LE DIRECT

Bourdes

5 min

Il sera question ce soir de quelques bourdes, histoire d’égayer cette première revue de presse dans le domaine très sérieux des arts plastiques. La première bourde est ancienne, elle date de près d’un demi-siècle. On a appris en effet dans Libération que, “victime d’un mauvais référencement en 1963, un chef-d’œuvre de Pablo Picasso a été redécouvert dans les tréfonds de la réserve du musée d’Evansville, dans l’Indiana aux Etats-Unis. L’œuvre, Femme assise au chapeau rouge, avait en effet été attribuée à un artiste fictif nommé « Gemmaux ». En réalité, il s’agit du pluriel de gemmail : une technique de superposition de fragments de verre, employée par le peintre espagnol. Cette trouvaille va être mise en vente, le musée n’ayant pas les moyens financiers suffisants d’assurer sa protection et sa conservation.”

C’est encore le manque de moyens financiers qui est à l’origine de la deuxième bourde de ce soir, lit-on dans une brève du Figaro . “Pour faire des économies de coursiers et d’assurances, la galerie d’art norvégienne Soli Brug a envoyé par simple pli postal une gravure de Rembrandt évaluée entre 5 400 et 6 800 euros. Elle n’est jamais arrivée à destination. La poste dédommagera cette perte à hauteur de 1 000 euros.”

Mais la bourde des bourdes, c’est cette histoire qui consterne une moitié de l’Espagne et fait se gondoler l’autre. Près de Saragosse, une vieille femme s’est mis en tête de restaurer un tableau. Résultat : un massacre… “Et pourtant… , raconte le correspondant à Madrid du Figaro , Mathieu de Taillac. « Cela partait d’une bonne intention », dit-on à la mairie de Borja, une petite ville espagnole de 5 000 habitants, située à 60 kilomètres de Saragosse. Hélas, au lieu d’une restauration, la peinture du XIXe siècle a subi un massacre. A la place d’ Ecce Homo, Christ couronné d’épines, œuvre du peintre local Elias Garcia Martinez, les fidèles du sanctuaire de la Miséricorde observent désormais… un gribouillis. La chevelure et la barbe de Jésus sont devenues une espèce de cagoule marron. Le regard contemplatif s’est mué en deux yeux monocolores. Et la bouche a tout bonnement disparu au milieu d’une tache de peinture censée représenter les lèvres et le menton de ce Christ.

Cecilia Gimenez croyait bien faire. L’octogénaire n’a rien demandé à personne, et, assure-t-elle aujourd’hui à la télévision espagnole, « le prêtre savait » ce qu’elle faisait et « tout le monde qui venait dans l’église me voyait peindre ». L’artiste en herbe a pourtant fini par se rendre compte que son talent n’égalerait pas celui d’Elias Garcia Martinez. Elle a alors prévenu la mairie. « Malheureusement, il était déjà trop tard », a indiqué au journal régional El Heraldo de Aragon l’adjoint au maire en charge de la culture, Juan Maria Ojeda.

Les mésaventures de l’ Ecce Homo font parler – et s’esclaffer – l’Espagne tout entière, et au-delà. Le Centre d’études de Borja a été le premier à rendre compte de cet « acte inqualifiable », tel qu’il le définit sur son site Internet. L’institution, depuis, semble dépassée par l’événement. « Depuis que l’Heraldo de Aragon a publié l’information (…), les appels téléphoniques n’ont pas cessé et ce blog a reçu plus de 40 000 visites », s’étonne le centre. Ce tableau n’était pas un chef-d’œuvre, ni son auteur un grand maître. Son Christ était probablement inspiré d’une peinture de Guido Reni et d’une gravure de William Trench, précisent les spécialistes locaux. Mais l’essentiel est ailleurs.

La famille de l’artiste est encore attachée à Borja, où leur aïeul venait passer les vacances, et attribue à son œuvre une valeur sentimentale. Elle demande que la facture de la véritable restauration soit envoyée à la restauratrice improvisée. Sauf qu’on ignore encore si les dégâts sont réversibles ou non. Lundi, des restaurateurs, professionnels cette fois, [devaient ausculter] le tableau afin de déterminer si la gaffe de l’octogénaire peut encore être réparée. En attendant, l’œuvre a reçu un soutien inattendu avec le lancement d’une pétition pour conserver le tableau tel qu’il est.”

D’autant que le barbouillage est en passe de devenir une manne touristique pour la bourgade aragonaise, nous apprend Libération . “Des centaines de curieux se sont déplacés samedi dans la petite ville espagnole pour admirer le portrait du Christ défiguré par l’octogénaire. La télévision publique montrait une longue file d’attente pour s’approcher de l’œuvre, peinte sur une colonne de l’église et désormais protégée par un cordon de sécurité. « La dame aurait pu se décider à le faire avant ! », s’amusait une visiteuse, soulignant que la commune, qui organisait samedi sa fête patronale, « va devenir célèbre » grâce à elle. Micro à la main, l’un des organisateurs de la fête a d’ailleurs tenu à « soutenir celle qui a fait que la ville soit connue partout dans le monde. » Et samedi, 18 000 personnes avaient signé la pétition contre le projet de la ville de restaurer la peinture, expliquant que l’intervention de l’« artiste » « est un reflet intelligent de la situation politique et sociale de notre temps ».”

Rappelons, mais nous aurons l’occasion d’y revenir, que le gouvernement du conservateur Mariano Rajoy a annoncé à la mi-août qu’à compter du 1er septembre, il fera passer la TVA sur les produits culturels de 8 à 21%, le taux le plus haut de l’Union européenne. De quoi brouiller toutes les images…

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......