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Travaux et déprogrammation

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Précisions sur les travaux à venir aux théâtres de la Ville et du Châtelet, et sur la déprogrammation de Lapidée Depuis lundi dernier, on en sait un peu plus sur la fermeture annoncée, pour travaux, des théâtres de la Ville et du Châtelet, à Paris. Bruno Julliard, premier adjoint à la maire de Paris, chargé de la culture et du patrimoine, a annoncé que “la Ville va consacrer 52,5 M€ à la rénovation [des théâtres], construits tous deux en 1862 sur la place du Châtelet , rapporte Philippe Baverel dans Le Parisien. […] Comme ces deux salles de spectacle sont classées à l’inventaire des monuments historiques, le ministère de la Culture contribuera au financement du chantier. « Le budget alloué par la rue de Valois n’est pas encore connu mais ça viendra en plus », précise Bruno Julliard. Le premier adjoint en profite pour lancer un appel aux bonnes volontés : « Je souhaite que le directeur du Châtelet, Jean-Luc Choplin, notamment, puisse financer la restauration des foyers du théâtre grâce au mécénat auprès d’entreprises privées ou au mécénat participatif, c’est-à-dire en sollicitant les Parisiens eux-mêmes. » Ces travaux permettront la mise aux normes d’accessibilité handicapés et la modernisation des équipements techniques. Plus petite que sa voisine, la salle du théâtre de la Ville sera aussi en partie refaite. Au théâtre de la Ville, les travaux commenceront en septembre 2016 et s’achèveront à l’été 2018. Au Châtelet, le chantier débutera en janvier 2017 et se terminera à l’été 2019. L’édition 2016 du Festival d’automne, habituellement organisé au théâtre de la Ville, pourrait être accueillie au Châtelet. Il est aussi envisagé de programmer certains spectacles prévus au théâtre de la Ville dans d’autres lieux municipaux (Centquatre, Carreau du Temple…) Aux 200 salariés des deux salles, Bruno Julliard adresse ce message rassurant : « Les emplois seront préservés. Personne ne sera licencié économique. Ceux qui le souhaitent pourront suivre une formation professionnelle ou travailler avec d’autres théâtres partenaires. » “Il n’est pas sûr que le Châtelet trouve un lieu capable d’accueillir ses productions, plutôt lourdes, de spectacles musicaux et lyriques , estime pour sa part Diapason , qui croit savoir que le directeur général du Châtelet, Jean-Luc Choplin, pourrait planifier la date de son départ en fonction de celles du chantier. La Ville en profitera-t-elle pour redimensionner son soutien au vaisseau amiral de sa politique musicale, qu’elle juge prestigieux mais coûteux (dix-sept millions de subvention annuelle) ? , s’interroge le mensuel. C’est à craindre…”

Une femme voilée avec une larme de sang au coin de l’œil Pas besoin en revanche de travaux pour que certaines pièces ne se jouent pas, ou alors beaucoup moins que prévu. C’est ce qui est arrivé au spectacle Lapidée. “Des trente dates de représentation initialement prévues, du 14 janvier au 1er mars, au Ciné 13, à Paris, dans le 18e arrondissement, il n’en est resté que trois, les 14, 15 et 16 janvier , raconte Clarisse Fabre dans Le Monde. Mais le spectacle se jouera cet été à Avignon, dans le « off », au théâtre Au coin de la Lune, puis à nouveau début 2016 à Paris, dans un lieu qui reste encore à trouver, ajoute le producteur du spectacle, Claude Telliez, de la société Aigle Noir. Ainsi en a décidé l’équipe du spectacle, au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo, le 7 janvier. La pièce, mise en scène par Jean Chollet, d’après un texte de Jean Naguel, se passe au Yémen. Abdul cherche à se débarrasser de sa femme, Aneke, et trouve une ruse, l’accusant d’un adultère qu’elle n’a pas commis. L’affaire suscite une mobilisation internationale, mais Aneke finit par être lapidée. Pourquoi le spectacle n’a-t-il pas été maintenu à l’affiche du Ciné 13 alors que, selon le producteur, les trois dates, du 14 au 16 janvier, se sont « excellemment passées » ? Tout a commencé par un coup de fil d’un membre de la société Aigle Noir à la préfecture de police de Paris. Il s’agissait de prendre la température : faut-il, ou non, maintenir la campagne d’affiches du spectacle Lapidée – une femme voilée avec une larme de sang au coin de l’œil – laquelle devait être visible, entre autres, sur les colonnes Morris et dans le métro parisien ? La préfecture n’a formulé aucune interdiction de principe, explique le producteur, mais a jugé la campagne d’affichage inopportune. Puis, compte tenu de l’urgence à sécuriser les lieux publics dans la capitale, la préfecture n’avait pas la possibilité d’envoyer des policiers au Ciné 13, dans le cas où le spectacle serait maintenu.

"On ne va quand même pas appeler la pièce Martine au Yémen !" Confronté à cette situation, Claude Telliez a organisé une réunion de crise. Joint par téléphone, le metteur en scène de Lapidée, Jean Chollet, qui dirige l’Espace culturel des Terreaux, à Lausanne, raconte le débat au sein de l’équipe : « C’est une décision compliquée. Au départ, les comédiens étaient très désireux de jouer. Face aux attaques contre la liberté d’expression, ils jugeaient encore plus utiles de porter le message du spectacle. Mais nous avons aussi été sensibles à un autre enjeu, celui de la sécurité du public, mis en avant par le producteur Claude Telliez », explique-t-il. Le producteur parle de la « responsabilité des artistes » : « Nous pouvions devenir une cible pour les fous furieux, et mettre en danger les spectateurs ? On a pu gérer ce risque sur trois dates, en embauchant deux vigiles. Mais ce n’était pas tenable sur cinq ou six semaines. » Tout a été envisagé : « Fallait-il changer l’affiche ? Impossible, les délais étaient trop courts. Changer le titre ? C’était impensable », dit-il. Pas question d’arrondir les angles. « La comédienne Nathalie Pfeiffer a eu ce mot : on ne va quand même pas appeler la pièce Martine au Yémen ! », raconte Jean Chollet. Et si personne n’avait sollicité l’avis de la préfecture ? « C’est une bonne question. Evidemment, dans ce cas, on aurait pu continuer », répond Jean Chollet, qui, toutefois, s’interroge sur la notion de liberté : « Si on érige la liberté d'expression en principe sacré, en face d'une autre règle sacrée, pour certains, qui veut que l'on ne caricature pas Mahomet, alors comment va-t-on progresser ? Et comment va-t-on maintenir le vivre ensemble ? ».” On en est là…

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