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Ceci n'est pas un livre

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Pour la Cour de justice de l'Union européenne, les e-books ne sont pas des livres, et seront donc plus taxés. Autant acheter des livres papiers, donc, à condition que les librairies restent ouvertes, au contraire de La Hune...

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Ceci n'est pas un livre, ou peut-être que si
“Les lect eurs de livres électroniques doivent redouter une hausse de leur facture dans les prochaines semaines , préviennent Renaud Honoré et Grégoire Poussielgue dans Les Echos. La France a perdu [le 5 mars] la bataille qu'elle menait depuis près de trois ans contre la Commission européenne au sujet du taux de TVA réduit sur l'e-book. Depuis 2012, ce dernier est en effet taxé à 5,5 %, comme son grand frère, le livre papier. Mais c'est illégal, a tranché la Cour de justice de l'Union européenne. « Le taux réduit de TVA est applicable à l'opération qui consiste à fournir un livre se trouvant sur un support physique », explique la Cour. L'e-book, assimilable à un service numérique, ne peut donc en bénéficier et doit être taxé au taux normal, à 20 %, selon les règles de la directive TVA. Cette distinction entre livre papier et livre numérique peut paraître ubuesque , relèvent Les Echos. […] Cette perspective est [en tout cas] accueillie avec colère par certains acteurs de l'e-book en France, comme la FNAC. « Cela constitue un frein supplémentaire au développement du livre numérique, qui est encore marginal. C'est aussi une incitation au téléchargement illégal », déclare un porte-parole de l'enseigne.”

Menottes numériques Hasard du calendrier – ou pas du tout –, relève Camille Gévaudan dans Libération, le Syndicat national de l’édition a lancé [le 3 mars] une campagne en ligne plaidant pour l’alignement des TVA papier et numérique au niveau européen. […] That is not a book , s’appelle la campagne en VO. Soit, par chez nous, Un livre est un livre. Espérant gagner ainsi le soutien du grand public, le syndicat mise sur l’humour en mettant en scène un professeur en blouse blanche, charger de distinguer les « livres » (papier ou numériques) des autres objets (grenouille, microscope…), et appelle les internautes à prendre leurs propres photos pour harceler la Commission européenne sur Twitter. Mais certains ne sont pas tout à fait d'accord avec cette vision simpliste... Selon l'April, association qui milite en France pour le logiciel libre, le SNE « occulte totalement la question des DRM, "menottes numériques" qui réduisent grandement les droits des lecteurs et font qu’un livre électronique n’est pas équivalent à un livre imprimé. » Une grande partie des e-books vendus aujourd'hui en France comportent en effet des mesures techniques empêchant leur lecteurs de les prêter ou de les lire sur n'importe quel appareil. Le délégué général de l'April Frédéric Couchet ne trouverait donc « pas logique d’accaparer de nouveaux droits sur le lectorat avec les DRM et d’ensuite revenir prétendre que cela doit être traité identiquement » aux livres papiers.”

Saint-Germain-des-Prés est-il toujours le haut lieu de la littérature à Paris ? Bref, le mieux reste encore d’acheter un bon vieux livre en papier dans une bonne vieille librairie. Encore faut-il en trouver une qui reste ouverte. “La Hune, célèbre librairie de Saint-Germain-des-Prés, à Paris, fondée au sortir de la guerre par des intellectuels résistants, anciens étudiants de Gaston Bachelard à la Sorbonne, fermera courant 2015 , annonce ainsi Sabine Audrerie dans La Croix. Un comité d’entreprise extraordinaire en a informé ses salariés le 13 février. Ils devraient être reclassés dans une des deux autres librairies du groupe Flammarion (Centre Pompidou, Paris et Metz), propriétaire de La Hune depuis 1976 et désormais partie du groupe Madrigall, né du rachat par Gallimard en 2012. Le chiffre d’affaires a en effet baissé de 35 % depuis 2009. En mai 2012, La Hune avait été transférée au 18 rue de l’Abbaye, ancienne adresse de la librairie Le Divan, remplacée en 1996 par une boutique Dior. Les anciens locaux du 170 boulevard Saint-Germain étaient, eux, loués à Louis Vuitton. Nouveau signal d’une gentrification du quartier, qui explique en partie l’extinction du mythe littéraire. Saint-Germain-des-Prés est encore arpenté par les touristes, qui remontent la rue Bonaparte pour se rendre chez Ladurée, mais est-il toujours le haut lieu de la littérature à Paris ? […] La librairie L’Écume des pages, située au 174 boulevard Saint-Germain, ex-meilleure ennemie de La Hune, tient désormais seule le flambeau d’une politique de fond et d’accueil. Pourtant, personne ne s’y réjouit de la mort de l’alter ego : « Autrefois, les clients sortant du café de Flore se répartissaient entre nous, et on se les envoyait selon leurs besoins, témoigne le directeur adjoint Guillaume Le Douarin, mais ils n’ont peut-être pas poussé jusqu’à la rue de l’Abbaye après le déménagement. Cette fermeture est pour nous un grand coup. La tradition du quartier était d’avoir plusieurs librairies. Cela risque de le reconfigurer. »

« Si même la maison Gallimard ferme des librairies, qui va en ouvrir ? » « Peu à peu, L’Écume des pages est devenue La Hune, tandis que cette dernière se banalisait », sourit amèrement un professionnel du livre, sans toutefois, comme beaucoup d’autres, accepter d’être nommé. La vente et la fermeture de La Hune semblent un sujet brûlant autant qu’un coup dur, et étonnent de la part d’Antoine Gallimard, fervent défenseur du secteur de la librairie, qui vient de racheter Le Hall du livre à Nancy. « S’il n’a pas gardé La Hune, c’est qu’il ne pouvait pas faire autrement », concède un autre observateur.” “ « Honteux » : tel est , rapporté par Philippe Baverel dans Le Parisien, l’adjectif qui revient le plus souvent dans la bouche des clients lorsqu’ils apprennent la nouvelle. « Si même la maison Gallimard ferme des librairies, qui va en ouvrir ? », feignait de s’interroger [mi-février] l’écrivain Frédéric Beigbeder. […] D’après la rumeur germanopratine, le fonds de commerce devrait être repris par Yellow Corner, chaîne de vente de photographies bon marché tirées en grand nombre.” Qui, elles, pas de confusion possible, ne sont pas des livres…

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