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Blocage infernal

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J’avais abordé il y a deux semaines la polémique sur la convention collective du cinéma, en vous promettant d’y revenir plus longuement, car l’affaire est complexe. “Deux ministres – Aurélie Filippetti, à la Culture, et Michel Sapin, au Travail – dans l’embarras et une profession au bord de la crise de nerfs. C’est un scénario à la Pedro Almodovar qui se joue ces jours-ci sur le front de l’emploi au sein de la grande famille du septième art , estime Bruna Basini dans le Journal du Dimanche. Foin des cachets faramineux des stars du milieu mis en lumière dans la foulée de « l’affaire Depardieu », les acteurs, figurants, techniciens, ouvriers et permanents des maisons de productions, soit quelque 70 000 personnes occupées à fabriquer des longs métrages en France, se déchirent depuis des mois. Pourtant, en début d’année 2012, on croyait voir le bout du tunnel. Après sept années de palabres, le 19 janvier 2012, l’Association des producteurs indépendants (l’API), qui regroupe les majors du secteur (UGC, Pathé, Gaumont et MK2), et tous les syndicats de salariés (à l’exception de la CFDT) signaient un accord collectif, entré en vigueur au mois d’avril. La convention collective du cinéma était née. Las, le texte est aussitôt rejeté par tous les autres producteurs, dits indépendants, et répartis entre trois syndicats (APC, UPF et SPI) soutenus, eux, par la CFDT. Fin décembre, Aurélie Filippetti a fait savoir qu’elle n’était pas opposée à son extension à l’ensemble du secteur. Un coup de semonce pour les indépendants, qui disent produire 95% des films français. Depuis le 10 janvier, ils travaillent à une contre-proposition respectueuse, selon eux, de leur écosystème. « Les effets de la convention API seraient catastrophiques pour l’emploi et la diversité culturelle, résume Marc Missonnier, producteur indépendant du dernier Astérix et président de l’APC. Cela provoquerait une hausse des salaires et des coûts pour les films les plus fragiles, dont les budgets oscillent entre 2,5 et 5 millions d’euros. »« Cela mettrait en péril le tournage de 70 films par an et près de 15 000 emplois, poursuit Djamel Bensalah, le producteur de Neuilly sa mère !.On n’attend pas d’un gouvernement de gauche qu’il nous propose dix-sept Florange. » Les producteurs affiliés à l’API s’en défendent : « Un secteur comme le nôtre ne peut pas fonctionner en laissant le domaine social à l’écart, objecte l’un d’entre eux. Si les indépendants se crispent autant, c’est parce que les grilles de salaires des techniciens et ouvriers risquent de peser plus lourdement sur leurs revenus et ceux des artistes interprètes et metteurs en scène qui se taillent la part du lion. » La pression va monter d’un cran cette semaine , prédit la journaliste du JDD . La « convention des indépendants » [devait] être finalisé [hier]. Ses signataires espèrent que la CFDT, voire FO, y adhérera avant de la soumettre à d’autres signatures. Le 23, [demain], jour de l’ouverture des assises du cinéma sous la houlette du ministère de la Culture, la CGT a appelé ses troupes à se mobiliser pour soutenir la convention API. Enfin, lundi prochain, la commission mixte paritaire rendra son avis sur la demande d’extension de la convention de janvier 2012. « Au fond, les deux textes ne sont pas si éloignés que cela puisque celui de l’API a prévu un régime dérogatoire pour les acteurs fragiles du secteur, mais le conflit est devenu irrationnel, fait remarquer un observateur. Toutefois, les grands groupes ne sont pas sans arrière-pensée : la généralisation de leur convention obligerait de plus en plus d’indépendants à s’adosser à eux, ce qu’ils font déjà, et donc accroître leur marge de choix. » Au ministère de la Culture, comme au ministère du Travail, l’embarras est patent. En off, quelques conseillers techniques parlent de « blocage infernal ». La balle est désormais dans le camp de Michel Sapin, et rien n’indique qu’il s’opposera à l’extension de la convention existante.”

Quant à Aurélie Filippetti, elle s’est expliquée dans l’hebdomadaire corporatif Le Film Français sur ces « assises du cinéma » qui doivent se tenir demain suite à « l’affaire Maraval ». « Elles se dérouleront lors d’une demi-journée (oui, une demi-journée !) sous l’égide du CNC , déclare-t-elle, et sera consacrée à une large discussion sur le financement et la régulation du cinéma français. Elle a vocation à associer le plus de monde possible, dont tous ceux qui se sont exprimés. Car il est frappant de voir le nombre de personnes qui ont pris la parole à cette occasion . »

Le Point cite d’ailleurs des propos beaucoup moins diplomatiques de la ministre sur les nombreux contributeurs à la polémique : « Comme ça, ils vont arrêter de s’invectiver par tribunes de presse interposées , dit-elle selon l’hebdomadaire. Et ils vont aussi s’apercevoir qu’à trop critiquer le système de financement français ils courent au suicide. »

Dans l’entretien au Film Français, ça donne : « Le but est de pouvoir discuter des éventuels dysfonctionnements, mais en préservant l’essentiel. A savoir, d’abord, la reconnaissance de la réussite du système de cinéma en France, envié par de nombreux pays, avec des succès, des bons résultats, y compris en 2012. Dire que ce qui a pu être exprimé au sujet de certains cachets, leur éventuelle hypertrophie, ne concerne pas l’argent public. Ce n’est pas le système de financement qui est en cause, mais un certain nombre de comportements et certains effets collatéraux qui appellent parfois des réglages. Cet échange sera utile pour faire de la pédagogie, parce que le cinéma reçoit régulièrement des attaques qui m’affligent , se désole la ministre de la Culture. […] Nous arrivons à la fin d’une période budgétaire qui a été difficile, tendue. J’ai dû beaucoup me battre , assure-t-elle, pour améliorer certains mécanismes, en préserver d’autres face aux critiques émanant de personnes soit mal informées, soit qui n’étaient pas dans la logique de l’exception culturelle. Je trouve dommage que certains professionnels apportent de l’eau à leur moulin. Mais nous n’avons rien à cacher, il n’y a rien dont nous devons avoir honte, au contraire. » Preuve de cette volonté de transparence, Aurélie Filippetti annonce, toujours dans son entretien du Film Français , avoir « demandé au CNC d’engager une étude sur la rentabilité des films, sur tout leur cycle de vie : salle, DVD, VàD, réseaux hertziens. » Elle « précise d’emblée que cette étude ne consiste pas à lui demander de n’intervenir que sur des œuvres qui seraient considérées en amont comme rentables. L’objectif est simplement d’obtenir une analyse étayée de la vie économique des films, afin de mettre un terme à certaines vaines polémiques, à partir d’éléments incontestables. »

Prophétie ou vœu pieux, on le saura demain…

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