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Baffes et bonbons à la Comédie-Française

5 min

Aurélie Filippetti en rêvait, Fleur Pellerin l’a fait ! “Après une rencontre, vendredi, avec Julie Brochen, qui faisait de la résistance à la tête du Théâtre national de Strasbourg (on en parlait ici-même lundi dernier), la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a confirmé son remplacement par Stanislas Nordey « dans les prochains jours » , a-t-on lu ce matin dans Libération. “Annoncée en juin par la précédente ministre, Aurélie Filippetti , rappelle La Croix, sa nomination effective avait été retardée en raison d’un différend sur les conditions de départ de Julie Brochen. Celle-ci a finalement obtenu la subvention qu’elle demandait pour sa compagnie « Les Compagnons de jeu ».” On ne sait encore comment Stanislas Nordey, maintenant que la crise semble résolue, évoquera dans le futur le bilan de sa prédécesseure. S’inspirera-t-il d’Eric Ruf ? C’était mercredi le baptême du feu pour le nouveau patron de la Comédie-Française, qui présentait à la fois la prochaine saison – préparée par Muriel Mayette, à laquelle il a succédé le 4 août – et les grandes lignes de son projet. “Le bilan artistique de Mayette en a pris pour son grade , constate René Solis dans Libération, Ruf déclarant, notamment, que la maison avait besoin de « metteurs en scène qui soient capables d’une lecture au présent […], d’une vision et qui n’aient pas peur du spectacle ». Problème : « Il n’y a plus d’argent pour débaucher de grands metteurs en scène étrangers, en leur promettant monts et merveilles », a estimé Eric Ruf, en précisant qu’il comptait sur son « opiniâtreté » pour les faire venir. Le nouvel administrateur a aussi ardemment défendu la nécessité de doter la Comédie-Française d’une nouvelle salle modulable, capable d’accueillir des troupes étrangères, qu’il imagine sous la forme d’une « halle ou ancienne usine de type Eiffel ». Il a aussi , rapporte encore Libération, exprimé le souhait que la troupe retourne à Avignon, peut-être avec le Peer Gynt qu’il avait lui-même mis en scène au Grand Palais en 2012.” Dans ses entretiens à la presse, le nouvel administrateur est, en apparence, moins sévère. Face à Armelle Héliot et Etienne Sorin, dans Le Figaro , Eric Ruf rend ainsi hommage à Mayette : « Muriel est courageuse, opiniâtre. Elle a compris immédiatement qu’il fallait une salle modulable pour que la Comédie-Française prenne son plein essor et s’inscrive dans la modernité. Ses projets de développement à la MC93 de Bobigny et à l’Opéra-Bastille n’ont pas abouti, mais elle a entrepris, alerté les tutelles et l’opinion sur cette nécessité. Elle laisse la maison dans une situation florissante : la fréquentation est excellente, la notoriété de la troupe, qu’elle a en très grande partie renouvelée, est forte. Elle a lancé un chantier audiovisuel remarquable, avec cette collection de films, tournés à partir d’une mise en scène et avec les comédiens de la production, par des cinéastes originaux. […] Voilà, entre autres nombreuses actions, quelques-unes dont nous sommes redevables à Muriel Mayette-Holtz.” « La troupe a-t-elle besoin d’être confrontée aux univers de grands metteurs en scène ? » , lui demande tout de même Le Figaro. « Elle l’est et l’a toujours été , répond Eric Ruf. Mais il est vrai que parmi mes ambitions figure le désir de convaincre des artistes qui représentent le renouveau du spectacle vivant de travailler à la Comédie-Française. […] La vérité est que nous n’avons pas le budget pour les attirer, mais je serai comme le sparadrap du capitaine Haddock. » A Fabienne Darge, dans Le Monde , Eric Ruf se fait plus précis : « J’aimerais beaucoup , dit-il, pouvoir faire venir Jean-François Sivadier et Thomas Ostermeier [le directeur de la Schaubühne de Berlin], qui, pour moi, sont emblématiques, chacun dans leur genre, de ce théâtre qui tient ensemble ces deux pôles [un théâtre à la fois spectaculaire et engagé dans le présent]. Je souhaiterais que la maison redevienne celle des maîtres du théâtre français, qu’Alain Françon et Jacques Lassalle puissent y poursuivre leur travail, mais aussi que d’autres, comme Stéphane Braunschweig, Christian Schiaretti [deux candidats malheureux à la direction du Français] ou Jean-Louis Martinelli puissent y revenir ou y être enfin accueillis. Et cela m’intéresserait de trouver une place pour ces chefs de troupe qui renouvellent le théâtre à la tête de leurs collectifs, à l’image de Rodolphe Dana ou de Sylvain Creuzevault. » Mais alors, s’inquiète Le Figaro, Eric Ruf va-t-il continuer à proposer aux comédiens de la troupe de mettre en scène des spectacles, comme l’a fait Mayette, avec des fortunes diverses ? « Cela a été critiqué quand c’est devenu un système, quand la part des metteurs en scène maison excédait ceux de l’extérieur , répond-il. Les metteurs en scène maison ont toujours existé et tant mieux. Celui qui vous bouge le plus, c’est votre partenaire. Cela fait des années qu’il ne comprend pas pourquoi vous n’allez pas vers un autre jeu. Mais cela doit être le fruit d’une élection lente, dont discute le comité de direction. On se demande si tel comédien a un vrai regard, s’il pourrait diriger. On ne fait pas que distribuer des baffes et des bonbons, on réfléchit à la manière de faire évoluer le destin des uns et des autres. Un comédien ne doit pas venir me voir pour me demander pourquoi il n’a pas eu sa mise en scène. […] La grande difficulté pour l’administrateur, c’est qu’il doit avoir un œil tourné vers l’intérieur et un autre vers l’extérieur. Ce strabisme est compliqué ! Je ne suis qu’au début de ma grimace. » Et Muriel Mayette, dans tout ça, que devient-elle ?, s’interroge Le Monde. « Elle redevient comédienne dans la troupe , nous rassure Eric Ruf : elle avait négocié avec le ministère de retrouver ses parts dans la société des comédiens si elle n’était pas renouvelée. Elle n’apparaîtra pas dans la saison qui commence, puisque c’est elle qui l’a programmée, mais, dès la saison suivante, il me reviendra de la distribuer, au même titre que les autres membres de la troupe. » On attendra donc l’année prochaine pour voir si l’ancienne administratrice aura reçu, du sparadrap au strabisme divergent, des baffes, des bonbons, ou une mise en scène, qui sait ?

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