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Chefs-d'oeuvre à l'encan

5 min

“Ça va mal pour le Prado, apprend-on dans Beaux Arts Magazine. Le musée madrilène a enregistré une perte sèche de près de 1,1 M€ en 2012 . En cause : la crise, qui a entraîné une baisse des subventions gouvernementales mais aussi des contributions de sponsors privés, qui ont diminué de près de 27%. Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, le Prado s’attend cette année à un effondrement du nombre de visiteurs de près de 25%. Pour se refaire une santé, le musée mise sur l’exposition blockbuster Velázquez y la familia de Felipe V, consacrée aux dernières années de la vie de l’artiste dans l’entourage du roi, dont une version sera présentée ultérieurement à Paris, au Grand Palais.”

Heureux donc que le Prado n’en soit pas encore à envisager de vendre ses collections, une tendance qu’on commence à observer ici et là, et qui provoque, on s’en doute, quelques remous. C’est ainsi que “le peintre anglais David Hockney, soixante-seize ans, menace de rompre toutes ses attaches avec sa ville natale de Bradford, dans le nord du Royaume-Uni , lit-on dans une brève de L’Humanité. Objet du litige : la commune, très endettée, envisage ni plus ni moins de se séparer, lors d’une vente aux enchères, des nombreuses œuvres du plasticien…”

Ce cas rappelle celui, en beaucoup plus dramatique, du “Detroit Institute of Arts (le DIA), fondé en 1883 par des amateurs d’art qui, en 1919, l’ont cédé à la Ville de Detroit, à l’époque centre de l’industrie automobile américaine , nous rappelle Kate Deimling, la correspondante à New York du Journal des Arts . Destinée à l’origine à assurer l’avenir du musée, son caractère municipal le met aujourd’hui en péril à cause de la faillite de la Ville, déclarée en juillet 2013. Selon l’agence de presse Reuters, les dettes de Detroit s’élèvent à 18,5 milliards de dollars. En mars, le gouverneur du Michigan, Rick Snyder, a nommé Kevyn Orr administrateur spécial de la ville, ce qui suspend l’autorité du maire et du conseil municipal. Kevyn Orr a fait savoir que la collection du musée en tant que bien public pourrait être vendue ou louée, une proposition que le monde de l’art a vivement critiquée. Dans une lettre ouverte au gouverneur, l’Association of Art Museum Directors [qui regroupe les directeurs de musée américains] affirme que la vente d’œuvres du musée « violerait des principes fondamentaux reconnus de longue date par la communauté des musées… et constituerait un abus de confiance envers des générations de donateurs d’œuvres d’art et de dons financiers destinés au fonds d’acquisition du DIA ». En outre, le procureur général de l’Etat du Michigan, Bill Schuette, a émis un avis long de 22 pages contre un tel procédé, qu’il déclare illégal en affirmant que la collection, bien que propriété de la Ville, est placée sous le contrôle fiduciaire de l’Etat. Kevyn Orr a également évoqué la possibilité de monétiser la collection par d’autres moyens, mais cela ne semble guère envisageable : offrir la collection en garantie d’un prêt risquerait qu’elle soit saisie en cas de non-paiement, et monter des expositions itinérantes ne permet pas d’encaisser de gros bénéfices. Selon le directeur du musée, Graham W.J. Beal, les opérations de ce type ont rapporté environ 250 000 dollars chacune, tandis que l’administrateur spécial cherche à obtenir 500 millions de dollars du musée. Malgré l’avis du procureur général, Kevyn Orr a demandé à Christie’s d’évaluer la collection du musée, ce qui coûte 200 000 dollars à la Ville déjà en banqueroute. La maison de ventes estime que la vente des seules œuvres acquises par la Ville, soit 5% de la collection, rapportait entre 450 et 870 millions de dollars. Jusqu’à présent, Kevyn Orr n’a contacté ni le directeur du musée ni le président de son conseil d’administration pour leur faire part de ses intentions. […]

Une vente éventuelle pourrait mettre en péril le financement public du musée , analyse Le Journal des Arts. Le DIA est principalement financé par un impôt local que les citoyens du comté de Wayne (où se trouve Detroit) ainsi que des deux comtés voisins ont approuvé en 2012, et qui s’élève à 24 millions de dollars tous les ans (les coûts d’exploitation annuels étant de 31 millions). Selon Graham W.J. Beal, le musée ne pourrait pas vendre des œuvres sans violer son accord avec ces comtés, qui par conséquent annuleraient l’impôt, ce qui rendrait le musée insolvable. Actuellement considéré comme une « grande réussite », le Detroit Institute of Arts deviendrait ainsi la victime d’une ville qui s’écroule sous une crise économique aggravée par des années de mauvaise gestion.

La question de savoir si l’administrateur spécial a le droit de vendre des œuvres de la collection reste épineuse. Selon son directeur, 90% des œuvres du musée ont été acquises par la Ville par le biais des donateurs (dons, legs), et à ce titre doivent être accessibles au public. Or, quelques tableaux parmi les plus célèbres ont été achetés par la Ville avec des fonds publics, notamment la Madone à l’enfant de Bellini, La Fenêtre de Matisse et La Danse du mariage de Bruegel l’Ancien ils risquent donc de se trouver la cible de l’administrateur spécial.”

Ne vous emballez pas pour autant en inscrivant ces œuvres sur votre lettre au Père Noël, “Kevyn Orr soumettra un plan de restructuration à la fin 2013 ou au début 2014. S’il demande la vente des œuvres du Detroit Institute of Arts, une bataille judiciaire s’ensuivra le musée a déjà engagé un avocat new-yorkais spécialiste du droit de la faillite.” Ce qui laisse un peu le temps de voir…

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