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Trop belle pour être un vrai, trop blond pour être un Christ

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"La Belle Princesse", de (?) Léonard de Vinci
"La Belle Princesse", de (?) Léonard de Vinci

Dans l'exposition "Goya: The Portraits" de la National Gallery, un faux s'est glissé, saurez-vous le retrouver ? Le faussaire anglais Shaun Grennhalgh est-il, comme il s'en vante, l'auteur de La Belle Princesse attribuée à Léonard de Vinci ? Les Christs blancs et blonds de Ricci, Perugino, Granacci et Le Tintoret exposés au Met de New York sont-ils une offense aux personnes de couleur ? Autant de questions qui nous taraudent...

“La National Gallery de Londres accueille [jusqu’au 10 janvier] une ample expo consacrée à Goya. Si ample, à vrai dire, que s’y est même , s’amuse Libération, sans doute glissé un faux, ou plutôt un pastiche réalisé d’une main anonyme : le portrait de doña Isabel de Porcel, vanté depuis un siècle par le musée comme « l’un des plus éblouissants portraits de Goya », et enfin démasqué par des experts.”

La Belle Princesse, une caissière de Bolton ? Le faux ayant été commis il y a plus d’un siècle, cela innocente Shaun Greenhalgh, “un des plus grands faussaires de notre temps” , selon Yves Jaeglé dans Le Parisien , et dont le Sunday Times a publié fin novembre les bonnes feuilles des Mémoires. “Cet Anglais de 54 ans, autodidacte de Bolton, est bien connu du milieu : il a signé environ 120 faux depuis ses débuts, et ses propres parents écoulaient ses œuvres sur le marché. Toute la famille a fait de la prison. Greenhalgh cultive un talent hors normes, capable de fabriquer dans sa maison en brique une fausse sœur de Toutankhamon ou un faux Faune de Gauguin achetés à prix d'or par des musées. Faussaire mais maître. [Dans ses Mémoires, il] prétend être l'auteur de La Belle Princesse, un dessin de Léonard de Vinci. [Ce] serait son chef-d'œuvre, et son tour le plus pendable : il affirme avoir pris pour modèle une caissière d'un supermarché de Bolton, où il travaillait en 1978. […] Le propriétaire du tableau, Peter Silverman, un collectionneur canadien de bonne réputation, puisque le Louvre a accepté en 2013 un don de lui, un Christ en bois attribué à Michel-Ange ou à son école, ne trouve évidemment pas ça drôle : « La Belle Princesse a été authentifiée par de très grands spécialistes. Si ce monsieur peut refaire le dessin devant un comité, je lui offre 10 000 livres. Il fait juste la pub de son bouquin. C'est une blague absolue », a-t-il confié [au Parisien].” N’en déplaise au collectionneur, “en 2010, les plus grands experts s'étaient déchirés au chevet de La Belle Princesse. De grands historiens d'art ont considéré qu'elle était bien du génie italien, et représenterait Bianca Sforza, la fille d'un duc très puissant, mécène des arts. D'autres ont émis des doutes. De grands musées américains mais aussi le Louvre n'ont pas souhaité exposer l'œuvre, contrairement au souhait du collectionneur. La Belle Princesse est invisible. Elle dort dans un coffre à Genève. Son propriétaire l'a acheté 20 000 $ en 2009 : à l'époque, on croyait qu'il s'agissait d'un dessin allemand du XIXe siècle, avant l'attribution à Léonard. La princesse est aujourd'hui estimée à plus de 120 M€. A moins qu'elle ne vaille plus rien ?”

Psychologie du faussaire Sauf que la fameuse caissière, une certaine Sally, “les fins limiers du Daily Mail ne l’ont pas retrouvée, ni en chair et en os, ni dans les registres du supermarché en question , rapporte Agnès Poirier dans Télérama. Pour le critique d’art Noah Charney, les faussaires sont animés par un « étrange mélange de désirs : celui d’être reconnu, de gagner beaucoup d’argent, et de se venger » d’un milieu qui ne les a pas acceptés en tant qu’artistes. Pour eux, vérités et mensonges se confondent allègrement. En 1511, Albrecht Dürer lançait personnellement un avertissement à ses imitateurs : « Pilleurs du génie des autres, je vous mets en garde ! Nul n’est autorisé à copier ou imiter mes œuvres. Que celui qui s’y risque le sache : il encourt la confiscation de ses faux mais aussi un danger mortel. » Cela n’y a rien fait et des milliers de fausses gravures signées Dürer courent toujours dans les collections du monde entier. Pour Léonard, le mystère reste, à ce jour, entier.”

Whitewashing avant l'heure ? Mystère aussi, que la réaction d’aucuns aux grands classiques de la peinture. Comme cet homme qui ne peut souffrir de voir “un Christ à la peau diaphane et aux cheveux dorés : pour Justin Renel Joseph, ce n'est pas seulement offensant, c'est aussi raciste , raconte le site de L’Obs. [Ce] New-Yorkais de 33 ans a décidé d'attaquer en justice le célèbre Metropolitan Museum of Art de New York devant la cour suprême de Manhattan, pour demander à ce que soient décrochées quatre œuvres représentant un Jésus Christ « aryen ». Dans sa plainte, rapportée par le New York Post, Justin Renel Joseph rappelle en effet que le Christ, originaire du Moyen-Orient, avait « des cheveux noirs et laineux et la peau couleur de bronze », comme lui. « Les artistes ont complètement changé [la race de Jésus] afin qu'il soit plus conforme esthétiquement aux goûts des personnes blanches », explique-t-il au journal américain . Un exemple parfait de whitewashing , en somme. Résultat, la vue de ces tableaux « a notamment entraîné chez le plaignant un sentiment de rejet et l’impression de ne pas être accepté dans la société », peut-on lire sur les documents de la plainte, cités par le New York Post. Justin Renel Joseph a donc décidé de poursuivre ce lieu public sur la base du Civil Rights Act de 1964, qui interdit notamment les discriminations basées sur la race ou la couleur de peau. Les tableaux que Justin Renel Joseph a trouvés particulièrement offensants lors de sa visite au Metropolitan Museum of Art sont La sainte famille et les anges de Sebastiano Ricci, La Résurrection de Perugino, La Crucifixion de Francesco Granacci, ou encore le Miracle des pains et des poissons du Tintoret. Le musée prend de son côté la défense d'œuvres « importantes, tant historiquement qu'artistiquement ». Elyse Topalian, porte parole du Metropolitan Museum, explique : « Quand [ces tableaux] ont été peints, il était habituel pour les artistes de peindre des sujets avec la même identité que le public local. On retrouve ce phénomène dans de nombreuses autres cultures. » On attend encore que le musée accroche à la place des toiles odieuses leur version politiquement correcte. Pas impossible, quand Le Journal des Arts nous apprend que “le Rijksmuseum vient de se lancer dans la chasse aux termes potentiellement discriminatoires dans les titres et descriptions d’œuvres présents sur sa base de données.” Nous aurons l'occasion d'en reparler…

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