LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Benjamin Millepied, un homme

9 min

« Et le gagnant est… » Benjamin Millepied ! Branle-bas de combat au Palais Garnier. Plus vite que prévu, la nomination du nouveau directeur de la danse de l’Opéra de Paris, qui devait avoir lieu en mars, est tombée , nous annonce Rosita Boisseau dans Le Monde . Star française du New York City Ballet jusqu’en 2011, également chorégraphe, le successeur de Brigitte Lefèvre, qui prendra sa retraite en juillet 2014 après vingt ans passé à la tête de l’institution, arrive de Los Angeles, où il vit avec l’actrice Natalie Portman et leur fils Aleph.”

  • “Ce n’est pas Lifar , analyse Ariane Bavelier dans Le Figaro . Il ne se positionne pas en chorégraphe voulant faire de la compagnie son instrument, mais Benjamin Millepied entre à l’Opéra en artiste. Nouvelle galaxie, nouvelles méthodes, nouveaux objectifs. Il entend faire partager ses choix et ses goûts et, d’abord, celui de la musique. C’est sur ce point particulier qu’il s’est entendu avec Stéphane Lissner (le futur directeur de l’Opéra, à partir de septembre 2015), croit savoir la journaliste. Les plus belles œuvres du XXe siècle ont été créées pour le ballet, les deux hommes parlent ensemble des compositeurs contemporains auxquels ils aimeraient passer commande, des soirées mixtes où l’opéra ferait écho à la danse, de chorégraphes (Sasha Waltz et d’autres) qui mettraient en scène des opéras, de chanteurs qui entreraient dans la danse. Benjamin Millepied parle aussi de favoriser les créations, dont le nombre diminue depuis le départ de Gerard Mortier, afin de permettre aux danseurs de s’exprimer et de s’investir passionnément. « Je voudrais qu’il y ait chaque saison davantage de créations, sans que le budget explose : certaines d’entre elles seront plus légères en décors et en costumes. Je voudrais aussi créer une cellule chorégraphique où les danseurs puissent se frotter à la difficulté de mettre un ballet en scène, travailler avec un orchestre… développer cet art chorégraphique qui existe ici depuis toujours. » Qu’importe si cela coince dans l’emploi du temps souvent déjà démentiel des danseurs : « On modulera les programmes pour permettre à ma vision artistique d’exister, précise Benjamin Millepied. Pourquoi rester forcément sur une programmation en série où toutes les représentations d’un même programme sont données à la suite ? » Il entend aussi faire partager ses goûts, convier des chorégraphes de sa génération, alors que Brigitte Lefèvre, actuelle directrice de la danse, avait privilégié, tant qu’ils étaient actifs, les géants du XXe siècle. Benjamin Millepied veut aussi réunir autour de lui des compositeurs et plasticiens soucieux de mettre l’art chorégraphique au centre de leurs créations. Bref, faire émerger une nouvelle galaxie, à la manière d’un Diaghilev ou d’un Cunningham. Le futur directeur entend aussi faire partager le Ballet de l’Opéra. Emmener les danseurs hors de leurs murs, dans des lieux – des musées par exemple à Paris, d’autres théâtres en région – où on ne l’attend pas. Il a déjà mené cette expérience avec son LA Dance Project. Il a tout appris de l’Amérique , pour la journaliste du Figaro : que rien n’est impossible à qui sait prendre des risques et saisir des occasions. Que l’enthousiasme, l’intelligence et le talent créent des vents plus grisants que le fatalisme français. Et qu’une compagnie, fût-elle classique, doit vivre avec son temps. Une nouvelle page de l’histoire de l’Opéra va s’écrire. Elle s’annonce passionnante. Nicolas Joel et Stéphane Lissner ont réussi le plus joli coup dont une compagnie puisse rêver”* , applaudit pour conclure Ariane Bavelier.

Sauf qu’il ne vous aura pas échappé, Mesdames, que c’est un homme qui remplace une femme, ce qui ne plaira pas à Catherine Anne, Myriam Marzouki, Zabou Breitman, Judith Depaule, Marie Desplechin, Muriel Mayette, Marie NDiaye, Hélène Vincent, mais aussi Daniel Larrieu et Joël Pommerat, parmi les 40 premiers signataires d’une tribune publiée dans Libération et intitulée « Culture : les femmes veulent mieux que des strapontins » . “Depuis quelques mois , écrivent-elles et ils, la question de l’inégalité hommes/femmes dans le monde de la culture a fait l’objet d’une attention médiatique plus grande et le public semble de plus en plus sensible à ce problème. Ceci témoigne d’une prise de conscience accélérée des discriminations de fait dont les femmes sont victimes dans tous les secteurs de la création artistique. Le collectif La Barbe qui s’est invitée sur le plateau du théâtre de l’Odéon lors de la présentation de saison 2012-2013 en juin dernier, a salué la programmation des 14 spectacles à venir : 14 textes écrits par des hommes, 14 spectacles mis en scène par des hommes. Dans le secteur artistique et culturel, l’excellence des jeunes filles et leur forte présence au niveau des recrutements dans les écoles supérieures n’empêchent pas un phénoménal phénomène de « plafond de verre ». Ainsi, pour la direction des établissements subventionnés par l’Etat dans le domaine des arts, du théâtre, de la danse et de la musique, les statistiques sont effarantes : 20% de directrices pour les quatorze établissements publics, autour de 25% pour les centres chorégraphiques et les scènes nationales ou conventionnées. Les centres dramatiques nationaux et régionaux détiennent la palme, avec 8% d’artistes directrices, situation en régression ! Le contexte politique nous permet d’espérer qu’en la matière, le changement soit vraiment pour maintenant… , osent parier les signataires.

Le choix du nouveau président de la République d’un gouvernement paritaire est un acte important prouvant qu’il est possible d’allier volontarisme et recrutements de valeur. Ce combat pour l’égalité des femmes et des hommes dans l’art et la culture est fondamental pour la société tout entière. N’est-il pas inadmissible que les mécanismes de domination masculine se retrouvent dans un secteur de l’activité humaine qui se targue de missions d’émancipation, d’ouverture, de critique, voire de subversion ? Nous revendiquons un monde où les petites filles, autant que les petits garçons, puissent « naturellement » - autrement dit « culturellement » - se rêver chef d’orchestre, écrivaine, metteuse en scène, peintre, plasticienne, cinéaste. Nous revendiquons un monde où les jeunes filles s’engageant dans une carrière artistique ne soient pas majoritairement condamnées à choisir entre les rôles – ô combien gratifiants ? – de muses, obscurs objets du désir, ou précieuses collaboratrices, dévouées et invisibles. Nous souhaitons que disparaisse en France cette anomalie démocratique de la sous-représentation des femmes dans le monde de l’art et la culture.”

Transmis à LA ministre de la Culture et de la Communication…

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......