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Au Vatican comme à Rome, il faut avoir la foi

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On l’a appris par une brève de La Croix : “Le Vatican fera partie des neuf nouveaux Etats qui auront un pavillon à la prochaine Biennale de Venise, du 1er juin au 24 novembre 2013. L’idée avait été avancée dès 2009 et a été confirmée [début novembre], indique le site anglais The Art Newspaper. Le Vatican devrait présenter une sélection d’une dizaine d’artistes, hommes et femmes issus de différents pays, d’après le quotidien italien La Stampa. Certains sont des artistes déjà reconnus, d’autres tout juste émergents. Et leurs œuvres exposées à Venise par le Vatican seraient toutes consacrées au Livre de la Genèse.”

Une annonce qui ne provoque aucun remous en Italie, contrairement à la polémique du jour, dans un pays qui en est friand. “Une ex-ministre de la culture peut-elle diriger un musée ? Cette question, rapporte le correspondant du Monde à Rome, Philippe Ridet, agite le landernau politique italien depuis que le ministre des biens et des activités culturels, Lorenzo Ornaghi, a nommé, début octobre, sa « prédécesseure », Giovanna Melandri, à la présidence du Musée national des arts du XXIe siècle de Rome, le Maxxi. Dessiné par l’architecte star Zaha Hadid, inauguré en grande pompe en mai 2010, ce musée d’art contemporain a été déclaré en faillite deux ans plus tard et placé sous la tutelle provisoire de l’Etat.

Les adversaires de cette nomination dénoncent un fait du prince. Le cadeau d’un ministre à une parlementaire. Députée du Parti démocrate (gauche) depuis 1994, Giovanna Melandri aurait attendu pour se démettre de son mandat la certitude d’être nommée au Maxxi. « C’est depuis toujours une mauvaise habitude italienne de réserver les postes de direction à d’anciennes personnalités politiques, presque toujours privées de compétences, qui constituent ainsi une véritable caste », écrit l’historien et éditorialiste renommé Ernesto Galli della Loggia, dans le Corriere della Sera. Les partisans de Mme Melandri mettent au contraire en avant ses compétences de technicienne attestées, selon eux, par son action comme ministre de la culture (1998-2001), puis de la jeunesse et des sports (2006-2008). C’est durant son passage à la culture que fut conçu et lancé le projet du Maxxi sur le site d’une ancienne caserne, dans le quartier Flaminio. Il serait donc « normal et naturel », selon eux, qu’elle en assure la présidence. Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture de Jacques Chirac, nommé ensuite patron du château de Versailles, est cité en exemple. L’Amaci, l’association des galeries d’art contemporain, et Zaha Hadid en personne ont pris la défense de Mme Melandri qui, pour tenter de clore la polémique et écarter toute accusation de « pantouflage », a dû répéter que sa fonction n’était pas rétribuée. Une arrivée plus en douceur n’aurait pas été inutile pour le musée. Après l’engouement des premiers jours, pendant lesquels Rome s’est prise pour une nouvelle capitale de l’art contemporain, le Maxxi n’a pas prouvé son utilité ni trouvé son public. 450 000 visiteurs seulement parcourent chaque année les salles de ce vaisseau de béton et de verre, attirés par l’architecture audacieuse plus que par les expositions très pointues qu’il abrite. En ces temps de crise, les partenaires privés ne se sont pas bousculés au portillon pour lui venir en aide. Un an après son inauguration, il manquait déjà 11 millions d’euros pour assurer son fonctionnement. La tâche de la nouvelle présidente est de trouver des fonds. Et rapidement. Dans un contexte de budget de la culture toujours en baisse, l’Italie peine à maintenir l’attractivité de ses institutions culturelles (musées ou sites archéologiques). En 2010, le ministère de la culture avait cru dénicher une perle en confiant à Mario Resca, un ancien responsable de McDonald’s, le soin de développer et de rentabiliser le système muséal italien qui ne compte aucun lieu d’exposition parmi les 10 musées les plus fréquentés du monde. L’opération s’est soldée par un échec. Mme Melandri veut croire qu’elle sera plus chanceuse au Maxxi et qu’elle parviendra à en faire une référence dans un pays où l’art contemporain doit pour exister concurrencer l’énorme patrimoine antique et classique qui déplace l’écrasante majorité des visiteurs (le Colisée reçoit à lui seul près de 6 millions de visiteurs par an). « J’en ferai la Tate Modern d’Italie, fanfaronne-t-elle, citant en référence le célèbre musée d’art contemporain de Londres. Je donne rendez-vous à mes détracteurs dans trois ans. » Il n’est pas sûr qu’elle dispose d’autant de temps” , relativise pour conclure Philippe Ridet dans Le Monde .

Quant audit “énorme patrimoine antique et classique” romain, il ne s’en tire guère mieux, à en croie l’enquête d’Edek Osser et Tina Lepri qu’a publiée Le Journal des Arts . “Symbole de la situation contradictoire dans laquelle se trouvent les trésors culturels de l’Italie, la Ville éternelle est à la fois joyau archéologique et victime de négligences , écrivent-il. Ecroulements de sites, dégradations en son centre historique, abus dans des zones restreintes, fermetures subites de musées et de monuments à peine restaurés… Rome doit aujourd’hui faire face à la nécessité d’un chantier titanesque de mise en valeur patrimoniale. Alors que les coupes budgétaires se font toujours plus drastiques, seul le Colisée tire son épingle du jeu. Après des décennies d’humiliation, l’amphithéâtre Flavien va enfin renaître. Propriétaire de la marque Tod’s, Diego Della Valle finance l’opération à hauteur de 25 millions d’euros, ce au bout d’une longue bataille juridique qui en dit long sur la difficulté des rapports public-privé en Italie. En décembre, le chantier démarrera sur la partie la plus endommagée par la circulation automobile. Le maire de Rome, Gianni Alemanno promet une déviation du trafic en 2015, mais l’association environnementale Legambiente a recueilli des milliers de signatures pour transformer le Forum en zone piétonnière. Viendra ensuite la construction d’un centre d’accueil pour les sites du Colisée, du Palatin et du Forum. La troisième phase (à l’étude) restaurera les zones souterraines. « A la fin des travaux, la superficie de visite aura augmenté de 25% », indique la surintendante pour l’Archéologie Mariarosaria Barbera. Le site restera ouvert au public pendant les travaux programmés jusqu’à fin 2015.”

D’ici là, rappelons-le, Giovanna Melandri aura fait du Maxxi « la Tate Modern d’Italie » . Y a qu’à croire, comme on dit au Vatican…

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