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Construction, prescription, et disparition

5 min

“Alors que les jeunes rebelles de la saga de science-fiction Hunger Games reviennent en salles [mercredi], Lionsgate vient d’annoncer qu’un spectacle tiré du film serait créé à Londres en 2016 , nous apprend Le Parisien. Le studio américain va carrément construire un théâtre pour l’occasion, près du stade de Wembley, et s’est associé au producteur Robin de Levita, connu pour ses shows spectaculaires. On ne sait pas encore qui jouera le rôle de l’héroïne Katniss Everdeen, incarnée à l’écran par Jennifer Lawrence.” On ne sait pas non plus si la droite morale aura quelque chose à y redire, on l’espère pour ce spectacle, en tout cas, tant ses proscriptions s’avèrent très prescriptives. “Verra-t-on bientôt des affiches de spectacle ou de film portant la mention : « Cette œuvre est déconseillée par la Manif pour tous » ? , s’interroge ainsi Clarisse Fabre dans Le Monde. Effet médiatique garanti. Car l’activisme des opposants au mariage gay, qui vise aussi à censurer des œuvres accessibles au jeune public, produit des effets inattendus : le film ou la pièce, loin de voir sa carrière enterrée, connaît un regain de visibilité.” Après Tomboy , le film de Céline Sciamma, dont l’aura a, grâce à eux, dépassé le cercle restreint des cinéphiles et valu à Arte un beau succès d’audience lors de sa diffusion, ou le court métrage Ce n’est pas un film de cowboys , dont je vous parlais mardi dernier, dont les vues en ligne ont explosé, “l’actualité le démontre une nouvelle fois : la pièce Oh boy !, d’Olivier Letellier, [est arrivée] en fanfare au Théâtre national de Chaillot (où elle se joue depuis vendredi et jusqu’au 23 novembre). C’est l’histoire d’un jeune homosexuel de 26 ans, confronté à la mort de son père et à la garde de ses jeunes demi-frère et sœurs. Cette programmation est un pur acte politique, comme l’explique le directeur de Chaillot, Didier Deschamps, dans son édito de la saison 2014-2015” et dans Libération , qui a consacré un portrait de dernière page à Olivier Letellier : « Si la reprise de Oh, Boy ! n’était pas initialement prévue à Chaillot , justifie le patron du théâtre, les actes ou tentatives de censure qui ont pesé sur les représentations du printemps m’ont vivement choqué et alarmé quant au climat d’intolérance qui s’est installé en France où certains voudraient imposer un “ordre moral” profondément réactionnaire. » “En mars 2014 , explique Le Monde , des représentations de Oh boy !, à destination d’élèves de classes de CM1-CM2, ont été déprogrammées à Bonneuil (dans le Val-de-Marne). « Au départ, raconte le metteur en scène, le théâtre avait évoqué des problèmes de sécurité. Mais je trouvais cela étrange, et le syndicat SUD-Education a mené l’enquête. En fait, l’académie de Créteil a décidé de les reporter par crainte de ne pas savoir gérer d’éventuels problèmes avec les parents. Pire que la censure, il y a l’autocensure. » Oh boy !, adapté du roman de Marie-Aude Murail (à L’Ecole des loisirs), tourne depuis 2009. Il a reçu le Molière du jeune public en 2010, et n’avait jusqu’à récemment jamais connu d’embûches. Des embûches qui se sont transformées en vitrine : « Les séances scolaires sont pleines, et aucun désistement ne nous a été signalé », indique-t-on à Chaillot. Une vingtaine d’autres dates sont prévues en France jusqu’en mai 2015.” Et pendant ce temps, un festival de spectacle vivant vit sa dernière édition : c’est Automne en Normandie. Pas de censure, ici, mais un classique problème de financement et de politique culturelle. C’est Le Monde , à nouveau, cette fois sous la plume de Brigitte Salino, qui nous apprend que “le conseil [général] de Seine-Maritime, la région Haute-Normandie et le conseil général de l’Eure, qui financent le festival, ont décidé d’en finir avec cette manifestation et d’en créer une autre, avec un budget amputé d’un tiers. C’est un coup dur pour le festival, et pour la culture dans la région, […] une estocade sévère pour un festival de belle tenue, qui irrigue Rouen et ses alentours, et a rassemblé plus de 20 000 spectateurs en 2013, dont 30 % de nouveaux, en majorité des jeunes. […] Pour Jean-Marc Dos Santos, le directeur de la culture et du patrimoine au conseil général de Seine-Maritime, cette décision s’inscrit dans un contexte qui concerne les trois bailleurs de fonds du festival et s’explique par deux raisons : « Les contraintes financières énormes des collectivités locales et une restructuration du paysage culturel, dans la perspective de la fusion de la Haute et de la Basse-Normandie, en 2017. » La région a en effet décidé de soutenir très activement l’Opéra de Rouen, et un tout nouveau centre dramatique national vient de voir le jour : né de la fusion de la Scène nationale de la Fourche, au Petit-Quevilly, et du Centre dramatique régional du Théâtre des Deux-Rives à Rouen, il entame sa première saison, sous la direction du metteur en scène David Bobee, qui a créé cet été Lucrèce Borgia, de Victor Hugo, avec Béatrice Dalle. « Dans ce contexte qui redynamise la culture sur toute la saison, précise Jean-Marc Dos Santos , les collectivités locales se sont mises d’accord pour remanier Automne en Normandie. » Le nouveau festival aura lieu au printemps, et il devrait présenter du spectacle vivant, de la littérature et des arts visuels. On ne sait pas encore qui en sera le directeur. L’ancien, Robert Lacombe, qui a programmé l’ultime édition, a démissionné en juin pour rejoindre le ministère de la culture. Six candidats sont en lice, ils présenteront leur projet en décembre. Avec une équation difficile à résoudre pour l’équipe de douze permanents : comment présenter une programmation de haute tenue avec un budget réduit ?” C’est un peu la question que tout le monde se pose, en ce moment…

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