LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Bientôt fini

5 min

La revue Positif , qui fête ses 60 ans cette année et est passée pour l’occasion tout en couleurs depuis qu’elle est co-éditée par Actes Sud et l’Institut Lumière de Lyon, a mis en couverture de son numéro d’avril une photo de Julie Delpy, tirée de son film 2 Days in New York , où on voit l’actrice-réalisatrice au lit avec Chris Rock en train de regarder… la télévision, sans doute un lapsus de la part de la vénérable revue de cinéma ! On y trouve malgré tout un fructueux dossier sur les complexes relations entre cinéma et opéra, “deux formes de « spectacle total », deux moyens d’expression qui, pour Patrice Chéreau, seraient incompatibles“ . Mais ce qui singularise la revue Positif , mis à part son immémoriale opposition aux Cahiers du Cinéma , c’est son « bloc-notes », sorte de journal du mois écoulé, lieu parfois de règlements de compte et autres saillies. C’est Fabien Baumann qui tient le bloc-notes de ce nouveau numéro, consacré au mois de février. A la date du 1er, il écrit : “Un décret gouvernemental obligera à partir de juillet les postulants à la naturalisation à passer un test d’histoire. Le Figaro de ce matin s’est procuré les questions types. Exemple : « Brigitte Bardot fut : A) Une actrice de cinéma. B) La créatrice d’une maison de couture. C) La première femme championne de boxe. » Quelle comédie piquante on pourrait en tirer ! , s’enthousiasme le critique de Positif . Une jeune Malienne quitte sa famille, traverse la moitié de l’Afrique en camion, puis la Méditerranée au fond d’un container, récure les chiottes de bureaux français, payée au noir ou pas du tout, ose déposer un dossier, enfin repart pour Bamako en charter, menottes aux poignets. Elle ne connaissait pas Bardot, la vilaine ! Dans un genre plus Jean-Pierre Mocky, on imagine aussi le « groupe d’historiens reconnus et d’experts », dixit le quotidien, messieurs très certains de posséder la vraie culture française, en pleine conception du test. « Dites-moi, Jean-Dominique, qu’est-ce qu’on leur met, à nos candidats ethniques, comme fausse réponse pour Bardot ? Prix Nobel de Physique ? – Ecoutez, Henri, je sais, j’exagère, mais pourquoi pas « championne de boxe » ? Ce serait farce, non ? » Bon, allez, bientôt fini, tout ça“ , espère Fabien Baumann en conclusion de sa note du 1er février.

Bientôt fini, peut-être aussi, le système de classification des films aux Etats-Unis, qui, nous apprend Didier Péron dans son « Billet » hebdomadaire des pages cinéma de Libération , “est sous le feu d’une polémique en ce moment grâce, une fois de plus, à la pugnacité bruyante de Harvey Weinstein. Régulièrement en butte aux décisions de la Motion Picture Association of America (la MPAA), le producteur se démène afin de sauver un documentaire qu’il a sorti le 30 mars, intitulé Bully. Réalisé par Lee Hirsch, le film montre le calvaire de quelques enfants qui servent de souffre-douleur à leurs camarades de classe. Partant d’une rencontre avec les parents de Tyler Long, 17 ans, qui a fini par se suicider au terme d’un harcèlement ininterrompu, Hirsch se met à suivre Alex Libby, frêle garçon de 14 ans constamment frappé et insulté par les autres collégiens.

Le comité de classification a jugé une première fois, puis une deuxième en appel, que ce Bully méritait un « R », c’est-à-dire que les moins de 17 ans ne peuvent le voir sans être accompagné d’un adulte. Weinstein assure que cette décision l’empêche de projeter le film dans les écoles, car il faudrait demander une autorisation parentale. Motivation de cette restriction ? La présence du mot fuck à six reprises dans une séquence où un gamin se fait hurler dessus par un de ses sympathiques camarades. L’accent de la censure aux Etats-Unis se porte sur la prévention contre le langage ordurier et la nudité frontale, les actes sexuels simulés et l’ultraviolence, ce dernier aspect étant plutôt considéré avec bienveillance si l’on en juge par les classements dont écopent la plupart des grosses machines hollywoodiennes.

Une pétition a été lancée par Katy Butler, une lycéenne du Michigan elle-même victime de mauvais traitements. Le document a rapidement circulé via médias et réseaux sociaux afin de protester contre l’absurdité évidente de ce label, d’autant que Hunger Games, le blockbuster lancé dans le même temps et qui repose sur une violente compétition entre adolescents, écope quant à lui d’un simple PG-13 (pouvant heurter des enfants de moins de 13 ans, mais sans restriction particulière d’accès aux salles). La pétition n’a cessé depuis de grossir à vue d’œil, avec 300 000 signataires, dont certains célèbres, comme Johnny Depp, Meryl Streep et même Justin Bieber.

Le mode de classification actuel est l’œuvre de Jack Valenti et date de 1968. Les comités siègent au sein de la Classification and Rating Administration et sont composés de membres anonymes qui, contre salaire (médiocre, paraît-il), visionnent tous les films. Ceux-ci sont censés être les représentants des parents moyens, mais un documentaire, en 2006, This Film is Not Yet Rated, avait montré que la plupart étaient âgés et que leurs enfants avaient plus de 20 ans.“

Et si ça se trouve, ils ne savent même pas qui est Brigitte Bardot !

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......