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Aux racines du paradoxe (par Christophe Payet)

4 min

La nouvelle scène israélienne puise dans ses racines et « brasse influences européennes et orientales », écrit Stéphanie Binet dans le Monde.

Des influences qu'ils vont chercher dans l'histoire de leurs grands parents, avant leur installation en Israël.

Et elle prend pour exemple Riff Cohen. Son premier album, intitulé « A Paris », sort aujourd'hui. Sur la pochette de la version israélienne, on peut voir une photo de sa grand-mère à l'âge de 14 ans. Une tunisienne qui quittait alors les rives de Djerba pour rejoindre la Palestine.

Riff Cohen définit sa musique comme du « rock trash oriental ».

Une musique pleine de paradoxe, tout comme les rues de Tel Aviv, que l'envoyée spéciale du Monde a parcourues aux côtés de la chanteuse.

La chanteuse raconte justement la réaction des parisiens apprenant qu'elle étais juive israélienne : « Il y avait soit une réaction très positive et intéressée, soit pas sympa du tout. » C'est là qu'elle s'est sentie « différente ».

Sa quette identitaire - et donc aussi musicale - a alors commencé.

« Loin de chez moi, j'ai eu envoie de comprendre qui j'étais. Je suis israélienne mais je ne savais pas d'où je venais, je me suis sentie transparente. En fait, notre quête de modernité, à nous les Israéliens, avait fait de moi quelqu'un de vide. »

En cinq ans à Paris, Riff Cohen s'entiche alors de musique populaire arabe : Hazam El-Din, Cheikha Rimitti... Alors que sa grand-mère, elle, écoutait Enrico Macias.

Les textes de son album en français sont des poèmes de sa mère. Pour le reste, elle chante des psaumes en hébreu.

Dans le quartier étudiant de Tel-Aviv, elle a continué d'évoluer avec la musique. Et avec les musiciens. « Aujourd'hui, mes anciens voisins sont tous connus en Israël, dont Tomer Yossef », chanteur d'origine yéménite.

Dans ce vivier, on trouve aussi le compositeur électro Kutiman. Pour lui « La musique israélienne n'existe pas. La fusion est très naturelle. »

C'est un mélange de tradition du Moyen-Orient, mixée avec de l'électro ou du rock.

Il produit une autre chanteuse : Ester Rada, d'origine éthiopienne.

Ester a grandi dans une colonie en périphérie d'Hébron. Ses dix premières années ont donc été assez agitées. Elle raconte dans Le Monde la proximité avec la frontière, les soldats, les bombes et jets de pierres. « J'avais deux ans quand il y a eu la première intifada. En fait, j'ai encaissé mais je n'avais jamais pu exprimer tout ça ».

Vient ensuite le service militaire. Elle confie qu'elle « pleurait tout le temps, je n'arrivais pas à me retenir. Heureusement, ils ont fini par me donner un micro pour que j'encourage les troupes ». La chanson, elle y vient donc dans l'armée israélienne. Et le mélange s'opère : chants populaires, musique religieuse, hip-hop, soul et jazz éthiopien de ses parents.

Riff Cohen, elle, a réussi à échapper au service militaire. Ce qui est « perçu par beaucoup comme très à gauche ou comme une revendication pacifiste », raconte-t-elle sur le site Café Babel. Et en même temps, quand elle se dit croyante, elle est considérée « comme d'extrême-droite ». Un paradoxe de plus. Pas facile à comprend pour tout le monde. « C’est incroyable, dit Riff Cohen, à quel point les gens ont besoin de se raccrocher à quelque chose, même d’insignifiant pour en tirer des conclusions. »

La plupart ne comprennent pas non plus qu'elle soit à la fois arabe et israélienne. Elle s'interroge sur Café Babel : « Pourquoi le cacher ? Cela fait partie de la réalité israélienne. Chacun sa culture. On devrait les exposer, les connecter entre elles, sans rien renier, sans chercher à oublier nos racines ou à jouer les occidentaux. Je crois qu’en temps qu’artistes ayant connus les années soixante israéliennes on se doit de penser la culture d’Israël. De la créer. »

Riff Cohen sera en concert au Café de la danse à Paris mardi prochain.

Le même soir à l'Olympia, c'est un autre israélien qui chantera ses blessures : Asaf Avidan. Dans Télérama Sortir, le chanteur décrit sa vie « faite de ruptures, plus ou moins douloureuses ». « Elles m'ont forgé, explique-t-il, et ont nourri les questionnements qu'on retrouve dans mes chansons ».

Première cassure à l'âge de 7 ans, écrit la journaliste Valérie Lehoux : l'enfant quitte israël pour partir vivre en Jamaïque. Asaf Avidan se souvient : « Je me suis retrouvé dans une petite communauté de Juifs blancs, au milieu d'un peuple de noirs chrétiens ».

Deuxième brisure : le service militaire en Israël. Lui aussi. « L'uniforme et les armes n'ont évidemment pas convenu à cet hypersensible », commente Valérie Lehoux. « A l'armée, Asaf enchaine les cauchemars, les angoisses – et même les malaises ». Il sera renvoyé au bout de dix mois.

Aujourd'hui, ces déchirures sont écrites dans ses chansons, mais aussi dans sa peau. Il porte à l'épaule le tatouage d'un amandier. Un « arbre ancré dans le sol d'Israël » écrit la journaliste de Télérama, et « dont les fleurs blanches réapparaissent chaque printemps après le dénudement de l'hiver ».

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