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L'exposition "Karl Lagerfeld : A Visual Journey", à l'ex-Pinacothèque de Paris

Y a pas photo

5 min

Les temps sont durs pour la photographie : alors que la galerie Agathe Gaillard, pionnière dans le domaine, ferme ses portes à la fin du mois, plusieurs manifestations qui lui sont dédiées disparaissent ces jours-ci.

L'exposition "Karl Lagerfeld : A Visual Journey", à l'ex-Pinacothèque de Paris
L'exposition "Karl Lagerfeld : A Visual Journey", à l'ex-Pinacothèque de Paris

Après quarante ans d’existence, la première galerie de photos de France, historiquement parlant, celle d’Agathe Gaillard à Paris, va fermer ses portes définitivement à la fin du mois, nous rappelle Le Parisien. Hasard du calendrier, ou tendance de fond ? Plusieurs manifestations dédiées à la photographie disparaissent également ces jours-ci. Vous aviez prévu d’aller voir l’exposition « Karl Lagerfeld, A Visual Journey », qui devait se tenir jusqu’au 20 mars à la Pinacothèque de Paris ? Eh bien c’est raté : “on savait le musée en difficulté, la nouvelle a tout de même surpris, s’étonne Emmanuelle Jardonnet dans Le Monde : la Pinacothèque a annoncé vendredi 12 février, à la mi-journée, qu'elle fermerait ses portes trois jours plus tard, soit lundi 15 février. « Que ce soit abrupt est peut-être inhérent à mon caractère, mais on y pensait depuis un moment, on attendait, on attendait, et il faut savoir dire stop », confie Marc Restellini, le président du musée et son fondateur.” “Invoquant une baisse de sa fréquentation de 20 à 25 % depuis deux ans, le musée privé avait été placé en redressement judiciaire le 3 novembre dernier, rappelle Nathalie Eggs dans Le Journal des Arts. Anticipant peut-être une liquidation judiciaire, [et] prétextant « une chute impressionnante de visiteurs » et « un climat économique mortifère lié en grande partie aux attentats du 13 Novembre », le lieu d’exposition a préféré mettre la clé sous la porte.” 

Fin du rêve américain pour Photoquai

Ce lundi, on a également appris qu’“après trois éditions de Paris Photo Los Angeles dans le cadre prestigieux des studios de la Paramount, la 4ème édition, pourtant imminente car prévue du 29 avril au 1er mai 2016, est annulée. Clap de fin pour un rêve hollywoodien qui a fait courir vaillamment les galeristes de photo vers cette Californie synonyme de cinéma, de villas insensées perchées sur Mulholland Drive avec vue panoramique sur Los Angeles, d'acheteurs réputés sans limites et donc de marché nouveau à prendre, commente Valérie Duponchelle dans Le Figaro. Jean-Daniel Compain, directeur général du pôle culture, luxe et loisirs de Reed Expositions France (société qui gère la Fiac, Paris Photo et, depuis juillet 2015, la Biennale des Antiquaires, trois moments phares de l'art sous la coupole du Grand Palais) l'a commenté posément en homme d'affaires. « Malgré une formidable mobilisation de la ville, des galeries, des institutions et des collectionneurs, malgré tout le potentiel de Los Angeles en termes de développement culturel, le manque de maturité du marché, en termes de grandes foires, nous conduit à prendre cette décision ». […] De bonne source, décrypte Le Figaro, les conséquences de Paris Photo 2015, brutalement interrompu par les attentats du 13 novembre et la fermeture du Grand Palais qui s'est ensuivi les 14 et 15 novembre – état d'urgence oblige – est en corrélation directe avec cet abandon californien. Nombre des galeries américaines présentes à ce Paris Photo coupé en deux par l'actualité ont très mal vécu cet état de fait et réclamé aussitôt, avec force, réparations pour la perte des dépenses engagées. Après réflexion, Reed Expositions France a proposé aux galeries de ce Paris Photo sinistré de signer une convention transactionnelle qui leur rembourse 20% du stand brut, coupant court à toute procédure ultérieure. D'avis d'un participant aux deux foires des deux côtés de l'Atlantique, l'impact négatif de la situation serait néanmoins resté fort, au point de dissuader les grands noms du marché de la photo de se risquer déjà à Paris Photo LA 2015. Cette circonstance dramatique, conséquence du terrorisme et de la guerre psychologique qu'il génère, n'est pas la seule en cause. Les marchands de photo soulignent que « depuis la première édition, Paris Photo LA peine à trouver sa place dans le calendrier si serré des évènements de l'art qui se bousculent désormais, de Kyotographie à Kyoto à la Photobiennale de Moscou ». D'autant que les grands collectionneurs de photo sont plutôt installés sur la côte Est des États-Unis. Comment, disent les sceptiques, les attirer durablement « dans une petite foire française avec peu de galeries, dans une ville de cinéma et de soleil qui n'est pas historiquement liée à cette pratique » ? […] Les participants de la 1ère édition ont souvent été déçus des ventes après avoir rêvé d'une nouvelle Babylone où Brad Pitt incarne l'El Dorado des nouveaux collectionneurs.” Résultat, la première édition de la FIAC à Los Angeles est également annulée. 

Suppression de Photoquai, malgré un budget et une fréquentation en hausse,

Cela dit, même le succès n’empêche pas certaines manifestations de disparaître. “Photoquai, par exemple, avait trouvé un ton, et un public, rappelle Clémentine Mercier dans Libération. Pourtant, l’édition 2015 de la « Biennale des images du monde » fut la dernière. Il n’y aura pas de sixième édition, a annoncé le Journal des Arts [le 3 février]. On ne verra plus la foule se presser sur les bords de Seine, juste en face du musée, pour contempler les portraits de la grande famille des hommes prises par des photographes du monde entier. La fréquentation était pourtant en hausse : 531 624 en 2015 – malgré une fermeture anticipée pour raison de sécurité – contre 527 000 en 2013. […] Photoquai était une biennale branchée sur les autres et le reste du monde. Depuis 2007, elle remplissait sa mission de découverte de talents et d’ouverture.” “Stéphane Martin, le président du musée du quai Branly confirme et explique au Figaro pourquoi il a décidé d'annuler cette promenade pourtant si populaire sur les bords de Seine. […] La raison première est, bien sûr, financière. « Photoquai a été créée de manière extrabudgétaire, en faisant des économies à gauche et à droite, en s'appuyant sur des mécènes et des sponsors. Paradoxalement, le budget global du musée du quai Branly qui baissait tous les ans, a connu une hausse ces deux dernières années », précise Stéphane Martin. « Mais, Photoquai représente à elle seule un budget important de 800 000 €. Nos expositions internes ont des coûts qui vont de 100 000 € à 1,2 million d'euros. […] Il n'était pas question d'en supprimer une seule. »” Bref, quand y a pas d’argent, y a pas photo…

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