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César 2015 : garanti sans prise de tête

5 min

N'en déplaise aux grincheux, les César 2015 font la part belle aux comédies grand public. La 87e sélection des Oscars fait beaucoup moins rire l'Amérique noire...

«La famille Bélier», comédie nommée 6 fois aux Cesars 2015
«La famille Bélier», comédie nommée 6 fois aux Cesars 2015

“Le cinéma va bien , se réjouit Thierry Borsa dans Le Parisien. Et les films français ont un succès fou. Comme si le pays avait besoin de cette évasion que lui offre le 7e art pour oublier les soucis du quotidien. Et le choix des nommés pour la cérémonie 2015 des Césars confirme cette bonne santé du cinéma made in France , estime le directeur de la rédaction du quotidien : au programme, pas de productions élitistes où la prise de tête intellectuelle vole la vedette au plaisir du spectacle, mais des films vivants, distrayants, esthétiques qui ont déjà séduit le grand public.” Et pourtant, un film garanti sans « prise de tête intellectuelle » , LE succès français de l’an dernier, n’a eu aucune nomination, ce qui a agacé quelques thuriféraires de la comédie populaire à succès. La gauche cinéphile s'est fait voler son fonds de commerce avec l'assentiment des Français. Elle n'ose pas le dire trop fort de peur de passer pour la mauvaise perdante qu'elle est, alors, elle s'est vengée dans le secret des votes aux Césars... , vitupère ainsi Jérôme Béglé sur le site Internet du Point. « Puisque le grand public a aimé, eh bien, on détestera ! Puisqu'il fait du film l'un des plus grands succès du cinéma français de l'après-guerre, eh bien, on le privera de toute récompense », ruminent les jaloux nantis d'un droit de vote à l'Académie des Césars. Puisque le bouche-à-oreille (et même souvent les critiques) est presque unanime, il est temps de lâcher les bombes à fragmentation qui rayent de la carte une ville ou un long-métrage : Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?(puisque, vous l’aurez deviné, c’est de lui qu’il s’agit) serait donc raciste, néocolonialiste, pétainiste, bête et banaliserait les pires courants qui traversent notre société... Voilà comment la comédie qui a fait courir les spectateurs l'année dernière, a sauvé le résultat d'exploitation de bien des salles de cinéma, a permis avec ses plantureuses recettes de financer des œuvres que personne n'ira voir et a fait la renommée de notre septième art à l'exportation se voit privée de Césars.

Les Césars 2015 ne manquent pas d'humour Mais qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu pour avoir des professionnels du cinéma arrosés de subventions, choyés par des statuts dérogatoires et abreuvés de dégrèvements fiscaux ou de cachets de vedettes américaines aussi obtus et méprisants pour celui qui les fait vivre : le public ?” , se lamente encore le polémiste du Point. Pas sûr que la controverse emballe les foules, d’autant que, comme le relèvent François Aubel et Etienne Sorin dans Le Figaro , “d'autres comédies [ont eu] les faveurs de l'Académie du cinéma français. La liste des nominés […] fait la part belle au rire. La Famille Bélier, qui vient de dépasser [la semaine dernière] la barre des 5 millions de spectateurs, enregistre ainsi six nominations. […] Autre comédie, mais sans sourd et muet, Les Combattants de Thomas Cailley, nominé comme meilleur réalisateur, se distinguent en concourant à la fois dans la catégorie du meilleur film et du meilleur premier film.” Bref, comme le titre l’article du Figaro , n’en déplaise aux mécontents, « les César 2015 ne manquent pas d’humour ».

« Des Oscars tellement blancs qu'on a remis ses chaînes à Django » Aux Etats-Unis, en revanche, il en est que la 87e sélection pour les Oscars ne fait pas rire du tout. “Motif , explique Le Parisien : aucun acteur noir n’a été retenu cette année. Et notamment pas Oprah Winfrey et David Oyelowo, les interprètes de Selma, le film sur Martin Luther King, pourtant sacré meilleur film de l’année par le site agrégateur de critiques de films Rottentomatoes.com.” “L'Académie avait à peine livré le nom des nommés pour la soirée du 22 février que les réseaux sociaux ont explosé , rapporte la correspondante du Monde en Californie, Caroline Lesnes. Pas un Noir, un Latino ou un Asiatique sur les 20 élus de la catégorie meilleur acteur/actrice ou meilleur second rôle, un panorama sans précédent depuis 1998. Les critiques ont noté l'absence de représentativité de l'Académie : à 94 % blanche (alors que les Noirs représentent 14 % de la population américaine). Sur Twitter, le hashtag #OscarsSoWhite a été créé et les sarcasmes ont fusé. « Des Oscars tellement blancs qu'on a remis ses chaînes à Django ». Tellement blancs qu' « il y avait plus de diversité aux Jeux olympiques de Berlin en 1936 ». Tellement blancs qu' « on dirait le Congrès »… A l'autre extrémité, les extrémistes blancs ont crié que « le multiculturalisme est un échec » et réclamé le retour à la ségrégation, avec des « Oscars pour les Noirs » et des « Oscars pour les Blancs ».

« Les vies noires ne comptent pas » En 2014, les mêmes reproches avaient été faits à l'Académie pour avoir snobé Le Majordome de Lee Daniels (avec Forest Whitaker et Oprah Winfrey) et le Mandela d'Idris Elba. Avant que le 12 Years a Slave de Steve McQueen ne rafle l'Oscar du meilleur film et Lupita Nyong'o celui de la meilleure actrice dans un second rôle (Steve McQueen, le metteur en scène, avait aussi été nommé pour la réalisation). « Ceux qui croyaient que ça allait être pareil cette année sont des idiots, a réagi Spike Lee, qui, en trente ans de carrière, n'a jamais eu d'Oscar. C'est par cycles, tous les dix ans. Il y a eu Halle Berry en 2002, Denzel Washington (en 2001) et Sydney Poitier (Oscar honoraire en 2002). A chaque fois, je reçois des coups de fil des médias qui se demandent si les gens acceptent enfin les films de Noirs. » Pour le réalisateur de Malcolm X, l'académie récompense – quand elle le fait – de préférence des films « noirs » qui mettent en scène des personnages soumis : esclave, serviteur, chauffeur (comme Morgan Freeman dans Miss Daisy et son chauffeur, en 1989). […] Le choix des Oscars a renforcé le sentiment que les « vies noires ne comptent pas », selon le mot d'ordre répandu depuis Ferguson. En ignorant David Oyelowo, c'est comme si Hollywood avait rejeté Martin Luther King lui-même. « Il n'existe même pas un film d'un grand studio sur le Dr King », dénonce la réalisatrice. Une critique qui passe sous silence les obstacles posés par les descendants du pasteur. La famille a vendu les droits d'exploitation de ses discours, au point que, pour Selma, il a fallu paraphraser ses mots.” Au risque d’une « prise de tête intellectuelle [qui] vole la vedette au plaisir du spectacle » ?

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