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Tumultes dans la danse

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Mourad Merzouki
Mourad Merzouki

En Russie, c'est l'apaisement au Ballet du Bolchoï, après la nomination d'un nouveau directeur, Makhar Vaziev. En France, les esprits s'échauffent depuis l'annonce de la création d'un diplôme national de danse hip-hop par Manuel Valls.
“Vladimir Ourine, le directeur du Bolchoï de Moscou, est un homme avisé , salue Ariane Bavelier dans Le Figaro. Il a annoncé [fin octobre] la nomination de Makhar Vaziev à la tête du tumultueux Ballet. Brigitte Lefèvre, ancienne directrice du Ballet de l'Opéra de Paris, disait comme une boutade [les jours précédents] qu'on lui avait proposé le poste. Voilà déjà quelques mois qu'on savait que Sergueï Filine ne serait pas renouvelé. L'ancien danseur, attaqué à l'acide le 17 janvier 2013, n'a pas encore complètement retrouvé la vue. Il continuera à travailler dans la compagnie, mais cessera d'en assumer la direction. Vaziev semble avoir bien des atouts pour tenir les rênes du Ballet qui peut se comporter comme un cheval emballé. Alors que Filine, né en 1970, avait fait ses débuts de directeur avec le Bolchoï, son successeur a un bagage autrement solide. Ossète, né en 1961, d'abord proche de Valery Gergiev, l'homme-orchestre du Mariinsky de Saint-Pétersbourg, il en a dirigé le Ballet pendant treize ans avant que le torchon ne brûle entre les deux hommes. Merveilleux pédagogue, Vaziev avait fait émerger une extraordinaire génération d'étoiles (Ouliana Lopatkina, Diana Vishneva, Svetlana Zakharova) et la qualité de son Ballet finissait par porter son ombre sur l'Orchestre maison. En 2009, il est nommé par Stéphane Lissner à la tête du Ballet de la Scala de Milan. Les danseurs sont moins affûtés que ceux de Saint-Pétersbourg, mais le chorégraphe fait travailler le corps de ballet dans l'épure et les progrès s'accomplissent. Aussi doux et posé en façade qu'il est déterminé et fin stratège, Makhar Vaziev semble taillé pour résister aux guerres intestines du Bolchoï, voire pour les désamorcer. En outre, il entretient des relations courtoises, mais distantes, avec Nikolaï Tsiskaridzé, le danseur qui, en 2012, semblait prêt à tout pour prendre la tête de la troupe et qui, à défaut, a été nommé à celle de l'école Vaganova de Saint-Pétersbourg. Vaziev entrera en fonction en mars 2016 pour cinq ans. Il a précisé qu'il achèverait, malgré cela, la saison à la Scala.”

"Les danseurs hip-hop sont techniquement très bons, mais le répondant artistique n’est pas toujours là." Mourad Merzouki En France, c’est le gouvernement qui se mêle de danse, dans un autre genre, le hip-hop. Fin octobre, là encore, raconte Eve Beauvallet dans Libération, “ lors de la commission interministérielle à l’égalité et à la citoyenneté réunie aux Mureaux (dans les Yvelines), le gouvernement a annoncé l’instauration d’un diplôme national supérieur professionnel (un DNSP) de la danse hip-hop. Un diplôme d’interprète, donc, porté par le conservatoire national supérieur de musique et de danse de Lyon. […] Pour Mourad Merzouki, chorégraphe et actuel directeur du Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne, et associé au groupe de travail en cours de constitution, il était grand temps d’en finir avec ce « paradoxe » : alors que le hip-hop est une danse largement pratiquée par les Français, qu’elle suscite une forte adhésion du public ( 35 % de spectateurs pour le festival Karavel, à Lyon), qu’elle tourne et s’exporte à l’international (certaines compagnies hip-hop dépassent les 60 représentations par an, contre une moyenne nationale de 4,5), les danseurs ne bénéficiaient pas des diplômes d’interprètes déjà mis en place pour la danse classique, contemporaine et jazz. Quoi de plus logique que de parachever une reconnaissance institutionnelle, déjà amorcée avec la nomination, à la tête de deux CCN, de Mourad Merzouki et de Kader Attou (à La Rochelle) ? Et pourquoi se priver d’un outillage jugé nécessaire, selon Merzouki, à la structuration et à l’évolution des esthétiques ? « A l’heure actuelle, reprend-il, je remarque que les danseurs hip-hop sont techniquement très bons, mais que le répondant artistique n’est pas toujours là. » Un problème bientôt réglé, donc, avec en prime celui de la réinsertion professionnelle (grâce aux équivalences universitaires octroyées avec le DNSP).

"Le hip-hop n’est pas qu’un pansement social pour banlieues défavorisées." David Colas Alors, champagne ? Silence dans l’assemblée. Bruce « Ykanji » Soné inviterait plutôt à remballer les caisses. « A part une poignée de chorégraphes institutionnels, personne n’en veut, de ce diplôme », rétorque le fondateur de la Juste Debout School, à Pantin. Le DNSP est peut-être une vieille lune pour certains, mais pour d’autres, il relèverait plutôt de l’épée de Damoclès. Ou du coup de sifflet venant stopper la récré, terrain de jeu totalement libre grâce auquel le hip-hop français se serait érigé comme le plus dynamique au monde. Loin du « système » et proche du marché. « Les danseurs français sont recrutés pour les plus grands shows – Madonna, Beyoncé –, enseignent et rayonnent à l’international. Vous croyez qu’ils ont eu besoin d’un diplôme pour se sentir autorisés à travailler ? »Logiquement, le milieu reprend ces querelles intestines (entre hip-hop légitime et hip-hop dévoyé, underground et institution…) qui reviennent en gimmick depuis une vingtaine d’années. […] L’amertume est encore au rendez-vous, vis-à-vis de décisionnaires en mal de street credibility , qui maintiendraient les acteurs du hip-hop à l’écart des plans et entendraient réguler une pratique dont ils ignoreraient tout. […] Pourtant, le milieu hip-hop ne réclame pas le désengagement de l’Etat. Juste d’arrêter de se tromper de combat. « Parce que là, c’est de l’argent jeté par les fenêtres, explique Anne Nguyen, breakeuse aujourd’hui chorégraphe de la Compagnie Par Terre, associée au Théâtre national de Chaillot à partir de 2016. Au lieu de former des danseurs déjà opérationnels sur un marché saturé, pour entrer dans des compagnies qui ne tournent pas (la plupart font moins de trois dates par an !), on ferait mieux d’aider les artistes existants à se structurer pour pouvoir évoluer. »[…] « Encore une fois, c’est fait à l’arrache », résume Anne Nguyen. Pour couronner le tout, le projet [s’inscrivait] dans un calendrier qui [a fait] monter la moutarde au nez. « Lorsqu’à quelques semaines des régionales, Manuel Valls vient aux Mureaux présenter le DNSP comme une main tendue aux jeunes de banlieue, je me dis que la France n’a rien tiré de ses erreurs passées », explique Karl Libanus, membre du collectif le Moovement. Marre du costume de Super Ghetto ? « Aujourd’hui dans les cités, on ne danse plus, on fait du business, conclut David Colas, danseur, chorégraphe, formateur basé à Marseille et associé à la célèbre émission télé des années 80, H.I.P H.O.P. Quand admettra-t-on que le hip-hop n’est pas qu’un pansement social pour banlieues défavorisées ? »

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