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Cri mythique et succès surprise

5 min

C’est le son le plus mythique du cinéma mondial, il apparaît dans plus de 200 films à ce jour, vous l’avez fatalement entendu plus d’une fois, ça donne ça : [SON CRI WILHELM]. Ce cri, c’est le fameux « cri Wilhelm », dont Matthieu Rostac raconte la genèse dans So Film . On le doit à un monteur son, Ben Burtt, qui l’incorpore pour la première fois dans Star Wars , sur un soldat de l’Empire abattu par Luke Skywalker. Oscarisé pour Indiana Jones et la Dernière Croisade , Ben Burtt en explique l’origine : « Quand j’étais gamin, raconte-t-il, j’étais tellement fasciné par le sound design que je faisais des cassettes de son : je me mettais à côté de la télévision et j’enregistrais des films. Ensuite, je les écoutais en boucle pour m’amuser. C’était ma façon de me rediffuser les films. A force d’écouter ces films, j’avais identifié tous les sons au point de reconnaître s’il s’agissait d’un film MGM, Warner ou 20th Century Fox. Et il y avait ce son que je n’arrêtais pas d’entendre, ce cri de douleur… Je l’ai retrouvé dans une douzaine de films, notamment La Charge sur la rivière rouge (de 1953), produit par la Warner. Dans ce film, il y avait ce personnage, le soldat Wilhelm, qui prenait une flèche dans la cuisse et qui poussait le fameux cri… » Quelques années plus tard, Burtt use les bancs de l’Université de Californie du Sud en section « production de films », en compagnie d’un autre futur monteur son, Richard L. Anderson. Les deux élèves se découvrent un goût commun pour ce pauvre Wilhelm et son cri de douleur cartoonesque. « On l’a isolé de La Charge sur la rivière rouge et on l’a mis dans notre film de fin d’études pour lui rendre hommage », raconte Burtt, amusé. Lorsque le duo pousse les portes de la Warner, au milieu des années 70, il commence à arpenter les longs couloirs en quête du Graal sonore. Pas de chance, aucun « cri Wilhelm » n’est recensé dans les sonothèques du géant hollywoodien. « Du coup, j’ai gardé mes oreilles grandes ouvertes jusqu’à voir Les Aventures du Capitaine Wyatt (1951) avec Gary Cooper. Dans ce film, un mec traversait un marais et se faisait attaquer par un alligator. Et il poussait le cri ! On a donc demandé au studio s’ils avaient une bande sous le nom de “homme se faisant dévorer par un alligator » . Croyez-le ou non, elle avait été classée comme ça dans le catalogue !” Une fois la main mise sur le précieux sésame, Burtt et Anderson l’incorporent naturellement à leur premier travail, Star Wars. Mais George Lucas a l’ouïe fine. « Au bout d’un moment, raconte Burtt, il m’a demandé : “C’est quoi ce son que je n’arrête pas d’entendre dans le film ? C’est toujours le même ?” Et moi, un peu embêté : “Euh… Oui. C’est le même, oui. C’est un son que j’aime bien.” Il n’a jamais rien dit d’autre et il l’a laissé, au final. » La légende est en marche : « A chaque fois qu’on travaillait ensemble avec Richard, on mettait le son pour se marrer, comme ce nazi qui tombe du camion dans Les Aventuriers de l’arche perdue. » Et lorsqu’ils ne travaillent pas en tandem, la synergie se transforme en joute de private jokes sonores pour Anderson et Burtt. Ils concèdent l’avoir finalement intégré « dans tous [leurs] films pour [leur] petit plaisir personnel. Pendant quinze ans, dès qu’on se croisait, c’était : “Alors, alors, t’as entendu ?” » Résultat : le cri Wilhelm traverse le cinoche culte des années 1980 avec des longs métrages tels que Dark Crystal, Willow, Poltergeist, Les Goonies, Gremlins, E.T., Batman : Le Défi ou encore Predator. Rien que ça. Plusieurs réalisateurs s’accapareront ensuite le phénomène. Quand Peter Jackson pastiche à tour de bras le fameux son dans sa trilogie du Seigneur des Anneaux, Quentin Tarantino le place dans Kill Bill, Inglorious Basterds et Django Unchained. J.J. Abrams, lui, ira jusqu’à engager Burtt comme monteur son sur Star Trek et Super 8. A ce jour, deux cent vingt-cinq films comportant le cri ont été recensés.”

Il est a priori garanti (mais sait-on jamais ?) sans cri Wilhelm, ce qui ne l’empêche pas d’être un grand succès. Contrairement à ce que nous anticipions dans notre dernière Dispute d’été, “la Palme de la distribution est attribuée à Memento Films, qui est parvenu , lit-on dans Première, à faire d’un film d’auteur turc de 3h16 un succès puisque après cinq semaines dans les salles, Winter Sleep cumulait 275 000 entrées (320 000 mardi dernier), soit déjà le double d’ Il était une fois en Anatolie (150 000 entrées en 2011), le plus gros succès français de Nuri Bilge Ceylan jusqu’ici. Et ce n’est pas fini… Si la Palme d’or y est pour quelque chose – quoi que l’on pense du prix cannois, il permet aux cinéastes qu’il distingue de doubler quasi automatiquement leurs scores habituels –, le mérite de cette réussite revient aussi à la stratégie de fond du distributeur indépendant, qui a […] fait le pari de la contre-programmation. Alors que ce type d’œuvres sort habituellement une fois que l’hystérie des blockbusters estivaux est retombée, le film de Nuri Bilge Ceylan a démarré sa carrière en salles en plein mois d’août, la même semaine que Lucy, carton planétaire de Luc Besson porté par une surpuissante Scarlett Johansson, et peu de temps après Transformers 4 et La Planète des singes 2, qui squattaient toujours les écrans. Memento a peut-être fait preuve de bon sens en misant sur l’idée que le public est plus disponible pour passer trois heures dans une salle obscure en plein mois d’août qu’à la rentrée, et la météo totalement pourrie de l’été n’a de ce point de vue rien gâché. […] Cinq semaines après sa sortie, Memento a triplé le nombre de copies de Winter Sleep, désormais visible dans 370 salles à travers le pays. Et il y a encore de la demande puisque le taux de fréquentation baisse exceptionnellement peu chaque semaine, laissant imaginer que le film finira tranquillement à 400 000 entrées.” On ne peut que s’en réjouir…

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