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Cinéma, amour et politique

5 min

« Non à la censure des Chansons d’amour ! » C’est le cri du cœur poussé par un collectif de personnalités du cinéma dans une tribune du Monde . Pedro Almodovar, Jacques Audiard, Jim Jarmusch, Catherine Deneuve, Agnès Varda en tête réagissent à l’interdiction de diffusion du film à la télévision en Russie, relatée ici-même il y a trois semaines. “C’est un film qui n’aurait jamais dû déranger , estiment les signataires. C’est un film dont l’interdiction révèle une puissante dérive. Cette censure est homophobe. Elle est inacceptable. C’est pourquoi nous avons décidé de joindre nos voix pour demander aux autorités de nos pays de réagir afin de rappeler leur attachement à une création libre de toute emprise politique ou normative.” Bel idéal, d’autant que le cas des Chansons d’amour est loin d’être isolé. Prenez L’Inconnu du lac , le film d’Alain Guiraudie. “Primé à Cannes, le thriller , rapporte la correspondante du Monde au Liban devait être projeté samedi 5 et dimanche 6 octobre au Festival international du film de Beyrouth. Colette Naufal, sa directrice, avait été conquise « par sa qualité ». Mais le comité de la censure en a décidé autrement : le film ne répond pas à « ses critères ». Ceux-ci n’ont pas été explicités, mais il n’est pas besoin d’être devin pour les saisir. « L’Inconnu du lac parle d’homosexualité. Et après ? C’est ridicule de l’interdire », dénonce Mme Naufal, qui pensait, après « quelques améliorations » depuis 2010, que les censeurs, « crispés sur le thème, s’étaient un peu libérés ». […] Au cours de ses éditions précédentes, le festival a été plusieurs fois forcé de déprogrammer des films sélectionnés. Pour Colette Naufal, la censure est pourtant « d’un autre temps ». Et inutile. « L’Inconnu du lac sera vendu en DVD piraté, comme les autres films prohibés, professe-t-elle. D’une manière ou d’une autre, il sera visible. »

Aux Etats-Unis, c’est un autre film primé à Cannes qui se retrouve mis à l’index, selon une dépêche de l’AFP reprise, là encore, par Le Monde : “en raison de ses scènes de sexe explicites, qui violent une loi locale, le film d’Abdellatif Kechiche, La Vie d’Adèle ne pourra pas être projeté dans l’Etat américain de l’Idaho. Cette loi interdit notamment les scènes montrant, « de façon réelle ou simulée, actes sexuels, masturbation, sodomie, bestialité, fellation, flagellation, ou tout acte sexuel interdit par la loi ». Le film sortira en Amérique du Nord le 25 octobre sous le titre Blue is the Warmest Color, assorti d’une interdiction aux moins de 18 ans.”

Dans la série « création libre de toute emprise politique ou normative » , certains cinéastes prennent les devants. Une brève de Libération nous informe ainsi que “Woody Allen a fait retirer d’Inde son nouveau film, Blue Jasmine, parce qu’il désapprouve les avertissements antitabac qui devaient, selon la loi du pays, apparaître à l’écran pendant les scènes où des personnages fument.”

Et pendant ce temps-là, en France, le pouvoir politique soutient toujours plus le cinéma, en payant parfois de sa personne. C’est ainsi, apprend-on dans Le Parisien , que Manuel Valls, “le ministre de l’Intérieur, a assisté, [samedi dernier], en toute discrétion, au tournage de Vingt-quatre jours, le film que réalise Alexandre Arcady sur l’affaire du « gang des barbares ». Ce dernier avait, en 2006, enlevé et torturé un jeune juif, Ilan Halimi, que ses ravisseurs supposaient riche en raison de son appartenance religieuse. Plusieurs scènes sont actuellement filmées à la gare de Sainte-Geneviève-des-Bois, près des lieux où la victime avait été abandonnée, mourante, après trois semaines de détention. Manuel Valls est « un ami » d’Alexandre Arcady et « il suit son projet sur cette terrible histoire depuis le début », a simplement commenté son entourage.” Peut-être le ministre médiatique espérait-il aussi apparaître à l’écran, comme la nouvelle présidente du Centre national du Cinéma, Frédérique Bredin, à qui, rapporte Le Nouvel Observateur , “lors d’une manifestation du cinéma, le Monsieur Loyal de la soirée s’est adressé ainsi : « Votre nomination n’a rien à voir avec le fait que vous soyez la fille de maître Bredin. Rien à voir non plus avec le fait, souligné par des gens méchants, que vous soyez issue de la promotion Voltaire, celle de François Hollande, à l’ENA. Nous, on vous a vue débuter au cinéma… » Et de sortir sur grand écran la photo de l’éphémère actrice dans Souvenirs d’en France d’André Téchiné, en 1974.” La présidente du CNC laissera en tout cas sans doute un excellent souvenir à la France du cinéma, puisque ça y est, elle est « signée » , pavoise en une l’hebdomadaire corporatif Le Film Français . “C’est un grand pas qui a été réalisé dans la nuit du 7 au 8 octobre , se félicite son directeur d’édition, Laurent Cotillon. Après d’interminables années de stagnation, de divergences, d’affrontements stériles, de somnolence, d’accélérations, de recours, de coups de frein, la convention collective a enfin été signée ! (Par l’ensemble des organisations de producteurs indépendants, le SNTPCT, et depuis samedi, le Spiac-CGT, qui a toutefois dénoncé la « méthode » du gouvernement.) C’est une vraie bonne nouvelle pour tous les acteurs de l’industrie, quels qu’ils soient, puisque cette négociation gelait nombre de projets dans l’attente d’un dénouement et surtout de visibilité. Pour réaliser ce grand pas – on n’ose pas dire ce grand bond en avant – producteurs et salariés ont fait preuve d’un grand sens des responsabilités. […] Le cinéma français en sort grandi. Il s’est prouvé à lui-même qu’il était capable de faire preuve de solidarité sur un sujet aussi sensible, et renvoie une image responsable à l’opinion publique. […] Pourtant, précise l’éditorialiste, si l’horizon se dégage en France, il est toujours obscurci au-dessus de Bruxelles, où la menace d’une communication cinéma dévastatrice est plus présente que jamais. Mais pour cet autre dossier chaud, il ne fait aucun doute que les professionnels français seront solidaires comme jamais.” Et chanteront ensemble leur amour retrouvé…

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