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Abba, le business du kitsch (par Christophe Payet)

4 min

Ce soir je vous propose de sauter dans un avion pour Stockholm dès que possible, pour aller dans le temple du kitsch : le musée Abba. C'est exactement ce qu'a fait Thierry Dague, du journal Le Parisien, qui nous livre un récit émerveillé, émaillé de paillettes et de forniqua.

Et dès l'aéroport, le journaliste a les yeux qui brillent comme une boule à facette. Rendez-vous bien compte : les tapis à bagages sont siglés des tubes du groupe suédois : « Voulez-vous » ou « Take a chance on me ». Autrement dit, dès vos premiers pas sur le territoire suédois, vous voilà saisi par l'Abba-mania. Et le voyage ne fait à peine que commencer.

Le musée est construit juste à côté du parc d'attractions Tivoli sur une ile « verdoyante ». Et l'on sent un peu la déception sous la plume du reporter : « le bâtiment ne paie pas de mine. Un double bloc de bois qui abrite un hôtel, un restaurant et cachés en sous-sol » : le musée. Pas très disco pour le moment.

Mais rapidement, la magie opère. 1300 m2 totalement « abba-esques », plus de deux heures de parcours... des costumes, des reconstitutions, et surtout, du ludique, de l'interactivité !

Sur des écrans, on peut remixer soi-même les tubes du groupe. La machine scanne alors votre billet d'entrée et enregistre votre prestation, et vous pour alors la réécouter sur internet, chez vous, à volonté, pour passer de bonnes soirées entre amis, déguisés grâce aux sublimes t-shirts et cols pelle-à-tarte que vous leur aurez ramené généreusement de la boutique souvenir. Et oui, Abba, c'est de la magie à emporter, c'est de la magie à partager.

Vient ensuite le « dressing room », les fausses loges, où l'on peut cette fois-ci enregistrer, dans un vrai micro s'il vous plait, sa propre version de « Mamma Mia ».

Mais le clou du spectacle est une grande scène où l’on peut devenir, rien de moins, que le 5e membre d’Abba et chanter entouré d’un quatuor en hologramme. Faire revivre l'esprit des années 70 avec la plus moderne des technologie... on arrête pas le progrès.

Il y a un peu d’histoire aussi dans ce musée. La formation du groupe d’abord. Les festivals bucoliques des années 60. La rencontre entre Anni-Frid, Bjorn, Benny et Agnetha. La rencontre aussi entre leurs initiales ensuite : A – B – B – A. Abba.

Il faut reconnaître que l’histoire du groupe raconte aussi en creux l’histoire de toute une époque. « Un sas en forme de cœur, et on déboule en plein psychédélisme », écrit Thierry Dague. « Papier-peint marron et orange » et bien sûr « costumes de troubadours portés par le groupe pour le fameux concours Eurovision de 1974 ». L'année où le groupe remporte ce concours et connaissent le succès pour leur chanson « Waterloo ». Et pourtant, ce n'était pas une évidence dans la Suède post-soixante-huitarde. « Les médias boycott Abba », qui est « jugé alors trop commercial ». Cela n'empêchera pas le groupe de vendre près de 400 millions de disques.

Autre symbole de l'époque : dans le coin d’une pièce trône un téléphone rouge. C’est le téléphone de la chanson « Ring, Ring ». Celui qui figurait sur la pochette. Le même que le téléphone rouge du Kremlin, ou celui de la vieille série Batman avec Adam West. Le téléphone rouge, une incarnation à lui tout seul des années 60 et 70.

En tous cas le musée rencontre déjà énormément de succès. Des milliers de fans attendaient son ouverture. Et les billets sont déjà entièrement vendus pour les prochaines semaines.

Ce n'est pas étonnant quand on voit les ravages que produit toujours la Abba-mania dans le monde. Le groupe écoule encore quelque 2 à 3 millions de disques chaque année.

Et l'un des derniers buzz sur internet est lié à Abba : L’Express nous raconte l’histoire de Elie Coles, une anglaise complètement inconnue devenue une star du web. Cette secrétaire de 34 ans a l'habitude de danser avec ses écouteurs en attendant son bus. Mais un riverain a filmé ses déhanchements et les a accompagnés du célèbre tube d'Abba : Dancing queen. La vidéo a alors été vue plus de 700 000 fois.

Alors face à tant de succès, peut-on rêver d'une reformation du groupe ? Dans le Parisien, le directeur du musée est formel : « Eux ne le souhaitent pas. Le mythe doit rester intact. »

Seule Agnetha, l'une des chanteuses d'Abba, brise un peu le mythe et la magie. Agnetha était la seule à ne pas être présente pour la soirée d’inauguration du musée. La chanteuse a préféré rester à Londres pour assurer la promotion de son propre album solo. Qui tout naturellement, se nomme de son initiale en solo : « A ».

Autre petit détail qui pourrait altérer l'enthousiasme des fidèles. Un visiteur français cité dans le Parisien trouve l'entrée du musée « un peu cher ». C'est peu de le dire : il faut acquitter de la somme de 23 euros. Avec Abba, le groupe est mort, mais tant que le mythe survit, le business ne fait que commencer. « Money, money, money »

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