LE DIRECT
Audrey Azoulay le 17 février 2016, photo de famille du nouveau gouvernement

Théâtre ministériel

6 min

Si la reprise à la volée, par Audrey Azoulay, de la défense devant le Sénat de la loi "Création" de Fleur Pellerin dénote d'une certaine aisance dans la parole, quelques dossiers brûlants laissés en attente permettront de juger de l'épaisseur politique de la nouvelle ministre de la Culture...

Audrey Azoulay le 17 février 2016, photo de famille du nouveau gouvernement
Audrey Azoulay le 17 février 2016, photo de famille du nouveau gouvernement Crédits : VILLARD/NIVIERE - Sipa

“Vendredi 12 février au matin, dans l’hémicycle du Sénat, raconte Jean-Christophe Castelain dans son éditorial du Journal des Arts. Audrey Azoulay a appris la veille qu’elle était la nouvelle ministre de la Culture. La passation de pouvoir avec Fleur Pellerin n’a pas encore lieu et elle soutient déjà la loi « Liberté de création, architecture et patrimoine ». Elle lit le texte que lui tend son directeur du patrimoine au ministère avec tellement de conviction et d’aisance qu’elle semble connaître par cœur l’étude d’impact de l’article 17, objet de la présente discussion. Et si le bon profil pour un ministre de la Culture n’était pas celui d’un acteur capable de réciter un discours et lire des notes préparées par d’autres, sans en comprendre véritablement le fond mais en déployant toutes les techniques de la rhétorique ? Alterner anecdotes et propos grandiloquents, citations littéraires et articles du code du patrimoine, petites phrases et références à de grands auteurs, tout cela en fonction de son auditoire ? Dans ce théâtre des apparences qu’est le jeu politico-médiatique où le verbe compte plus que l’action, ne faut-il pas un ministre de la Culture excellent comédien, s’appuyant sur une administration et un cabinet composés de très bons techniciens ? Après tout, un précédent existe, il s’agit de Ronald Reagan, président des États-Unis en 1980 et triomphalement réélu en 1984. Acteur de séries B à ses débuts, il savait « crever » l’écran, haranguer une foule ou charmer ses interlocuteurs en privé. Et lors des réunions du G7, il répondait aux autres dirigeants du monde en lisant les fiches rédigées par ses conseillers. Ce mauvais scénario ne se réalisera jamais, du moins on l’espère, mais il doit trotter dans la tête de nos dirigeants toujours en recherche du meilleur casting pour la Rue de Valois. S’agissant de Fleur Pellerin, évincée pour ses erreurs de communication – dit-on –, la responsabilité en revient surtout à François Hollande qui l’a propulsée dans un rôle où elle était à contre-emploi, et que d’ailleurs elle ne demandait pas.”

Feuille de route

Et pourtant, le rôle a fini par prendre, certes un peu tard… Regardez cette citation, tout droit sortie du Richard II de Shakespeare, postée par l’ex-ministre le 13 février sur Facebook et signalée par Le Point : « Ne pense pas que le roi t’a banni, mais que toi tu as banni le roi. » Remontée, Fleur Pellerin, notamment dans un entretien accordé à L’Obs, où elle défend ardemment son bilan. « Avec l’appui de Manuel Valls, revendique-t-elle notamment, nous avons pacifié le conflit des intermittents. Le président et les ministres peuvent à nouveau fréquenter les salles de spectacle sans se faire siffler ou huer. Le Premier ministre s’est rendu au Festival d’Avignon, moi-même je suis allée au Off sans être prise à partie une seule fois. Ce n’était pas arrivé depuis longtemps. Je suis fière de ce que j’ai accompli, même si j’ai le regret de ne pas avoir exprimé de manière plus claire l’amour que j’ai des artistes et de la culture. Je suis d’une nature pudique et je trouvais que cela relevait de l’intime », explique Fleur Pellerin, qui rappelle cette ligne directrice de sa vision politique : « Je ne voulais pas que ce ministère soit celui du 1% qui va à l’Opéra et à la Comédie-Française. » Malheureusement, regrette-t-elle, « il existe une autre conception du rôle de ce ministère, davantage tourné vers la préservation des positions acquises, et qui conduit à ne surtout pas faire bouger les lignes. Ce sont deux visions diamétralement opposées. “Va au spectacle et flatte !”, j’avais pris ces mots du président pour une boutade, en fait ils étaient ma feuille de route », analyse a posteriori l’ex-ministre de la Culture. La nouvelle a, elle, “respecté au pied de la lettre les recommandations de François Hollande à Fleur Pellerin, que les téléspectateurs avaient pu entendre dans le documentaire d’Yves Jeuland, Un temps de président, diffusé cet automne sur France 3. Dès le samedi qui a suivi sa nomination, rapporte Le Canard enchaîné, Audrey Azoulay était à Gennevilliers, pour assister à la dernière représentation d’Argument, la création de Pascal Rambert.” Et une semaine après sa nomination, “entérinant la proposition unanime du jury, le ministère de la Culture et la mairie de Maubeuge ont donné leur agrément à la nomination de Géraud Didier à la direction du Manège, scène nationale de Maubeuge, où il succède à Didier Fusillier”, nous informe une brève de Libération.

Patates chaudes

Mais tout n’est pas si facile pour Audrey Azoulay en particulier, et le monde du théâtre en général : le même Libération rapportait trois jours avant l’annonce de cette nomination que “parmi les patates chaudes laissées par Fleur Pellerin à la nouvelle ministre de la Culture, le Théâtre de la Cité internationale est en train de pulvériser tous les records de temps de cuisson. Voici en effet 522 jours [le 16 février, quand paraît cet article, soit 528 jours ce soir] que l’établissement parisien, toujours très bien coté au demeurant, fonctionne sans directeur, depuis le départ de Pascale Henrot, en septembre 2014. L’équipe réunie en AG a adressé un courrier (daté du vendredi 12 février) à la nouvelle ministre. La missive [comportait] une dizaine de questions quant au futur projet du théâtre et à son équipe. « Nous attendons des réponses avant mardi 16 février, 10 heures, date à laquelle, sans réponse officielle de votre part à l’intégralité des questions, l’équipe sera dans l’obligation d’envisager de cesser le travail », [notifiait] le courrier adressé à Audrey Azoulay, qui n’a donc pas cédé à la sommation. […] La menace n’a finalement pas été mise à exécution, bien qu’une majorité des membres de l’équipe se soit exprimée pour, afin de ne pas nuire aux jeunes compagnies actuellement à l’affiche du TCI. […] L’équipe a en revanche été reçue par Régine Hatchondo, la directrice de la création artistique du ministère de la Culture, qui n’a, de l’avis de ses interlocuteurs, pas dissipé le sentiment d’inquiétude quand à l’avenir du théâtre, où la mobilisation demeure par conséquent d’actualité.” Quant au dossier des intermittents, alors que s’est ouvert aujourd’hui un cycle de négociations entre le patronat et les syndicats pour fixer de nouvelles règles sur l’indemnisation des demandeurs d’emploi, il demeure tout à fait “inflammable”, selon Le Monde. Audrey Azoulay n’a pas fini de s’amuser…

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......