LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Chute et relève d'une vieille Europe (par Flore Avet)

6 min

Souvent, l’art meurt.

On n’en finit plus de citer cette incroyable série d’émissions, mais rappelez vous, il y a quelques semaines, depuis le rond point, les critiques de l’émission musique se posait la question de la possibilité d’être un compositeur vivant.

Question sibylline et que l’on pourrait reformuler cette semaine en Peut on être un conservateur de musée d’art « vivant » ?

On sait que la culture est fébrile et que cette crise à rebonds malmène les budgets et menace les espaces, et les artistes, tout au moins les fait passer au second plan.

Un entrefilet du figaro se faisait le relai d’un signe fort qu’a adressé mardi dernier Antonio Manfredi, c’est le directeur du musée d’art contemporain de Casoria, dans la province Napolitaine.

Pour protester contre les coupes budgétaires appliquées par la politique culturelle italienne, contre l’hégémonie de la Camorra, ce directeur de musée a, avec l’accord des artistes, engagé un autodafé de ses collections.

Défendant que Si la culture en Italie doit mourir, alors autant qu’elle se suicide .

Le directeur du CAM, a radicalement pris la décision de brûler chaque jour une œuvre de son fond, et cette lente destruction a commencé par le sacrifice d’une de ses propres installations,

Une œuvre déjà montrée à la biennale de Venise en 2011, et qui, symbole fort, figure, ou plutôt figurait deux mafieux en fuite.

Antonio Manfredi apporte toutefois une précision de taille, même si à priori évidente, car l’homme n’est pas cynique, et c’est dans le journal libération de lundi dernier : Ces autodafés, Ce ne sont pas des performances, mais des actions sociales .

« Action Sociale », c’est comme cela aussi qu’il considère son travail de directeur de musée en province L’art doit contribuer à faire progresser nos régions du sud. Mon but est de mettre fin à un système qui, sous prétexte de récession détruit la seule chose positive de la Campanie, la culture.

Ce geste désespéré mais pas naïf ne suscite pas que des retours bienveillants à en croire les réactions de ses collègues ou de la presse Italienne, notamment par la voix d’ Eduardo Cicelyn, directeur du musée public d’art contemporain de Naples, qui semble voir dans ce geste La fourberie des insolents qui cherchent l’attention médiatique , et le Corriere del Mezzo giorno de renchérir qu’il (Antonio Manfredi) ferait mieux de vendre les œuvres aux enchères plutôt que de courir après une forme d’assistanat .

Le musée, qui a plusieurs reprises a été la cible de menaces de la part de la Camorra, met aussi en avant le fait que cette structure est victime de l’état, Libération rappelle que ouvert en 2005, le CAM n’a vécu jusque là pratiquement sans subventions depuis 7 ans et survit grâce au bénévolat des jeunes de la ville et au réseau d’Antonio Manfredi qui a constitué son fond.

Le quotidien que décrit Antonio Manfredi donne l’image d’un pays occidental déchu et en guerre avec la culture, avec sa simple présence.

Cette territorialisation de la guerre et de l’art, elle fait écho à un reportage de Valérie Da Costa que l’on peut lire dans la revue Mouvement. Il est consacré à la Croatie, ses artistes contemporains et son passif. Pour faire un peu d’histoire, rappelons que sur le territoire des Balkans Croatie, Bosnie, Slovénie et Serbie se sont affrontés dans une violence et un appauvrissement des ressources extrêmes. Mouvement tente d’en tirer les marqueurs dans le travail de ces jeunes artistes.

Car Zagreb serait cette capitale centrale, cosmopolite et historique. Un terreau remué, aéré et finalement très fertile pour toute une génération d’artiste, dont observe Valérie Da Costa qu’ils sont pour la plupart issus de l’académique formation des Beaux Arts de Zagreb privilégiant le médium pictural, et que Contrairement aux générations précédentes, dont les propositions s’inscrivaient dans une démarche résolument politique face à la dictature répressive du communisme, la jeune génération, née dans les années 70 et qui a pleinement connu la guerre de Yougoslavie, marque dans ses travaux et dans ses choix un net refus de l’art documentaire. Elle privilégie une forme moins en prise avec le réel, plus onirique, tout en s’intéressant à la question de l’espace urbain et de l’architecture, dont le présent porte toujours les traces de l’histoire récente.

Rappelant que Zagreb est à quelques heures de route seulement de Venise, Vienne ou Trieste, c’est là que les jeunes artistes rêvent, proposent des territoires oniriques faits de leurs histoires, de l’autre côté de la mer adriatique, un directeur de musée documente et enrichit sa propre invisibilité.

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......