lorsque leur musique sera diffusée gratuitement. Une concession à plusieurs centaines de millions de dollars. Apple ayant l’ambition d’atteindre les 100 millions d’abonnés, la firme évite ce genre d’écueil.” “En une lettre, la gentille pop star est donc devenue, comme la nomme une journaliste du New York Times sur Twitter (citée par Libération ), « la Jeanne d’Arc de l’industrie musicale ».”

Shakira kurde Autre pasionaria, dans un tout autre genre, la Kurde Helly Luv. “ [Son] clip s'appelle Revolution et, d'après la chanteuse de 26 ans, il a été tourné au mois de mai en Irak, à Al-Khazr, une ville tenue par les peshmergas à proximité des positions djihadistes. On y voit , décrit Le Monde, un village tranquille où des femmes font les courses et des vieillards discutent devant une mosquée, quand surgissent des hommes en noir, montés sur un char : les troupes de l'Etat islamique. Ils tirent des obus, les gens fuient, un enfant est tué. Soudain, une femme marche vers eux, montée sur de hauts talons dorés, les yeux faits, en treillis, et déroule une banderole « Stop the violence ». C'est Helly Luv. Alors, les peshmergas contre-attaquent, la foule se reprend, avance vers les agresseurs en portant des banderoles pacifistes et des symboles religieux chrétiens, juifs et bouddhistes. Le clip, mis en ligne le 28 mai, a été visionné 700 000 fois en deux semaines. « J'ai mis un uniforme peshmerga, car je me considère comme l'une d'entre eux… et pour les encourager », a expliqué la chanteuse, qui a donné un concert le 7 juin à Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, devant des milliers de personnes. Surnommée la « Shakira kurde », portant volontiers des tenues sexy et posant avec les combattants, elle est considérée comme une des pasionarias des Kurdes irakiens.” Voilà pour les saintes.

"Trop de cigarettes, trop de Ricard. Il faut d’abord qu’il trouve un ORL." Et le martyr, me demanderez-vous ? C’est Renaud, selon Didier Péron dans Libération. “Après le come-back annoncé de Michel Polnareff qui prétend sortir un album à la fin de l’année, vingt-six ans après son Kâma-Sûtra, c’est au tour de Renaud de déclarer « J’arrive » en une du Parisien samedi, le quotidien lançant l’alerte d’un disque prêt à être enregistré avec 14 chansons (nouvelles) écrites par la star popu sur des musiques de son guitariste Michaël Ohayon et du gendre et chanteur Renan Luce. « J’arrive » est en substance le climax de la non-interview arrachée par les journalistes au chanteur bougon à l’heure de l’apéro-déjeuner à la terrasse du restaurant de l’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse) où il a ses habitudes. On parle d’un studio à Bruxelles loué pour un mois (en septembre) mais Thierry Séchan, son frère aîné, doit admettre que Renaud, aujourd’hui, « ne peut pas chanter. Trop de cigarettes, trop de Ricard. Il faut d’abord qu’il trouve un ORL ». Dans la foulée, le compositeur-inteprète confirmait son improbable retour à RTL d’une voix flageolante, méconnaissable et pâteuse. Et, sur Europe 1, c’est le slameur Grand corps malade qui y est allé de son couplet tonifiant, expliquant qu’il est le déclencheur de cette remontée de verve poétique d’un homme connu depuis vingt ans pour son crawl à corps perdu dans des piscines olympiques d’alcool anisé et ses terrifiantes descentes par les grands fonds de l’humeur noire.

La France, petit pays en mal de grandes mythologies verticales à l’américaine Renaud , rappelle Didier Péron, est toujours sous contrat avec la Warner, qui n’a rien pu lui arracher depuis Molly Malone en 2009, disque de reprise de chansons irlandaises par celui qui demeure l’un de ses artistes français les plus lucratifs. Le dernier véritable tube remonte à 2002, avec le single-locomotive en duo avec Axelle Red Manhattan-Kaboul. Le feuilleton Renaud, depuis vingt ans, se décline en une succession de couvertures de magazine ( Paris Match, VSD en tête) alternant le storytelling du regain et de la rechute. L’an dernier, deux docus et un double album-hommage, la Bande à Renaud, étaient là pour remettre une pièce dans le juke-box et peut-être convaincre l’ermite, refusant scène, disques et interview, de s’y remettre vaille que vaille. Mais on peut se demander , s’interroge le chef du service Culture de Libération, si le fond de l’affaire n’est pas une fois encore cette vieille fascination pour la carrure sacrificielle de l’artiste qui est souvent très bien payé pour souffrir à notre place. La chute libre en dépit de l’argent et de la renommée. Dans notre petit pays en mal de grandes mythologies verticales à l’américaine où Elvis Presley et Michael Jackson parachèvent leur gloire explosé au beurre de cacahuètes à Vegas ou sous quintuple dose de Propofol au fond d’un lit, le cas Renaud remet les proches, les fans et le système show-biz dans leur position favorite de garde-fou et de pousse-au-crime.”

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......