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Conservatoires et académies

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Toutes les semaines, Télérama demande à une personnalité du monde de la culture de répondre à la question : « Votre plus grande peur ? » Mercredi dernier, c’était au tour de Muriel Mayette-Holtz (puisque c’est ainsi qu’il faut maintenant l’appeler), administratrice de la Comédie-Française, comédienne et metteuse en scène, de passer à la question. Sa plus grande peur ? « Vivre réellement ce cauchemar que je fais si souvent : me retrouver sur scène en pleine représentation sans savoir pourquoi je suis là, sans avoir assez travaillé, sans connaître mon texte. Pas assez armée pour jouer. »

Le mieux dans ces cas-là, c’est peut-être de retourner apprendre son métier sur les bancs de l’école. Et ça tombe bien, le Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris a un nouveau directeur, et c’est une directrice, comme l’a annoncé Armelle Héliot dans Le Figaro. “Trois artistes demeuraient en lice pour la direction du Conservatoire. Cécile Garcia-Fogel, Clément Hervieu-Léger et Claire Lasne. Cette dernière a été retenue pour succéder à Daniel Mesguich. Claire Lasne est une femme de théâtre au parcours très complet , salue notre consœur du Figaro . Elle était jusqu’à ces derniers temps, et depuis 2011, directrice de la Maison du comédien-Maria Casarès, à Alloue. De 1998 à 2010, elle a dirigé le centre dramatique national de Poitou-Charentes où, équipée d’un chapiteau, elle allait à la rencontre du public par les villages. Née à Paris le 18 mai 1966, père éditeur, mère inspectrice de l’Education nationale, elle découvre le théâtre grâce à son professeur de français, Fernand Zacot. Dès l’orée des années 1980, elle commence à jouer et devient metteur en scène. On remarque son travail sur Les Acharnés de Mohamed Rouabhi, au Paris-Villette en 1993 et, dans le même théâtre, en 1996, une version remarquable de Platonov de Tchekhov. Depuis, elle n’a cessé de former, acteurs comme publics. On peut compter sur elle pour être une solide directrice du conservatoire” , parie Armelle Héliot. D’autant que “forte de ces expériences , croit savoir La Croix , elle entend ouvrir le Conservatoire qui s’était replié sur lui-même, en confrontant, notamment, ses élèves aux formes nouvelles, et en multipliant les partenariats avec des institutions théâtrales qui accueilleront des chantiers de création dans toute la France.” Fabienne Darge, dans Le Monde , rappelle que Claire Lasne, nommée lundi 4 novembre directrice du Conservatoire “succède à Daniel Mesguich, qui dirigeait l’établissement depuis 2007, et avait dû faire face, en février, à une fronde sans précédent des étudiants de l’école (nous nous en étions fait l’écho dans cette revue de presse). […] Elle n’aura pas de trop de tous ses talents, artistiques et humains, pour rendre sa sérénité à une école où les élèves et une bonne partie du corps enseignant voient avec soulagement se terminer l’ère Daniel Mesguich.”

Enfin, pas tout à fait, puisque, précisait Armelle Héliot dans un papier sur la rentrée du Conservatoire, le 7 octobre, si “le contrat de directeur de Mesguich [courait] jusqu’au 31 octobre, son contrat de professeur au Conservatoire est un CDI : il reçoit dans sa classe des élèves de première année. Des jeunes gens qui n’ont pas participé à la fronde du printemps dernier… Mais sa présence comme professeur est embarrassante pour [la nouvelle directrice].”

L’ex-directeur chahuté en février trouvera peut-être du réconfort dans le fait qu’il n’est pas le seul dans ce cas. On a ainsi pu lire dans Le Parisien que “des étudiants en art dramatique de l’université de Kaposvar (dans le sud-ouest de la Hongrie) ont trouvé un moyen efficace de contester un nouveau code vestimentaire jugé trop strict : plus de short ni de débardeur et l’interdiction de la minijupe et des décolletés dans cette fac, qui décline à sa façon l’ultraconservatisme du gouvernement Orbán. Ils ont assisté [le 3 octobre] à leurs cours… en sous-vêtements, les jeunes filles laissant même leur soutien-gorge à la maison. D’autres étudiants ont annoncé une manifestation en maillot de bain et peignoir cette fois.”

Ce qui donnera peut-être des idées aux apprentis danseurs pétersbourgeois. Une dépêche de l’AFP reprise par Le Monde nous apprend en effet qu’un “nouveau scandale agite le monde du ballet en Russie après la nomination à l’Académie de la danse de Saint-Pétersbourg du danseur étoile Nikolaï Tsiskaridzé, renvoyé du Bolchoï de Moscou à la suite d’un conflit avec la direction. Sa nomination intervient après plusieurs semaines de conflit entre l’Académie Vaganova, une école fondée en 1738, une institution parmi les plus réputées dans le milieu de la danse, qui forme notamment les danseurs pour le Mariinski, et le directeur de ce dernier théâtre, Valeri Guerguiev, qui proposait de réunir notamment les deux institutions au sein d’une même structure. Une centaine de professeurs de l’Académie de danse et de danseurs du Mariinski ont signé une lettre ouverte au président Vladimir Poutine en lui demandant de revenir sur cette nomination « inacceptable » qui a, selon eux, « paralysé » l’école qui a compté parmi ses élèves de prestigieux danseurs comme Rudolf Noureev, Mikhaïl Barychnikov et Galina Oulanova. Tsiskaridzé, 39 ans, a été nommé fin octobre recteur de l’Académie Vaganova après avoir été renvoyé en juin du Bolchoï dont la direction l’a presque ouvertement accusé d’être l’instigateur (on en a longuement parlé ici) de l’attaque à l’acide contre le directeur artistique de l’établissement Sergueï Filine.”

Sinon, c’est dans l’indifférence générale de la presse, sauf une brève ici et là, dont Le Figaro , que “Cécile Backès, metteur en scène, animatrice de la compagnie Les Piétons de la place des Fêtes, conventionnée en Lorraine, a été nommée directrice du centre dramatique de Béthune.” En voilà au moins une qui doit être sereine !

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