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Clash & style

7 min

C’est quoi, le clash du moment de la scène rap française ? C’est “Booba contre Rohff, soit l’affrontement verbal entre les deux plus gros vendeurs du genre , nous dévoile Stéphanie Binet dans Le Monde . Booba, à qui Christophe Conte consacre son "billet dur" de la semaine dans les Inrockuptibles, et qui sort fin novembre son sixième album, Futur, aurait été le premier à ouvrir les hostilités dans son titre Wesh Morray, soit l’association du mot arabe wesh (« salut ») et l’argot gitan « morray » (« cousin »). Comme à son habitude, le rappeur originaire des Hauts-de-Seine, qui vit aujourd’hui à Miami, y lance des piques, d’abord à de pauvres bougres qui n’ont rien à voir avec la choucroute – l’icône nationale Laurent Voulzy, le chanteur R’n’B Willy Denzey, le crooner libanais K-Mero – puis, sans les nommer, à ses rivaux. Ayant grandi, pour sa part, dans le Val-de-Marne, Rohff s’est senti visé puisqu’il a répondu sur Internet avec un rap reprenant la même musique, intitulé Wesh Zoulette, sur lequel il traite Booba de « zoulette », féminin de « zoulou ». Ce concours de testostérone aurait pu en rester là. Sauf que, depuis deux mois, les internautes ne s’en lassent pas. Tout le monde donne son avis, de l’historien du rap Olivier Cachin à l’ex-femme de Rohff. Ce dernier renchérit à longueur d’interviews, tandis que Booba reste muet, se contentant de tweeter l’explication de texte d’un de ses « fans » dont il ferait mieux de ne pas trop se vanter , estime Stéphanie Binet : Kemi Seba, ex-leader de la Tribu K, mouvement noir, raciste et séparatiste dissous par Jacques Chirac en 2006.

Beaucoup d’observateurs craignent que le clash ne dégénère. Les deux rappeurs ont des quasiers judiciaires lourds : Booba pour avoir braqué un taxi et Rohff pour avoir menacé un de ses frères cadets d’une arme, et tous deux pour des échanges de tirs avec des fans qui venaient tester leur « street credibility ». Si bien que le site Internet de Canal consacré aux cultures urbaines, Canal Street, a trouvé un moyen de détendre l’atmosphère, en mettant en ligne un jeu où les deux rappeurs sont parodiés. Leurs personnages grotesques, semblables à ceux de South Park, demandent aux fans de voter pour savoir « Wesh, qui c’est le boss ? ».

Pour l’heure (l’article a été publié le 6 novembre), Booba l’emporte avec 5 207 votes. Et, bien sûr, parce que tout ça, par le biais des publicités qui accompagnent les vidéos, fait gagner de l’argent à YouTube, Facebook, Canal Street et aux intéressés, sous chacun des personnages figurent des liens iTunes invitant à acheter leurs futurs disques…”

Sauf que tout occupés qu’ils sont à leur virile bataille, nos deux rappeurs ne réalisent pas que le péril jaune est à leur porte ! “Oubliez la danse des canards, tirez un trait sur la macarena , nous prévient Thierry Dague dans Le Parisien . Depuis trois mois, le monde entier danse le « gangnam style ». Une improbable chorégraphie venue de Corée du Sud, qui consiste à sautiller comme si on montait à cheval. L’inventeur de ce pas s’appelle Psy (« Psy », prononcé à la française), un chanteur dodu tiré à quatre épingles, propulsé phénomène planétaire grâce à YouTube : son clip a été visionné 650 millions de fois et devrait rapidement devenir le plus vu de tous les temps, devant le Baby de Justin Bieber et ses 795 millions ! Le virus a gagné la France, où le titre Gangnam Style est numéro un des ventes de singles depuis deux semaines (là aussi, le papier est paru le 6 novembre) et a rameuté hier (le 5 novembre, donc) des milliers d’adolescents au Trocadéro, à Paris, pour voir le showman. Psy, alias Park Jae-Sang, n’en revient toujours pas, confie-t-il au Parisien deux heures plus tard, cintré dans une veste rose. « Ma sœur a étudié en France, elle m’a dit que vous étiez exigeants en musique, alors voir autant de monde devant la tour Eiffel, ça me touche ! » En Corée, Psy est une star depuis douze ans. « Gangnam » est le nom du quartier chic de Séoul où ce fils d’industriel est né il y a trente-quatre ans. « Dans la chanson, je compare ce quartier à une jolie fille, mais peu importent les paroles, les gens les reprennent sans les comprendre ! » De même que son fameux pas de danse, qu’il a trouvé en cherchant à être « le plus ridicule possible ». « C’était l’été, il faisait lourd, l’économie allait mal, je voulais juste rendre les gens heureux. » Cette chanson a dépassé les frontières grâce à… Katty Perry. « Elle a tweeté ma vidéo, et comme elle a 24 millions d’abonnés, ça s’est propagé en quelques jours », explique celui qui a étudié trois ans à Boston et en a gardé un anglais parfait. Les Américains ont craqué pour ce rap teinté d’électro-dance et ultra-parodique : c’est la première fois qu’un tube en langue étrangère atteint la deuxième place du Billboard, le classement officiel des ventes. Un succès d’autant plus étonnant que Psy est un cas à part dans le paysage musical coréen, dominé par la « korean pop », peuplée de boys bands et de girls bands aussi lisses que mignons. « Ils sont trop maigres ! Moi, je suis normal », rigole l’intéressé, qui fume, boit, dit « What the fuck », donne des concerts de trois heures survoltés, et a dû faire son service militaire deux fois pour mauvaise conduite. « La Corée est un pays très conservateur, il faut que les chanteurs soient vertueux, observe-t-il . Mais pour moi, un artiste, c’est le contraire. » « Il se moque de son image, alors qu’en Corée, c’est très important, souligne Romain Krief, spécialiste de la K-pop. Il a pris des risques en défiant les autorités, ils auraient pu briser sa carrière. » Marié depuis dix ans, père de jumelles, Psy n’est pas non plus un révolutionnaire. Signé chez Universal pour le marché occidental, il prépare un album « mi-anglais, mi-coréen » mais ne se fait pas d’illusions quant à l’après- Gangnam Style. « La pression est terrible, je sais que je ne pourrai pas faire mieux. Je veux me produire dans les pays où la chanson marche, pour montrer aux gens que je sais faire autre chose. » Et tant pis s’il reste lié à ce tube : « Je ne me lasse pas de chanter. En revanche, j’en ai marre qu’on me demande de faire le pas de danse ! » Commentaire d’une jeune fan, Sasha, 15 ans, venue exprès de Lyon : « J’adore son clip, il est drôle, il ne ressemble pas aux autres chanteurs. La musique, c’est pas mon truc, mais c’est génial pour faire la fête ! »

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