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Tidal pour tous (ou presque)

5 min

Le lancement, par Jay-Z et ses amis superstars richissimes, d'un service de streaming musical plus rémunérateur pour les artistes ne rencontre pas le succès escompté...

“Tout a commencé avec une image turquoise, qui s’est répandue sur la Toile à la vitesse d’un raz-de-marée , rappelle Perrine Sabbat dans Grazia. Le 30 mars, elle a progressivement remplacé les photos de profil de Jay-Z, Madonna, Alicia Keys, Beyoncé et Rihanna, assortie d’un hashtag sibyllin : #TIDALforALL. Deuxième vague : une courte vidéo rassemblant tous les poids lourds de l’industrie musicale, et dans laquelle on peut voir Mrs Carter hocher la tête avec le sérieux de votre collègue Christine en réunion le lundi matin. Et là, on a compris : quelques heures plus tard, Jay-Z allait lancer une nouvelle version du service de streaming musical Tidal, racheté 56,2 millions de dollars à un groupe norvégien. Nouveauté de taille : ce serait la première plateforme d’entertainment possédée et dirigée par les artistes. Au conseil d’administration ? Un line-up digne de Coachella : Jack White, Daft Punk, Calvin Harris, Chris Martin, Kanye West, etc. « Jay-Z est un artiste, mais c’est surtout un chef d’entreprise qui a très bien compris qu’un nouveau mode de consommation de la musique était en train de se mettre en place », analyse Romain Berrod, journaliste spécialisé dans l’industrie musicale pour l’agence News Tank Culture. Et en effet, rien qu’en France, le streaming a généré 72,5 millions d’euros de revenus pour les maisons de disque en 2014, soit une hausse de 30 % en un an, quand les ventes de disque et le téléchargement légal sont en baisse.

A la manière de Chaplin avec United Artists

« Des gens qui ont annoncé des révolutions, il y en a eu beaucoup. Là, c’est Jay-Z, mais à terme, est-ce que ce sera différent de ce qui existe déjà ? On verra ce que ça donne dans six mois », tempère l’expert. […] Le principal objectif de Jay-Z reste avant tout de contrer les services de streaming gratuits en prônant le rassemblement des artistes… derrière lui, évidemment. Un peu à la manière de Chaplin avec United Artists à Hollywood, dans les années 20. « C’est un discours intéressant, poursuit Romain Berrod. De nombreux musiciens décident de retirer leur catalogue de Spotify car ils ne perçoivent quasiment pas de droits d’auteurs. Là, Jay-Z promet une meilleure rétribution, et un intéressement pour ceux qui signeraient chez lui. » Car c’est bien là le souci des stars de la musique, en témoigne ce tweet de Geoff Barrow, le leader de Portishead, cité par Les Inrockuptibles : « 34 000 000 streams. Revenu après taxes = £ 1 700 Merci @apple @YouTube @Spotify et particulièrement @UMG_News pour vendre notre musique si peu chère. » Résultat des courses, sans attendre six mois comme le suggérait Romain Berrod dans Grazia ? “Tidal s’en sort bien , assure le rappeur Jay-Z sur Twitter. Nous avons plus de 770 000 abonnements. Laissez-nous une chance de grandir et de nous améliorer. iTunes ne s’est pas fait en un jour et il a fallu neuf ans à Spotify pour avoir du succès…”

A force de critiquer les mécanismes existants, la campagne de Tidal aura contribué à les renforcer

Il faut en fait, analyse Libération, lire ce tweet triomphaliste comme une réponse aux railleries suscitées par les contre-performances de son appli de streaming musical après deux semaines d’existence. “Le déluge de moyens et la surenchère de célébrités n’auront [en effet] pas suffi à faire du lancement de Tidal un succès , estime Olivier Nuc dans Le Figaro. La plateforme de streaming rachetée par le rappeur et homme d’affaires américain Jay-Z semble même avoir souffert d’être promue par des superstars richissimes de la trempe de Madonna, Rihanna, Kanye West et autres. Pourtant, à la différence d’offres telles que Spotify ou Deezer, Tidal promettait, outre un son haute définition, une meilleure répartition des droits d’auteurs. Trois semaines après son lancement, le service peine à convaincre les utilisateurs de débourser 10 ou 20 dollars par mois. Jay-Z n’a pas tardé à restructurer, débarquant le PDG ainsi que 25 collaborateurs sans ménagement. A force de critiquer les mécanismes existants, la campagne de Tidal aura contribué à les renforcer : Spotify a annoncé des abonnements en progression. Aux Etats-Unis, l’écoute de musique en streaming a dépassé, pour la première fois, l’achat de disques physiques en 2014. Une révolution qui signera peut-être la sortie de crise d’une industrie mise à rude épreuve depuis une douzaine d’années. […]

Message brouillé

Jay-Z, rappelle le critique rock du Figaro , n’est pas le premier artiste à essayer de reprendre la main sur un secteur « volé » par les constructeurs. Apple, l’inventeur de l’iPod, déjà tombé en désuétude, a surfé sur le téléchargement, imposant un prix standard (99 centimes la chanson) pour un son d’une qualité déplorable. On attend la marque américaine sur le secteur du streaming dans le courant de l’année. En France, le site Qobuz a fait œuvre de pionnier en proposant du son haut de gamme sur sa plateforme. Aux Etats-Unis, Neil Young a levé des fonds afin de financer son propre écosystème, Pono. Lecteur numérique associé à un environnement dédié, le système permet d’écouter de la musique dans les meilleures conditions possibles, avec un son proche de celui des studios d’enregistrement. En guerre avec Steve Jobs, le chanteur et guitariste a mené la fronde et suscité l’adhésion de grands noms de la musique (Bob Dylan, Tom Petty, Pearl Jam…) bien avant Jay-Z et ses copains millionnaires. Pourtant, le message semble tellement brouillé que le public n’est plus sensible aux arguments des musiciens plaidant une meilleure rémunération. Taylor Swift était sortie du bois à la fin de l’année passée pour dénoncer les méthodes de Spotify et exiger de ne pas y être diffusée. Mais combien d’artistes peuvent encore compter sur des chiffres de vente suffisants pour se faire entendre sans passer par les outils modernes de propagation du son ?” Facile de les compter : ils sont presque tous au conseil d’administration de Tidal…

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