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A 160 à l'heure, en plein brouillard

7 min

Deux nouvelles brèves concernant Michel Houellebecq, pour commencer cette revue de presse. “Lors de la parution de La Carte et le Territoire, titre du livre avec lequel il a reçu le prix Goncourt 2010, l’écrivain avait été au centre d’une polémique pour avoir copié des passages tirés de Wikipédia, notamment sur la ville de Beauvais et une biographie de Frédéric Nihous , rappelait récemment Le Figaro . Dans l’édition de poche qui vient de paraitre chez J’ai Lu, l’écrivain a ajouté l’encyclopédie en ligne dans les remerciements : « Je remercie Wikipédia et ses contributeurs… », écrit-il.“

La Carte et le Territoire qui, selon les informations de TéléObs , serait en cours d’adaptation par le réalisateur Philippe Harel (Les Randonneurs , La Femme défendue ). “Le scénario terminé, le cinéaste serait actuellement à la recherche de producteurs. Harel avait déjà porté à l’écran Extension du domaine de la lutte, jusqu’à maintenant l’adaptation la plus réussie de Houellebecq.“ Vous me direz que ce n’est pas difficile, vu la qualité des autres. Je vous livre par ailleurs encore une brève, lue dans l’hebdomadaire houellebecquophile par excellence, Les Inrockuptibles : “Bienvenue aux « Ateliers de la NRF ». Pour 1 500 euros les 24 heures, quinze aspirants romanciers pourront apprendre, à partir du mois de mai, les secrets de l’écriture auprès de maîtres tels que Guy Goffette, Danièle Sallenave ou Jean-Marie Laclavetine. Ça fait rêver, non ?“ Petits insolents, ces Inrocks !

Un auteur Flammarion, des auteurs Gallimard, vous commencez peut-être à voir où je veux en venir. Il avait été question, il y a deux semaines, dans cette Dispute, des risques éventuels que pouvait faire porter au monde de l’édition, voire de la librairie, la candidature de Gallimard au rachat de Flammarion, à un moment où l’éditeur n’était pas encore officiellement en vente. Depuis, les choses se sont confirmées et compliquées en même temps, puisqu’ils sont à présent quatre à se disputer l’achat de la prestigieuse maison. “Les portes du Salon du livre à peine closes, le contour du match et surtout des compétiteurs autour de la reprise de Flammarion se précise , écrivait mercredi Alain Beuve-Méry dans Le Monde . Alors que l’éditeur français, filiale à 100% du groupe de presse et d’édition italien RCS, a été officiellement mis en vente, le vendredi 16 mars, deux offres semblent se détacher parmi toutes les marques d’intérêts recueillies par la banque Mediobanca – à la fois actionnaire de RCS et détenteur du mandat de vente : celles de Gallimard et d’Albin Michel, désormais allié à Actes Sud [c’était la grosse surprise de ce début de semaine]. Mercredi 21 mars, les banquiers italiens ouvriront la data room virtuelle qui donne accès aux comptes de l’entreprise mise en vente. Pour l’instant, Mediobanca n’a pas communiqué le nombre de candidats sélectionnés. Antoine Gallimard, PDG des éditions du même nom, assure que sa proposition a été retenue. Cette offre est désormais concurrencée par celle de Francis Esménard, PDG d’Albin Michel qui s’est associé à Actes Sud.

Lundi 19 mars, Francis Esménard et Jean-Paul Capitani, directeur du développement d’Actes Sud, ont révélé à Livres Hebdo avoir déposé une offre commune. Ensemble, les deux éditeurs pèsent 230 millions d’euros de chiffre d’affaire, soit peu ou prou l’équivalent de celui de Flammarion.

Outre les offres de Gallimard et du duo Albin Michel-Actes Sud, Mediobanca devrait retenir deux autres propositions de rachat, l’une émanant d’un des trois fonds d’investissement qui se sont porté acquéreurs, et l’autre d’un groupe étranger, vraisemblablement celle de l’Anglo-Saxon HarperCollins, la branche livre du grand groupe de communication du magnat australien Rupert Murdoch.

Pour Actes Sud, dont le capital est détenu à 27,7% par Flammarion, tout comme pour Albin Michel, une offre conjointe leur donne l’opportunité de devenir maître de leur distribution. Union Distribution (UD) est considéré comme une des pépites du groupe Flammarion. UD assure déjà la distribution d’Actes Sud. Jusqu’à la fin 2012, Albin Michel est en revanche sous contrat avec Hachette Livre.

Grâce au succès de la trilogie Millenium, le groupe Actes Sud, installé à cheval entre Arles et Paris, a acquis un joli trésor de guerre. La maison fondée en 1979 par Hubert Nyssen, décédé récemment, réalise un chiffre d’affaire de 60 millions d’euros. Mais pour Françoise Nyssen, PDG du groupe Actes Sud, « il s’agit avant tout de préserver une certaine idée de l’édition indépendante. Je connais le travail des équipes de Flammarion qui est remarquable. Avec Albin Michel, nous offrons une belle alternative et nous avons l’opportunité de construire un groupe d’éditeurs indépendants. » Avec environ 450 millions de chiffre d’affaires, l’ensemble Flammarion/Actes Sud/Albin Michel serait aussi important qu’un pôle Gallimard-Flammarion et arriverait à la troisième place de l’édition française, derrière Hachette et Editis.

Le processus de mise en vente du groupe Flammarion devrait se poursuivre jusqu’en juin. Pour le groupe RCS, lourdement handicapé par une dette de 980 millions d’euros, il s’agit de récupérer le plus d’argent possible. Pendant le weekend dernier, des valorisations de Flammarion autour de 300 millions d’euros ont circulé dans les milieux des banquiers d’affaire. Mais ce montant est jugé disproportionné et exorbitant par tous les éditeurs français. A ce montant, aucun d’entre eux ne se présenterait. Cela valoriserait le groupe Flammarion à 130% de son chiffre d’affaires.

« Aujourd’hui, résume un banquier proche de ce milieu, nous n’avons aucune visibilité sur l’avenir de l’édition. Investir dans ce secteur équivaut à rouler à 160 à l’heure, en plein brouillard, alors que l’on ne sait toujours pas si l’on ne va pas percuter un mur. » La montée en puissance du numérique et surtout d’acteurs très forts sur le marché du livre comme Amazon, Apple et Google font peser beaucoup d’incertitudes.

Chez Flammarion, le calme est encore de mise. « On se réjouit d’être très courtisé », commente un éditeur de la maison. Mais parmi les 600 salariés de l’entreprise, on espère que le groupe d’édition ne sera pas démembré et que les acquéreurs garantiront la pérennité de l’ensemble mis en vente.“

A suivre, bien entendu…

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