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Coulrophobie et final cut

5 min

“La mode des « clowns terrifiants » est en train de se répandre dans toute la France, via les réseaux sociaux , constate Claude Massonnet dans Le Parisien. Après le Nord [...] et l’Est, le phénomène est apparu en fin de semaine dans le Midi. […] Dans le même temps, des groupes anticlowns fleurissent sur les réseaux sociaux qui patrouillent visiblement en soirée, notamment dans les quartiers et les villages du Biterrois sous l’appellation CDC Anti Clown zone 34.” Et pendant ce temps, nous raconte Pierre Langlais dans Télérama , “les clowns américains en ont ras le pompon de la coulrophobie qui règne à Hollywood. La quoi ? La peur des clowns, ces amuseurs guillerets, transformés en psychopathes sanguinaires par l’industrie. La faute à Twisty, un tueur en série au cœur de la nouvelle saison de la série horrifique American Horror Story. Un monstre au sourire digne de L’Homme qui rit, de Victor Hugo, qui traque les couples ciseaux en main et séquestre des enfants dans un vieux bus scolaire… Un affront à la profession, pour Glenn Kohlberger, le patron de Clowns of America International, principal syndicat de la corporation. « Hollywood fait de l’argent en transformant en cauchemar un métier si bon et pur », peste-t-il, craignant que les familles désertent les cirques. Sa colère ne devrait pas s’apaiser , craint Télérama, puisque Cary Fukunaga (le réalisateur de True Detective) prépare un long métrage adapté de Ça, le livre très coulrophobe de Stephen King…” Un livre cité par le sociologue Jean-Bruno Renard sur le site des Inrockuptibles , qui lui a demandé « pourquoi a-t-on peur des clowns ? » Pour lui, le précurseur du clown maléfique est le Joker de Batman, dont le revival a été récemment assuré par le film The Dark Knight : le chevalier noir , en 2008, dans lequel Heath Ledger incarne un Joker givré et terrifiant. Parmi d’autres origines, il cite les jeunes ultra-violents d’Orange mécanique , qui “dans une Angleterre futuriste s’affublent parfois de faux nez, ont un aspect un peu clownesque” . Autres exemples d’exploitation au cinéma du motif du clown maléfique : Killer Klowns from Outer Space , en 1988, parodie des films de SF des années 1950, Clownhouse en 1989, Killjoy en 2000, S.I.C.K. Serial Insane Clown Killer en 2002, ou encore Fear of Clowns en 2004”. Mais le sociologue renvoie aussi à une “explication anthropologique, profonde, du phénomène. Louis Vax a souligné dans La Séduction de l’étrange , en 1965, que les masques nous font rire, mais peuvent aussi nous faire peur. Leur côté grotesque, caricatural, fait rire, mais l’incertitude sur la personne qui est derrière fait peur. Dans l’étude de la figure du clown réalisée par Luc Routeau dans la revue Esprit en 1980, une autre idée importante est émise. L’auteur y explique que la fonction du clown est d’être une victime symbolique, sacrifiée publiquement. Sa laideur, sa maladresse et sa bêtise font de lui la figure même de l’exclu, du bouc émissaire recevant les coups et les claques. A partir du moment où le clown devient maléfique on a un choc en retour : pour résumer, le clown maléfique est une victime qui se venge.” Une victime qui se venge, c’est exactement ce qu’a fait Paul Schrader. “Alors qu’affiche et trailer de son nouveau film, Dying of the Light, apparaissaient en ligne, le scénariste et cinéaste a posté le 16 octobre un message sur sa page Facebook où il affirme que le projet lui a été arraché des mains par ses producteurs et finalement «remonté, mis en musique et mixé sans (s)on accord», rapporte Didier Péron dans Libération. Variety s’était fait l’écho en septembre de ce conflit entre le vétéran du Nouvel Hollywood, auteur notamment d’ American Gigolo ou du biopic Mishima, et les différents financiers d’un thriller qu’il a tourné en début d’année en Roumanie et en Australie, l’histoire d’un agent de la CIA atteint de troubles psychiques et de cécité au beau milieu d’une mission à haut risque. Pour frapper les esprits, Paul Schrader, ses deux acteurs (Nicolas Cage et le jeune Anton Yelchin) et le producteur exécutif, Nicolas Winding Refn, posent sur une photo où ils arborent un tee-shirt reproduisant la clause de «non-dénigrement» qui leur interdit contractuellement de tenir des propos négatifs sur le film. Gary Hirsch, un des décideurs au sein du studio Lionsgate, affirme de son côté que c’est Schrader qui a quitté brusquement la salle de montage suite aux demandes de changement qui avaient été formulées après une première projection, la différence entre le premier montage et le scénario de départ ayant été jugée problématique. Ce n’est d’évidence pas l’avis de Refn - le réalisateur de Drive, qui devait initialement tourner le film avec Harrison Ford avant d’abandonner le projet, repris finalement par Schrader, auteur du scénario original - ni de Nicolas Cage. La bande-annonce , estime le critique de Libération, ne laisse pas vraiment espérer un chef-d’œuvre, et les derniers films du cinéaste trahissent une carrière hésitante avec des titres qui ont connu distributions aléatoires ( Adam Resurrected, directement en vidéo), flops retentissants ( The Walker aurait coûté 10 millions de dollars et en aurait rapporté 77 000) ou courte carrière après un gros buzz ( The Canyons d’après un scénario de Brett Easton Ellis). Paul Schrader a, par ailleurs, été viré en 2004 par Morgan Creek Productions et la Warner mécontents de son travail sur le prequel de l’ Exorciste qu’ils ont carrément fait en partie retourner par le tâcheron Renny Harlin. Le plan promo de Dying of the Light, toujours daté pour une sortie américaine au 5 décembre, vient donc de prendre une tournure complexe avec l’intégralité du staff en vitrine qui incite le public à boycotter le produit !” Alors qu’a priori, le film était totalement garanti sans clown !

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