LE DIRECT

Science-fiction, super-héros et déconstruction postmoderne

5 min

Le box-office américain reste dominé par de gros lézards et des héros en costume moulant, seuls les 4 Fantastiques échouant encore à s'imposer. Alors que les Sonyleaks dévoilent comment Hollywood verrouille leur image, les super-héros à l'écran en ont-ils encore pour longtemps ?

<source type="image/webp" srcset="/img/_default.png"data-dejavu-srcset="https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2015/09/f8a441de-56c4-11e5-9f7d-005056a87c89/838_aaa.webp"class="dejavu"><img src="/img/_default.png" alt="Les 4 Fantastiques" class="dejavu " data-dejavu-src="https://cdn.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2015/09/f8a441de-56c4-11e5-9f7d-005056a87c89/838_aaa.jpg" width="800" height="450"/>
Les 4 Fantastiques Crédits : Jamie Bell
Claire Denis, nous apprend L’Express , a embauché la “star de Twilight et idole des ados, Robert Pattinson […] pour un projet ambitieux : le premier film de science-fiction de la réalisatrice de White Material. Elle travaille sur le scénario avec la romancière Zadie Smith (auteure de Sourires de loup), l’astrophysicien Aurélien Barrau et le plasticien Olafur Eliasson. Le film sera tourné en anglais à Cologne, en Allemagne, à la fin de l’année.” Elle a raison, Claire Denis, de se tourner vers la science-fiction, car c’est ça qui marche en en ce moment, en tout cas dans sa version la plus éhontément commerciale. “Les dinosaures de Jurassic Park, les superhéros d’ Avengers, [mais aussi] les rappeurs de Straight Outta Compton ont dopé le box-office nord-américain cet été et pourraient , parie Le Parisien, contribuer à un record de recettes annuelles pour La Mecque du septième art. Pendant la période estivale, entre mai et la fin du week-end de Labor Day, le 7 septembre, les exploitants auront engrangé autour de 4,5 Mds$ de recettes. « Soit le deuxième plus gros résultat jamais enregistré au box-office estival », souligne Patrick Corcoran, porte-parole de l’Association américaine des propriétaires de cinéma. Le record avait culminé à 4,8 Mds$ à l’été 2013. Jurassic World a amassé 643 M$ aux Etats-Unis, et Avengers : l’Ere d’Ultron 457,7 M$. [Quant à] Straight Outta Compton, sur le groupe de rap mythique N.W.A., [il] règne sur le box-office depuis trois semaines déjà. En revanche, des superproductions comme A la poursuite de demain, Pixels et Les Quatre Fantastiques ont fait des flops.”

Famille dysfonctionnelle « Les 4 Fantastiques sont-ils maudits ? » , se demande le mensuel Première. “Quatre films. Quatre fours. Que ce soit la première adaptation produite par Roger Corman en 1994, les deux films de Tim Story (en 2005 et 2007) ou le récent reboot de Josh Trank, Les 4 Fantastiques, pièce fondatrice de l’univers Marvel, n’a pas su effectuer de manière satisfaisante la transition entre comics et cinéma.” Et Première d’interroger sur ces ratés deux experts, journalistes et réalisateurs de documentaires sur les super-héros, Philippe Guedj et Gilles Penso. Pour ce dernier, « le plus grave défaut de tous ces films est qu’ils sont systématiquement passés à côté des personnages. Les trois types et la fille qui forment cette équipe sont le cœur du comics. Fantastic Four ( FF, de son petit nom) était la première série à avoir une approche « réaliste », quotidienne des super-héros. C’était une révolution : Stan Lee et Jack Kirby présentaient les héros comme une famille dysfonctionnelle, dont on découvrait la vie privée mais aussi les exploits sous un aspect très humain. […] Les quatre films ont eu tendance à se concentrer sur les modifications physiques des personnages et les effets spectaculaires qui en découlaient. Pour des raisons visuelles, sans doute. Mais c’est accessoire dans le comics. C’est leur caractérisation qui les rend intéressants et attachants. » « Fantastic Four est certes le premier comic-book de superhéros Marvel, mais c’est surtout le plus improbable , estime Philippe Guedj. [Il] ne fonctionne que dans un principe de déconstruction, quasi-postmoderne, de la vie quotidienne des superhéros. »

Spiderman contractuellement "caucasien et hétérosexuel" « Déconstruction postmoderne de la vie quotidienne » , à notre humble avis, il n’y a qu’une Claire Denis qui puisse relever le défi… Encore faudrait-il qu’elle ait les coudées franches, ce qui n’est pas gagné. Clément Ghys a raconté dans Libération comment “l’usine à rêves hollywoodienne a beau faire tout ce qu’elle peut pour montrer qu’elle digère les grands changements de société, elle garde toujours un vieux fond réac. C’est ce que montre la deuxième salve des Sony Leaks , avec 276 000 nouveaux documents piratés en novembre et publiés par WikiLeaks [fin juin]. L’un d’entre eux, datant de 2011, est le contrat de licence entre Sony et Marvel au sujet de Spider-Man. Pour mettre en scène le super-héros créé en 1962 par Stan Lee et Steve Ditko, il est obligatoire de le présenter sous les traits d’un homme qui « ne torture pas » , « n’a pas de relation sexuelle avant l’âge de 16 ans » , ne « fume pas » et « n’abuse pas d’alcool » . Un vrai punk. Mais la chose se corse au sujet de Peter Parker, l’alter ego traditionnel de Spider-Man qui, contractuellement, doit être « caucasien et hétérosexuel » à l’écran. Refuser d’imaginer un super-héros coloré et gay, la chose est non seulement crétine , juge Clément Ghys, mais aussi très révélatrice de la sclérose qui touche les cerveaux des investisseurs, dont la principale obsession réside dans la gestion des risques. Et de celui, majeur, de voir un blockbuster s’échouer parce qu’il ne « fédérerait » pas assez. La donne est évidemment illogique, puisque, si des super-héros très blancs font rêver tout le monde, les « caucasiens » et les autres, il n’y a aucune raison qu’un super-héros d’une autre couleur ne touche pas le même public. Ce phénomène est d’autant plus risible que les séries de bande dessinée Marvel commencent à faire un pas de côté face à la norme hégémonique. Ainsi, le métis Miles Morales, nouvel alter ego de Spider-Man (et disciple de Peter Parker), est apparu dans la série Ultimate , ligne parallèle de Marvel, en 2011. De même qu’une nouvelle Miss Marvel, Kamala Khan, musulmane d’origine pakistanaise. On a également assisté au récent changement de genre du musculeux héros Thor, qui devient une héroïne. Mais tout cela se restreint à la sphère dessinée, Hollywood n’étant pas encore prêt à ces changements qu’il verrait comme des «ruptures contractuelles» .”

Bientôt fini ? Ceci dit, de toutes ces questions, on devrait être un jour débarrassé. C’est un “poids lourd de Hollywood” qui le dit, cité là aussi par Libération . Steven Spielberg, pour ne pas le nommer, “qui n’hésite pas à dire ce qu’il pense et à critiquer ses homologues, a estimé dans une interview que les films de super-héros qui envahissent actuellement les écrans « passeraient de mode comme les westerns ».” Mais il faudra patienter un peu : “d’ici à 2020, plus d’une vingtaine de films de super-héros sont programmés.”

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......