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Bonheurs et malheurs des écrivain(e)s

7 min

On commence en félicitant Carole Martinez. L’auteur du Domaine des murmures , qui lui avait valu l’an dernier le prix Goncourt des lycéens, “vient en effet de passer avec succès le concours d’entrée à la Femis, qui dispense des cours de scénarisation dans le cadre de sa formation continue , apprend-on dans L’Express . Son but ? Scénariser Le Cœur cousu, son premier roman, publié chez Gallimard en 2007. Une belle « revanche » pour la jeune femme, qui avait essayé à plusieurs reprises d’entrer à l’IDHEC, l’ancêtre de la Femis.“

Heureuse aussi, la jusqu’alors inconnue E.L. James, auteure du livre « qui fait le buzz » aux Etats-Unis, nous racontent Le Figaro et Le Parisien . “Ce roman érotique, uniquement disponible sur Internet, est en tête des best-sellers e-books du New York Times, et en troisième meilleure vente sur le site Amazon. Avec plus de 250 000 exemplaires vendus depuis début mars, ce premier roman d’une auteure anglaise, 50 Shades of Grey (« 50 nuances de gris »), est un phénomène, n’en déplaise au New York Times qui l’a qualifié de « porno pour mamans ». Car ce sont les mères de famille, émoustillées par son caractère érotico-SM, qui le plébiscitent. La liaison sulfureuse de son héroïne, Anastasia, étudiante de 21 ans, avec son « maître », Christian Grey, multimillionnaire branché cuir, menottes et fouet, aurait un effet revigorant sur la libido de ces dames. « Je me sens sexy grâce à ce livre et mon mari ne s’en plaint pas », affirme Maddie Loefgren, 37 ans, employée de banque californienne. Facteur déterminant de cet engouement : le téléchargement pour lecteur e-book, qui permet de lire discrètement, même en public, ce néo-Harlequin salé. « C’est le premier ouvrage de ce genre que certaines lectrices ont osé acheter », confirme Edward Nawotka, spécialiste de l’édition. La popularité de ce premier opus d’une trilogie, publié par un petit éditeur australien, s’est répandue sur les blogs féminins et réseaux sociaux. Mariée et mère de deux enfants, E.L. James s’est inspirée de Twilight et de la relation ombrageuse d’Edward et de Bella pour créer ses personnages et leurs galipettes classées X. Flairant la bonne affaire, plusieurs maisons d’éditions traditionnelles se sont arraché les droits d’auteur dans une furieuse guerre aux enchères. Le chiffre d’un million de dollars d’avance sur les ventes circule. Le roman sortira chez Random House dans les semaines à venir, avec un tirage à 750 000 exemplaires. Et les plus grands studios hollywoodiens redoublent de surenchères pour décrocher le droit de porter les amours tordues de Christian et d’Ana au cinéma.“ Carole Martinez pourra toujours leur donner des conseils d’adaptation…

Beaucoup moins heureux, “l’écrivain hongrois d’origine juive Akos Kertész, qui, à 80 ans, demande l’asile politique au Canada , a-t-on pu lire dans Libération . « Il est parti au Canada le 29 février et a demandé l’asile politique auprès des autorités canadiennes », indique un communiqué du service de presse du lauréat du prestigieux prix Kossuth. « Je n’ai pas pris ma décision contre la Hongrie et le peuple hongrois, mais contre le pouvoir actuel, j’espère pouvoir retourner dans une Hongrie humaine et démocratique », déclare l’écrivain, cité dans ce communiqué. Après parution en août d’un article très critique dans Népszava, un journal hongrois publié aux Etats-Unis, une cabale avait été menée contre lui, par la mairie de Budapest et au sein du gouvernement et du Parlement, qui a privé l’écrivain de son titre de « citoyen d’honneur de Budapest ».“

Un écrivain qui n’a sans doute rien à redire à la politique nationaliste du gouvernement hongrois actuel, bien au contraire, c’est Renaud Camus, qui, nous apprend Le Figaro , faute de pouvoir se présenter aux présidentielles, appelle à voter Marine Le Pen. Un soutien sous conditions, toutefois, comme « la nécessité urgente de mettre un terme au Grand Remplacement du peuple français par d’autres peuples » , le droit de nos concitoyens à « une éducation réformée » et une « culture authentique, en conformité avec les traditions de l’humanisme européen » ou « l’impérieux besoin d’une défense résolue de la langue française » .

Renaud Camus pourrait de fait s’associer à l’écrivain Mikael Korvin. « Un appel à sauver la langue française. » C’est modestement que Mikael Korvin a en effet ainsi présenté sa candidature dans une lettre adressée à l’Académie française jeudi de la semaine dernière , écrit Sarah Bosquet dans Libération . Une candidature en forme de provocation : une semaine auparavant, le publicitaire et romancier n’avait pas hésité à tacler Erik Orsenna (auteur chez Stock de La révolte des accents et de La grammaire est une chanson douce). Dans une vidéo tournée aux Puces de Saint-Ouen, il apostrophe l’académicien : « Erik Orsenna dictateur de la grammaire, regarde tu tues le français, tu l’enfermes ! […] Plus personne le parle à cause des gens comme toi ! » Le rappeur Morsay (rendu célèbre par ses frasques sur le Net et par sa chanson J’ai 40 meufs) l’accompagne en insultant Orsenna et en le menaçant de mort et de viol, une arme à la main : « Mikael Korvin, ça c’est de l’art ! » Fameux , estime la journaliste de Libération . En quoi consiste donc le combat de Korvin ? Rien de moins qu’une « reconquête du monde » qui passerait par la simplification de l’orthographe française. Suppression des accents, des majuscules et des doubles consonnes, entre autres. Réel coup de gueule ou coup de pub pour son livre paru chez Books on Demand ?

Rien de très novateur en tout cas dans la bataille de Korvin : en septembre 2009, le journaliste et écrivain François de Closets avait déjà déclenché la polémique au moment de la publication de Zéro faute, un essai sur l’histoire de la langue française. De Closets y dénonçait une crise de l’orthographe et suggérait une grande réforme, impulsée notamment par… la suppression des accents et des doubles consonnes. Au XVIe siècle, Louis Meigret, inventeur de la première grammaire, proposait déjà de favoriser une orthographe plus phonétique. Mais alors que les académiciens dissertent sur la pertinence d’une simplification de la langue, nombre d’enseignants pointent une autre urgence : la lutte contre les inégalités dans l’apprentissage de la lecture.“

C’était encore un épisode de la guerre des nerfs circonflexes et des accents du même nom !

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