LE DIRECT

C'est quoi ce truc ?

5 min

Que nous réserve 2015 côté musées ? Une réouverture, pour commencer. “Près de six ans après sa fermeture, le Musée de l’homme, situé dans le Palais de Chaillot, au Trocadéro à Paris, rouvre progressivement ses portes , nous a appris La Croix. [Fin novembre], les 150 chercheurs de ce musée-laboratoire consacré à l’évolution de l’homme ont retrouvé des installations de haute technicité, permettant d’analyser l’ADN ancien ou de réaliser de l’imagerie 3D. Fermé depuis mars 2009, le Musée de l’homme, l’un des sites du Muséum national d’histoire naturelle, rouvrira au public le 17 octobre 2015, avec deux ans de retard et après 96,6 millions d’euros de travaux. Les visiteurs pourront notamment y admirer l’atrium majestueux, qui rejoindra par un escalier monumental les belles nefs courbes de l’une des ailes du palais. Le Musée de l’homme a dû réinventer son projet scientifique. Privé de ses collections d’ethnographie parties pour le Musée du Quai-Branly (ouvert en 2006) et pour le MuCEM à Marseille (inauguré en 2013), il a dû se recentrer sur la préhistoire et l’anthropologie. Le musée, dont les pièces les plus remarquables sont le crâne de l’homme de Cro-Magnon et celui du philosophe Descartes, va récupérer les départements « Préhistoire » et « Hommes, natures, société » du site du Muséum national d’histoire naturelle, au Jardin des Plantes.” Un musée qui ne rouvrira jamais, en revanche, c’est le musée national des arts et traditions populaires, lui aussi situé dans le 16e arrondissement de Paris, juste à côté d’un bâtiment qui a beaucoup fait parler de lui récemment. Du haut des terrasses de la Fondation Louis Vuitton dans le bois de Boulogne, ont raconté Marie-Anne Kleiber et Marie-Christine Tabet dans Le Journal du Dimanche, les nombreux visiteurs venus admirer le « vaisseau » muséal de Frank Gehry s'amusent à reconnaître des lieux dans le panorama qui s'ouvre devant eux. Posée au bord du Jardin d'Acclimatation, une tour noire, à 100 m à peine, intrigue. Sobre et sombre, elle jure avec l'exubérant voilier de verre tout gonflé qui a été inauguré fin octobre. Tout oppose la barre classique et passée de mode à la création baroque étincelante de nouveauté. « C'est quoi, ce truc ? », demande l'un des curieux. Il s'agit d'un musée national, oublié car fermé au public depuis 2005. Consacré aux Arts et traditions populaires (ATP pour les connaisseurs), ce site a été, à son ouverture en 1972, salué par la presse de l'époque comme une innovation majeure. Le bâtiment moderniste, aux strictes lignes géométriques, a été dessiné par l'un des plus grands architectes des 30 glorieuses, Jean Dubuisson, qui a travaillé là avec Michel Jausserand. Aujourd'hui, le musée est abandonné, les derniers agents en poste – ils étaient encore une centaine dans les lieux désertés par les visiteurs pendant neuf ans – ont quitté en 2013 cette « boîte d'allumettes amiantée » de onze étages, comme la décrit un ancien salarié. L'auvent marquant l'entrée a longtemps servi d'abri à des SDF, pelotonnés en dessous. Mais depuis peu, un trompe-l'œil a été construit : une palissade de 2 m de haut, blanche et décorée d'un bardage en bois brun, entoure tout le rez-de-chaussée rouillé, et le dissimule totalement aux passants. Un énorme cache-misère. « Le Louvre du peuple », comme l'avaient surnommé les journaux à son ouverture, semble bien loin. « C'est un crève-cœur épouvantable de le voir dans cet état, raconte Martine Segalen, directrice du centre d'ethnologie des ATP pendant les années 1990. À son ouverture, la muséographie était extrêmement nouvelle : les objets seuls étaient mis en vedette, suspendus grâce à des fils nylon. Nous avions voulu nous démarquer des présentations folkloriques en présentant des ensembles. » De 200 000 visiteurs annuels dans les années 1970, la fréquentation s'est effondrée à 20 000 entrées la dernière année les salles plongées dans la pénombre n'étaient pas très engageantes les curieux venaient chercher la section bretonne ou alsacienne et ne comprenaient pas forcément les choix muséo­graphiques. « Nous étions vraiment la 5e roue du carrosse pour le ministère de la Culture », déplore Martine Segalen, universitaire et auteur de Vie d'un musée (chez Stock), un livre consacré à l'histoire de ce lieu. Depuis le déménagement de toutes les collections pour Marseille vers les réserves du MuCem (encore lui !), et la fermeture totale du site en 2013, le bâtiment se dégrade fortement.” Et pourtant, précise Marie-Anne Kleiber dans un encadré de cet article du JDD , “l'ancien musée des ATP vaut de l'or : 68 millions d'euros, selon la Cour des comptes. À quoi pourrait servir cette tour, avec ses onze étages et ses deux niveaux de réserve en sous-sol si les fonds étaient trouvés pour la rénover ? Selon les auditeurs de la Cour, à court terme, « la signature d'une convention d'occupation serait en préparation avec la Fondation Louis Vuitton pour l'art contemporain », pour « une période d'un an ». Sollicitée par le JDD, la Fondation n'a pas répondu. Sur le long terme, plusieurs hypothèses existent : y relocaliser le Centre national du cinéma, créer là un Centre de restauration du patrimoine (où viendraient les chercheurs du Louvre), ou l'affecter à l'université Paris-Dauphine. Deux dernières pistes : le concéder au privé (hôtel, séminaires…) ou… le raser. Le bâtiment est classé Patrimoine du XXe siècle, ce qui ne le protège en rien.” “Restent les 250 000 objets stockés dans des réserves à Marseille. « Peut-être qu'en 2050, quand il n'y aura plus d'agriculteurs en France, s'avance Martine Segalen, nos petits-enfants s'intéresseront à ces trésors, et créeront un autre musée, qui racontera la vie de nos ancêtres les paysans. » Si on est encore là, promis, on vous en reparle…

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......