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Ça s'en va et ça revient

5 min

La sortie hier du Cloclo de Florent-Emilio Siri a été l’occasion pour les journaux et magazines de revenir sur le phénomène Claude François, sous des angles assez divers. Sous le titre « Claude François, vie hystérique » , en référence au Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar, Marianne a raconté le calvaire enduré par les proches du chanteur : femmes, petites amies, Clodettes et autres poulains lancés par lui comme Patrick Topaloff ou Alain Chamfort. Le Figaro a titré « Cloclo, une affaire de famille », et s’est donc intéressé dans un souci patrimonial à la gestion, avec plus ou moins de bonheur, de l’héritage par ses deux fils, d’ailleurs coproducteurs du film. Le Journal du Dimanche a quant à lui retracé la carrière posthume du chanteur électrocuté dans sa baignoire le 11 mars 1978. “Il mène une carrière post mortem exemplaire , écrit Eric Mandel. Trente-quatre ans après sa disparition, à l’âge de 39 ans, les disques de Claude François continuent à se vendre. « Les chiffres ont souvent été gonflés pour des raisons marketing, tempère Jean-Pierre Pasqualini, rédacteur en chef du magazine Platine. Mais il appartient au petit cercle des gros vendeurs posthumes, à l’instar de Dalida et Joe Dassin. » De son vivant, Cloclo avait écoulé, en à peine seize ans de carrière, 20 millions de disques. Depuis sa mort, il a collectionné une vingtaine de Disques d’or. Certains chiffres fantaisistes parlent de 27 millions d’albums vendus. Le score avoisinerait plus sérieusement les 6 millions. Une performance, néanmoins, dont rêvent la plupart des artistes français vivants. Pour autant, sa seconde carrière ne ressemble en rien à un long fleuve tranquille. Passé l’émotion de sa disparition brutale, la popularité de Claude François va connaître un trou noir d’une décennie. Dans les années 1980, une génération de chanteurs prend le pouvoir : Jean-Jacques Goldman, Michel Berger, Daniel Balavoine… « Claude François était totalement ringardisé, et encore, le mot est faible », souligne Bertrand Dicale, critique musical à France Info. La réhabilitation arrive à la fin des années 1980, avec le retour d’une variété plus « sophistiquée » (Mylène Farmer, Jeanne Mas). Mais la nostalgie n’est pas le seul facteur du retour en grâce de Cloclo, qui aura personnifié la France giscardienne et les années paillettes des émissions de Maritie et Gilbert Carpentier. « On a commencé à regarder ses qualités, souligne Bertrand Dicale. Son flair musical pour s’approprier les musiques noires [soul et disco] , son sens unique du rythme et ses chorégraphies colorées et sexy. » Depuis, ses deux fils ont pour objectif de gérer le culte de la personnalité initié par la star de son vivant. Une photothèque considérable fournit en images inédites les magazines (il a fait près de 200 couvertures depuis 1978). Chaque anniversaire s’accompagne d’un tombereau de disques : best-of, remixes pour les discothèques, inédits, DVD et la publication de livres qui explorent le mythe, même dans ses aspects les moins glorieux (tyrannie, infidélités, groupies…) Pour autant, le succès n’est jamais acquis. En 2003, la comédie musicale Belle, Belle, Belle fut un bide retentissant. Tout comme l’album hommage par la jeune scène française (à peine 1 000 disques écoulés). De fait, le dernier Disque d’or de Cloclo remonte à 1998. Le filon semble épuisé… Même si le biopic, un an avant la célébration du 35e anniversaire de sa disparition, pourrait bien relancer la Cloclomania.“

Et justement, L’Express est allé à la rencontre de Cloclomaniaques, dont la plupart n’étaient même pas nés le jour funeste de l’ampoule défaillante. “On ne se méfie jamais assez [non de l’électricité quand on a les pieds dans l’eau, mais] de ces cassettes vaguement poussiéreuses qui trainent près de la chaîne hi-fi. On devrait , nous préviennent les journalistes du magazine, Natacha Czerwinski et Géraldine Catalano. Prenez le père de Julien Durou : un homme féru de chansons à texte, passionné de Brassens, qui, un matin, s’est découvert un fils fan de Claude François. Tout ça parce qu’il n’avait pas correctement rangé ses vieilles affaires. « Quand j’ai trouvé cet enregistrement, j’avais à peine 10 ans, se souvient Julien, qui en a aujourd’hui 26. Je ne savais même pas que c’était un chanteur décédé ! » Il aura suffi de ce simple coup de cœur sonore pour que la vie du jeune garçon bascule : il commence par accumuler les CD, puis arpente les brocantes, visionne et revisionne les reportages sur la star yé-yé – « Il y en a trois que j’ai dû voir 50 fois » –, répète jusqu’à la perfection la chorégraphie de Chanson populaire. Et même pire. « Quand j’étais en école d’ingénieurs, à Paris, j’ai visité à trois reprises le moulin de Dannemois, l’ancienne demeure de Claude François. Quand je pense qu’en deux ans je ne suis même pas allé à Montmartre… » Forcément, à une époque où la mode était aux boys et girls bands, la passion de Julien avait de quoi surprendre. Mais l’Agenais a toujours assumé. « Certains de mes amis me disaient : “C’est un chanteur de vieux !“ Mais moi je n’ai jamais eu l’impression que cette musique n’était pas actuelle. D’ailleurs, elle passe tout le temps en boîte de nuit, et tout le monde connaît les chansonspar cœur ! » […] Pris entre nostalgie d’un âge d’or fantasmé, frénésie de musiques festives et fascination pour un personnage tout à la fois attachant et détestable, les moins de 30 ans renouent sans complexe avec la folie Claude François , constatent les signataires de l’article. Pour elles, les nouvelles technologies ont révolutionné la « groupie attitude » en multipliant les supports, en facilitant l’accès aux sources – sur le site de l’INA, 200 vidéos Cloclo sont ainsi consultables – et les modalités d’échanges (blogs, forums, sites d’enchères). [En outre], si Internet a modifié le rapport au passé, il a également bousculé les échelles de valeurs. « Via les réseaux sociaux, les jeunes générations évoluent dans des univers très variés, explique Angèle Christin, doctorante en sociologie à Princeton et à l’Ehess. Pour être à l’aise partout, elles doivent être capables de parler aussi bien de musique classique que de rap ou de reggae. Les profils rigides ne sont plus valorisés. Au contraire, être “omnivore“ permet de montrer qu’on a une appréhension diversifiée de l’art. »

En bref, adeptes de réseaux sociaux et autres twitteurs, si vous voulez avoir l’air jeune 2.0, il va falloir aimer, aussi, Cloclo et sa musique, malheureux que vous êtes !

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