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Astérix, le temple et les marchands

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“Un buste en bronze à l’effigie de René Goscinny, père d’Astérix ou du Petit Nicolas, décédé en 1977, à 51 ans, a été inauguré [le 25 septembre] dans la cour du lycée français de Varsovie, qui porte son nom synonyme de « hospitalier » en polonais , nous apprend une brève de La Croix . René Goscinny est issu d’une famille juive de Varsovie, en grande partie décimée par la Shoah. Son père y est né et a émigré en France dans les années 1920. L’auteur, né en 1926, n’est jamais venu dans ce pays où un million d’exemplaires des Aventures du Petit Nicolas ont été vendus à ce jour, selon l’ambassadeur de France Pierre Buhler.”

A quelques jours de la sortie hautement médiatisée, ce sera le 24 octobre, d’Astérix chez les Pictes , le 35e album des aventures du célèbre petit Gaulois, signé pour la première fois par deux nouveaux auteurs, Jean-Yves Ferri pour le scénario et Didier Conrad pour le dessin, un album qui sera “diffusé dans 15 pays et en 23 langues, tiré à 5 millions d’exemplaires, dont 2 millions en France” , nous précise encore La Croix , c’est un autre type de consécration qui attend Albert Uderzo, dont Jérôme Dupuis salue dans L’Express “le geste généreux qu’ [il] a fait, en 2010, en direction de la Bibliothèque nationale de France, avec la donation de 121 planches originales. Soit trois albums complets ( Astérix le Gaulois, La Serpe d’or et Astérix chez les Belges), que l’on pourra admirer, à partir du 16 octobre, lors de l’exposition consacrée au célèbre Gaulois par la BNF. Une expertise, confiée à un commissaire-priseur et à un spécialiste de la bande dessinée, que L’Express a pu consulter, a en effet estimé chaque planche à 103 000 euros. Soit un don de près de 12,5 millions d’euros. Une estimation légèrement en deçà des prix atteints en salles des ventes. Mais, même à cette aune, les 1 200 planches d’ Astérix qui restent la propriété d’Uderzo représenteraient plus de… 120 millions d’euros !”

De quoi faire saliver le petit monde des galeristes de bande dessinée, au nombre desquels il faut dorénavant ajouter un petit nouveau, et pas des moindres, Jacques Glénat, qui “vient d’ouvrir dans le 3e arrondissement de Paris, rue de Picardie, une galerie entièrement consacrée au 9e art , raconte notre confrère en Dispute Frédéric Potet dans Le Monde . Jacques Glénat est le premier éditeur d’importance à s’aventurer sur ce terrain, occupé à Paris par une dizaine de galeries indépendantes. Un marché en pleine expansion, stimulé depuis quelques années par les opérations réalisées par des maisons de ventes comme Artcurial, Tajan ou Million. Dans ce nouvel espace de 160 m2, Jacques Glénat n’entend pas vendre les œuvres de sa propre collection, pas plus qu’il n’exposera uniquement les planches de bédéastes publiés chez Glénat. « Notre mission est de faire connaître de jeunes auteurs, mais aussi de passer commande à des auteurs plus confirmés en leur demandant de réaliser des peintures, des illustrations et même des sculptures, explique le Grenoblois. Il est intéressant de les faire sortir de leur univers et leur donner l’occasion de montrer qu’ils ne sont pas des purs scribouillards de bande dessinée. » […] Trouver des illustrations et des planches correspondant à des albums existants ne devrait pas être « trop compliqué », veut croire Jacques Glénat, malgré l’avance prise par les salles des ventes et les autres galeries : « Les auteurs sont très demandeurs », indique-t-il. De plus en plus d’illustrateurs n’hésitent plus à se séparer de leurs originaux devant la promesse de revenus complémentaires, qui peuvent se révéler supérieurs à leurs droits d’auteur. Alors que les ventes d’albums de bande dessinée ont chuté ces dernières années, la cession de planches peut permettre de financer des projets plus exigeants ou demandant beaucoup de temps.”

“Dans le milieu des galeristes parisiens, les réactions sont diverses , rapporte Didier Pasamonik sur le site actuabd.com . Beaucoup attendent de voir : « Le métier est devenu de plus en plus professionnel, pointe Pierre-Marie Jamet de la Galerie Oblique, le galeriste attitré de Tardi. Le marché est difficile et restreint mais c’est comme les bistrots et les coiffeurs : il y a de la place pour tout le monde, mais on ne fait pas le même métier, il y a les marchands d’un côté et les vrais galeristes de l’autre… Je peux comprendre que Jacques Glénat réalise un rêve, mais la puissance financière n’est pas synonyme de créativité : l’argent ne fait pas forcément les plus belles expos… » Un autre galeriste, plus habitué aux graphismes « artistiques » considère les planches exposées autour de lui et s’exclame : « Je n’ai jamais vu un tel concentré de mauvais goût. Il y a ici toute la bande dessinée que je déteste ! » […] Michel Coste, expert auprès des ventes publiques de Million, se rassure : « Ce qui me rend optimiste pour ce marché, c’est que la nouvelle génération travaille sur tablette graphique. Est-ce que demain, des galeries vont vendre des JPeg ? On sent bien que non. Les nouveaux acheteurs testent le marché, se font plaisir avec des dessins de moins de mille euros, pour apprendre… Le gros du potentiel est sur le moyen de gamme. Le haut de gamme (Hergé, Franquin, Bilal…) tient sur une dizaine d’acheteurs qui ont les moyens et cette tranche a perdu 20% ces deux dernières années par le simple fait que de nouvelles planches arrivent sur le marché. Il y aura huit planches d’Uderzo qui seront vendues avant la fin de l’année, alors qu’avant, on n’en trouvait quasi pas. Les choses évoluent… »

Pour le meilleur et pour le pire…

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