LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Aurélie Filippetti et la valse des directeurs

7 min

Aurélie Filippetti serait-elle préoccupée en ce moment ? C'est ce que semble suggérer subtilement le Figaro, qui nous dit dans une brève qu' « au théâtre, Filippetti répond à ses mails ». Certes, elle « n'était pas la seule à s'ennuyer », précise le quotidien. De nombreux spectateurs ont quitté la salle de « La Maison d'os », la pièce de Roland Dubillard au théâtre du Rond-Point.

Mais la ministre avait de bonnes raisons d'être distraite. Elle était sans doute absorbée par le spectacle du théâtre public et la valse des renouvellements de directeurs.

Aurélie Filippetti est en « tension avec le Syndicat des entreprises artistiques et culturelles », nous dit l'Express. Des tensions à cause de ces « évictions programmées de patrons de centres dramatiques nationaux ».

De nombreux directeurs de théâtre public ne seront en effet pas renouvelés.

Pour Aurélie Filipetti dans le Figaro : « Il faut faire de la place pour une nouvelle génération qui sinon risque bien de ne jamais pouvoir s'exprimer pleinement ». La ministre de la Culture veut aussi favoriser la parité à la tête des institutions culturelles. « Il ne s'agit pas d'imposer une femme à tout prix, dit-elle. Mais d'enclencher un processus qui permette enfin aux femmes d'entrer dans le jeu. »

Tout comme son prédécesseur Frédéric Mitterrand, Aurélie Filippetti estime q'un directeur de théâtre ne doit pas dépasser 3 mandat, soit « 9 ou 10 ans maximum ». Mais « un maximum n'est pas un minimum », précise la ministre dans Le Figaro. Elle justifie ainsi certains mandats écourtés, comme celui de Christophe Maltot, à la tête du centre dramatique national de Besançon. Lui n'achèvera même pas sa deuxième année de mandat.

René Solis, pour y voir plus clair dans les non-renouvellements, vous établissez une petite typologie dans Libération.

Il y a d'abord les « inamovibles ».

Christian Schiaretti « peut faire état d'un bilan incontesté ». Il est reconduit pour trois ans au TNP de Villeurbanne. Et vous précisez qu'il espère un jour la Comédie-Française.

Deuxième inamovible : Eric Vigner, à Lorient. Il restera au moins deux ans de plus.

Il y a ensuite les « volontaires ». Ceux qui avaient annoncé de longue date que ce serait leur dernier mandat : Stuart Seide au théâtre du Nord, Thierry Roisin à Béthune, Dominique Pitoiset à Bordeaux, François Chatot à Montluçon, ou encore Didier Bezace à Aubervilliers.

N'oublions pas Daniel Benion, qui est une catégorie à lui tout seul. « L'irréductible », dites-vous René Solis. Il « s'accroche à son fauteuil » niçois depuis 2002. Il est près à mobiliser les collectivités locales pour ne pas bouger !

Mais ceux dont tout le monde parle dans la presse, sont Jean-Louis Martinelli, directeur du théâtre des Amandiers de Nanterre, et Jean-Marie Besset, à Montpellier.

Jean-Louis Martinelli dirige le théâtre des Amandiers depuis 2002 et ne sera pas reconduit en 2014. Il dit « respecter la règle du jeu », mais exprime tout de même sa déception dans Le Figaro :

« On ne règle pas la question de l'art par des règles administratives. Il faut du temps pour qu'un rapport de confiance s'installe avec le public, surtout à Nanterre, qui est une ville symbolique. Je trouve la décision injuste; dit-il, par rapport à la vie de ce théâtre, à la notion d'intérêt public. Je suis pour le renouvellement, en co-direction par exemple, mais il y a des façons de procéder. Je ne demande pas à être directeur à vie, mais juste à finir un chantier pour pouvoir mener à bien un projet : la reconstruction du théâtre sur le même site. »

Pourtant Jean-Louis Martinelli avait bien résisté jusque là. Le Figaro rappelle qu'il avait déjà été reçu par Frédéric Mitterrand, « qui devait lui signifier son non-renouvellement ». Et l'habile directeur était sorti du bureau ministériel avec un contrat de trois ans !

Jean-Marie Besset, lui, était à la tête du théâtre des 13 Vents, à Montpellier. C'était son premier mandat. Et le voici évincé après un rapport d'inspection du ministère. Et René Solis, vous écrivez dans Libération que « son éviction devrait susciter plus l'émoi chez ses soutiens politiques de droite, que dans le milieu du théâtre ».

Pour Jean-Marie Besset, « on est dans le procès de style maoïste. Il me reproche juste ma ligne artistique ».

D’après Armelle Héliot, du Figaro, l’inspecteur n’a que moyennement apprécié que les productions du théâtre des 13 Vents soient jouées ensuite dans des théâtres privées. Notamment L'Importance d'être sérieux , d'Oscar Wilde, mis en scène au théâtre de Montparnasse. La journaliste cite alors le rapport : « L’aspect désuet de la présentation à l’esthétique poussiéreuse et sans imagination (…) imité des pièces de boulevard filmées pour « Au théâtre ce soir » (…). Style de jeu qui oscille entre amateurisme et savoir-faire boulevardier. »

Voilà donc pour le jugement du ministère sur le travail de Jean-Marie Besset. Je vous racontais la semaine dernière comment le Figaro entendait réhabiliter le boulevard. Là l'inspecteur vient de lui régler son sort.

Le Figaro s’inquiète donc : « Y a-t-il un art officiel, qu’il faudrait illustrer ? », « Est-ce à un inspecteur, qui doit être garant de la diversité des esthétiques, de porter un tel jugement ? »

Aurélie Filipetti se défend dans les colonnes du quotidien. «Nul n'est propriétaire de son poste. Même ceux qui n'ont pas démérité ». C'est vous dire si c'est peine perdue pour ceux qui sont jugés comme des mauvais élèves... Ils pourront toujours crier au procès maoïste, la ministre et ses inspecteurs, endormis devant leurs vaudevilles, ne risquent pas de les entendre.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......