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Cadeaux embarassants

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“Stéphane Martin, le président du Musée du quai Branly qui, dans quelques semaines, sera candidat à sa propre succession, poursuit sa politique d’expositions événements. Selon les informations du mensuel L’œil, après une exposition en 2015 autour de Francisco Pizarro et le Pérou, célèbre conquistador espagnol qui a fait trembler l’empire inca, le musée programmera une exposition hommage à son président fondateur : « Jacques Chirac et les arts lointains », dont Jean-Jacques Aillagon sera le commissaire.” Comme un témoignage de l’époque où des politiques éclairés aimaient la culture, ce qui n’est plus toujours le cas, en particulier sur le plan local. “Au lendemain des élections municipales, c’est la douche froide pour nombre d’institutions et de projets culturels , notent ainsi Mathieu Dejean et Claire Moulène dans Les Inrockuptibles. Les coupes budgétaires qui touchent le monde de la culture, le populisme ordinaire et la méconnaissance des nouveaux édiles constituent un cocktail explosif qui mine un milieu artistique relégué au dernier rang de leurs priorités. […] Pour les élus locaux , expliquent Les Inrockuptibles, outre parfois un certain mépris, la culture se réduit souvent à un outil de communication et de mise en valeur du territoire, dans une logique économiquement intéressée, sans que des investissements à long terme ne soient consentis en retour. […] A Maubeuge, où un projet d’implantation à trois ou quatre ans du « Centre Pompidou provisoire » devait voir le jour en 2015, on s’étonne, dans cette logique de visibilité, du peu de réactivité de la nouvelle municipalité de droite. « Le projet n’est pas enterré, précise Didier Fusillier, directeur de la scène nationale Le Manège, mais le temps est compté. Mons, capitale européenne de la culture, dont Maubeuge est partenaire en 2015, [devait annoncer] son programme officiel le 24 mai. On ne [pouvait] pas rater cette occasion. » Et elle est belle, en effet, pour la ville de Maubeuge et son agglomération, qui compte 200 000 habitants. En terme d’accès à la culture comme de retombées économiques (il suffit pour s’en convaincre de voir les chiffres impressionnants du Centre Pompidou Metz), une telle initiative donnerait sans conteste un coup de fouet à la région. Véritable secret de polichinelle (du côté du Centre Pompidou, « on ne souhaite pas communiquer sur la question pour l’instant »), ce « Centre Pompidou provisoire » qui s’inscrit dans la lignée de la tentative (abandonnée) du Centre Pompidou mobile mais en version « durable » et moins coûteuse, est dans les tuyaux depuis deux ans. C’est le maire PS sortant, Rémi Pauvros, qui l’a révélé au grand jour. « Les architectes et les entreprises ont déjà été contactés, le lieu, une ancienne caserne militaire, a été choisi. Aujourd’hui nous sommes avec un maire UMP dont nous ne savons pas s’il est pour ou contre, un nouveau président d’agglo, de gauche, et il leur reste quelques jours pour se prononcer », s’inquiète Didier Fusillier qui multiplie les rendez-vous pour tenter de faire avancer le dossier.” L’article des Inrockuptibles date du 21 mai. Mais vendredi, aussi bien La Voix du Nord que La Libre Belgique estimait encore incertaine l’arrivée à Maubeuge du Centre Pompidou. A suivre…

Un qui n’est pas pressé non plus de voir arriver une prestigieuse collection, c’est le musée des Beaux-Arts de Berne. Rappel des faits : le 7 mai, on lit dans Libération que “le presque octogénaire allemand Cornelius Gurlitt, chez qui avaient été retrouvés plus de 1 200 œuvres d’art – décrochées des musées par son père marchand d’art ou volées à des Juifs sous le IIIe Reich – est mort [deux jours avant] à l’hôpital de Munich.” “Il ne laisse pas d’héritiers connus a priori. Contactés par Le Figaro, ses avocats demeurent prudents « A la justice d’enquêter pour savoir s’il y a un testament valable ou un contrat d’héritage », disent-ils. […] Quant aux historiens de l’art, ils ne rêvent que d’une chose : exposer enfin au grand jour la fabuleuse collection.” Un coup de théâtre va peut-être réaliser ce rêve : “le Musée des Beaux-Arts de Berne , raconte Isabelle Spicer dans Le Journal des Arts, a révélé dès le 7 mai être le légataire universel des biens du collectionneur allemand, soit les œuvres saisies à Munich, d’autres œuvres découvertes à Salzbourg, ainsi que des biens immobiliers et un compte en banque bien garni. La direction du musée a déclaré avoir été surprise par cette nouvelle, Gurlitt n’ayant eu aucun contact avec le musée. Dès lors, comment expliquer cette surprenante décision ? La galerie Kornfeld de Berne a-t-elle joué un rôle dans ce choix ? Cornelius Gurlitt avait été intercepté avec une grosse somme en liquide, fin 2010, par les douanes allemandes à l’occasion d’un aller-retour en Suisse, ce qui avait déclenché l’affaire. Il avait déclaré revenir de Berne, où il avait fait affaire avec la galerie Kornfeld. En novembre dernier, la galerie Kornfeld avait cependant démenti et déclaré ne plus avoir de contact avec Gurlitt depuis 1990. Elle avait toutefois reconnu avoir écoulé avant cette date plusieurs œuvres pour le compte de Cornelius Gurlitt, dont certaines d’art dégénéré, dont le commerce est encore légal à ce jour. […] Le musée acceptera-t-il cet héritage encombrant, cadeau empoisonné s’il en est, qui lui « pose toute une série de questions épineuses, notamment de nature juridique et éthique » ? Il dispose d’un délai de six mois pour prendre sa décision. […] Le directeur du musée, Matthias Frehner, a cependant précisé que la fondation se conformerait aux principes [de la Déclaration de Washington sur la restitution des biens spoliés] et restituerait les œuvres spoliées, tout en ajoutant que la recherche sur la provenance devait être faite en Allemagne, car le musée n’a ni le personnel ni les moyens pour l’assurer. […] Le ministère de la Justice de Bavière , nous apprend encore Le Journal des Arts , passera la collection Gurlitt au crible de la loi de protection des biens culturels allemands. Certaines œuvres pourraient être incluses sur la liste des trésors nationaux allemands, ce qui interdirait l’exportation de celles-ci vers la Suisse. La collection pourrait ainsi se réduire comme une peau de chagrin.” On comprend que le musée ne soit pas très motivé…

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